Tendances Première

Cannabis : " Ne pas culpabiliser, mais pointer une consommation problématique qui finit par aliéner celui qui s'y adonne "

20.000. C’est le nombre de joints qu’a fumés Olivier de Vitton en 15 années de consommation quotidienne de cannabis. À 32 ans, il a décidé d’arrêter radicalement la marijuana et il décrit son expérience dans " Vie et mort d’un fumeur de joints ", publié aux Éditions La Boîte à Pandore. Coucher son témoignage sur papier lui aura finalement servi de thérapie, d’appui au sevrage et il pourra également aider les fumeurs qui se trouvent dans la même démarche puisque peu de littérature existe actuellement sur le sujet. Un livre qu’Olivier de Vitton ne veut pas moralisateur, mais qu’il a construit comme une réflexion presque philosophique sur cette substance psychotrope consommée régulièrement par près d’1,5 million de Français.

Mon propos n’est ni de diaboliser le cannabis, ni de le banaliser, mais d’en pointer une consommation problématique qui rapetisse et finit par aliéner celui qui s’y adonne.

Une consommation problématique

Tout commence lorsqu’Olivier de Vitton a 17 ans. Il est jeune et curieux, il veut tenter de nouvelles expériences et un soir, un ami lui propose de fumer un joint. Il accepte et la sensation lui plaît. Il se met ensuite rapidement à fumer seul, à acheter, à consommer régulièrement. Au fil des années, Olivier de Vitton poursuit un chemin de vie assez classique : il fait des études et se met à travailler, mais le cannabis demeure en toile de fond de son quotidien et les joints se multiplient. Pour se détendre, rêvasser, s’éloigner de la routine et se déconnecter, le soir, en rentrant chez lui. Ce qui était un plaisir devient une habitude et ensuite un besoin. Au début, le jeune homme se dit qu’il gère sa consommation, qu'elle n’impacte pas son existence puisque ne lui pose pas de problèmes professionnels ou personnels, mais en réalité, le joint a pris le rôle de béquille psychologique et il est en train de devenir complètement accro à cette plante que l'on qualifie de drogue douce.

Un fumeur de joint est conditionné pour nier les problèmes, il ne peut pas y voir clair, en tout cas pas facilement, puisque sa consommation embourbe sa vision, puisque sa consommation brouille toutes choses.

Le déclic

En commençant à consommer régulièrement du cannabis, Olivier de Vitton s’était promis d’emblée qu’il ne fumerait pas toute sa vie. Pourtant, les années s’écoulent et il continue à attendre impatiemment de rentrer le soir pour pouvoir rouler quelques joints devant la télévision. À 30 ans, il se rend compte que la situation est ridicule : l’herbe lui coûte beaucoup d’argent, il est fatigué et son esprit est embrouillé alors que ses études de philosophie prônaient des valeurs de clarté et de lucidité. La terminologie utilisée pour parler de la marijuana aura été un autre élément déclencheur. On parle de se défoncer, de se péter le cerveau, de s’éclater… Un vocabulaire négatif qui évoque un comportement (auto)destructeur. Olivier de Vitton réalise que sa consommation lui pèse, représente un frein à son épanouissement optimal et nuit à sa qualité de vie. Il décide donc d’arrêter.

Arrêter n’est pas une question de volonté, mais de déclic. Ce qui fait obstacle à l’arrêt, c’est la représentation de l’arrêt, les images et les idées que l’on s’en fait.

Libération

Pour pouvoir arrêter de fumer, une bonne préparation mentale est indispensable. Se demander par exemple pourquoi on fume, prendre du recul, avant de réfléchir à comment arrêter afin de pouvoir aborder la démarche de la bonne manière. Olivier de Vitton a donc appris à se délester de toutes ses projections pour agir dans le présent : il a commencé un soir par ne pas toucher à ses joints habituels, il a fait de même le lendemain et ainsi de suite. Il se sentait fort et déterminé, mais a tout de même mis du temps à se débarrasser complètement de cette habitude. Au début, il ne trouvait plus le sommeil et dormait très mal étant donné que son cycle dépendait du cannabis et a été radicalement chamboulé. Le manque s’est exprimé par une certaine nervosité et irritabilité. Il s’agit alors de trouver de nouvelles occupations à son esprit, mais également d’accepter ce vide sans essayer de le combler entièrement avec d’autres substituts au risque de retomber dans une nouvelle addiction. Olivier de Vitton a ainsi trouvé quelques compensations dans la lecture et dans le sport pour l’aider à évacuer les tensions. C’est environ un mois après l’arrêt que le jeune homme a senti les effets bénéfiques du sevrage : il a réussi à dormir normalement, a retrouvé une clarté et une liberté d’esprit. Il a enfin pu revivre car n'était plus enfermé dans sa consommation toxique qui avait viré à l’obsession. Aujourd’hui, après avoir totalement arrêté pendant deux ans et demi, Olivier de Vitton a développé une approche saine et maîtrisée du produit et s’autorise un joint de temps en temps

Arrêter de fumer c’est loin d’être facile, mais l’existence en devient incroyablement plus libre et plus belle.

Retrouvez l’interview d'Olivier de Vitton par Cédric Wautier dans l’émission Tendances Première :

Newsletter La Première

Recevez chaque vendredi matin un condensé d'info, de culture et d'impertinence.

OK