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Cerveau : Quel est le vrai du faux ? Retour sur quelques neuromythes

Actuellement, il y a beaucoup de mythes et de fausses croyances autour du cerveau. Nous avons reçu Pierre Schepens, psychiatre et Directeur de la Clinique de la Forêt de Soignes, pour en témoigner.

Ce dernier a notamment fait un retour sur l’histoire des découvertes du cerveau, qui restent tout de même relativement récentes. En effet, cela date du XIXe siècle, et même Freud y a participé comme neurologue. Avant, on pouvait parler de mythes et de représentations fortement marqués par la religion et la culture, avec l’idée que plusieurs lacs représentaient le cerveau, avec des humeurs qui passaient…

Des idées très limitées par rapport au cerveau

Ensuite, Descartes est allé un peu plus loin et a énoncé que l’âme se trouvait dans la glande pinéale. Comme à l’époque, ils savaient qu’il y avait deux hémisphères avec quelque chose au milieu, ils se sont dit qu’il ne pouvait y avoir qu’une âme par hémisphère. Les idées sur le cerveau étaient alors très limitées, ainsi que l’idée qu’il y ait des recherches sur le cerveau, car forcément pour faire des recherches sur le cerveau, il faut qu’il soit prélevé sur une personne décédée… Il y avait alors beaucoup de questions sur la dissection, ainsi que sur la représentation du corps au Moyen-Âge.

Le XIXe siècle reste dès lors important, c’est à ce moment-là que l’on découvre qu’il y a une activité électrique dans le cerveau. Cela a été découvert par hasard… Toute personne qui a fait un peu de biologie déteste d’ailleurs de calculer l’arc moteur musculaire d’une grenouille. Le premier qui a déduit de cela qu’il y avait une activité physique s’est trompé car c’était l’activité physique de la pile qui induisait l’activité… Il a donc eu raison d’avoir tort, car après, les moyens ont été affinés, et on s’est rendu compte qu’il s’agissait de fréquences tellement basses et des durées tellement rapides, que les engins de l’époque avaient un peu de mal.

A l’époque, il y a cette idée de montrer que l’hémisphère gauche, c’est l’hémisphère intellectuel, et que nécessairement, les gens qui étudiaient beaucoup, qui pensaient beaucoup et qui aimaient l’abstraction des mathématiques avaient une bosse sur le crâne, à hauteur des circonvolutions concernées. Et que les gens qui avaient un grand front avaient certainement à l’intérieur un grand cerveau, et étaient donc très intelligents.

Des neuromythes pas toujours amusants

Il y a aussi des mythes beaucoup plus tragiques, comme Lombroso, qui a défini l’individu criminel, en disant qu’en analysant les têtes, on pouvait repérer les crétins, les intelligents, les criminels… C’était extrêmement populaire à l’époque puisque c’était aussi la colonisation, donc il y avait déjà les noirs, les criminels, les fous, bref tout cela étaient des autres. Ces autres qui n’avaient pas des cerveaux comme nous, et on pouvait, à travers l’analyse du cerveau, de la taille, de la forme, du périmètre etc., déterminer si la personne était folle ou pas. Sachant que le fou était toujours l’autre !

Ce qui est inquiétant ce sont les concepts d’eugénisme, notamment prônés par un physiologiste nommé Alexis Carrel. Nous sommes à peine 70 ans en arrière, avec l’idée de l’homme parfait, qui était nécessairement aryen ! Les neuromythes peuvent être parfois drôles, mais peuvent aussi avoir des conséquences tragiques…

Il y a aussi des choses qui sont à jeter, notamment celles qui disent qu’il y a des gens qui sont hémisphère droit, et d’autres hémisphère gauche. L’hémisphère droit étant plutôt masculin, la raison, l’intelligence brute, abstraite. Tandis que l’hémisphère gauche est plutôt la créativité, le côté féminin, etc. Actuellement, il y a encore des gens qui prônent le fait de rejeter son cerveau gauche pour travailler à devenir son cerveau droit… Ce qui bien sûr aberrant.

De manière certaine, il y a des zones qui sont plus attribuées à certaines choses, mais ce qu’on sait maintenant c’est que le cerveau fonctionne totalement de manière connectée et totalement dynamique. De ce fait, certaines personnes, de par leur métier, des données personnelles, familiales, génétiques, etc., vont être moins créatives que d’autres… Globalement, un ingénieur civil est un peu moins ouvert à la créativité qu’une ergothérapeute. S’il n’y avait pas le lien (le corps calleux) entre les deux hémisphères, le cerveau fonctionnerait comme un hémiplégique. Ce qui se passe, c’est que tel ou tel hémisphère n’est pas toujours utilisé de manière prépondérante, mais qu’il y a sans cesse une interaction entre les deux.

Entraînement cérébral et capacités d’apprentissage

Autre mythe, c’est celui de l’entraînement cérébral. Ce qui fonctionne vraiment, c’est le plaisir d’apprendre. Si quelqu’un entraîne son cerveau par exemple avec du sudoku, cette personne va devenir de plus en plus douée. Par contre, cette compétence n’est pas transférable. Si cette personne joue à d’autres jeux, elle ne sera pas nécessairement plus performante. Nous sommes dans une société un peu économique, où tout doit avoir un sens, un but… Idem avec quelqu’un d’extrêmement agile car il joue à des jeux vidéo et à des jeux comme World Of Warcraft, si on le met devant un nouveau jeu, il devra repartir à zéro ! L’idée qu’il y a un apprentissage et que l’on doit absolument "apprendre pour", constitue également un business.

Autre idée dans l’éducation, c’est qu’il faut trouver la forme de ses capacités d’apprentissage, entre ceux qui apprennent mieux par le visuel, le langage, etc.… C’est une vision très narcissique des choses, et cela n’a pas prouvé son effet.

Et enfin, la pire idée, c’est celle qui dit que l’on utilise uniquement 10% de notre cerveau. On vend alors l’idée que l’individu peut, voire doit être plus performant. En réalité, tout le monde utilise tout son cerveau, mais pas toutes les mêmes zones tout le temps.

Réécoutez la séquence complète, avec l’interview du Dr Pierre Schepens, psychiatre et Directeur de la Clinique de la Forêt de Soignes.

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