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Brussels Donut : un projet pour remettre le social et l’écologie au centre des attentions

Depuis quelques années, on parle de plus en plus de l’économie du Donut de Kate Raworth, une économiste britannique, qui s’inspire du célèbre beignet pour nous faire visualiser les deux cercles, intérieur et extérieur, au sein desquels une économie saine devrait être maintenue pour être socialement juste et écologiquement sûr.


La Région de Bruxelles-Capitale veut s’inspirer de cette fameuse théorie du Donut pour arriver à une gestion publique plus respectueuse de l’humain et de la nature. Le projet en est à ses débuts, mais un événement en ligne est organisé le mardi 25 mai à 15h, Brussels Donut : Et maintenant ? pour aussi susciter la participation citoyenne et imaginer ensemble un cadre de réflexion adapté à la réalité bruxelloise. On en parle avec Laure Malchair, directrice de l’asbl Confluences et Géraldine Thiry, professeure associée à l’Economic School of Louvain (UCLouvain) et à l’ICHEC, qui ont mis en œuvre et porté le projet.

Mais de quoi s’agit-il exactement ? L’économie du Donut, c’est d’abord une approche, un ensemble de principes qui a pour but de nous amener dans un monde écologique et social. Pour ce faire, la théorie met en avant 7 vertus qui remettent en question certains principes bien ancrés dans notre économie de croissance. Elle se base sur une observation simple et corroborée par de nombreuses études : notre croissance économique ne va pas durer indéfiniment. Comment réorganiser notre société si ce capitalisme qui la caractérise risque d’un jour chuter ? C’est à ça que veut répondre "le Donut".

Kate Raworth explique que notre société doit prendre la forme d’un donut composé de deux cercles. Le grand cercle extérieur, c’est le plafond environnemental, le cercle intérieur, plus petit, c’est le plancher social. Et entre les deux, ce qui forme "la pâte" du donut, c’est l’espace dans lequel l’humanité devrait pouvoir évoluer. L’écologie et le social, qu’on a souvent tendance à opposer, sont donc complémentaires dans cette vision économique. Il faut penser l’articulation entre les deux.

Le plancher social, c’est une limite qui signifie que personne ne devrait tomber au milieu, dans le trou du donut. En d’autres termes, les besoins humains fondamentaux liés au logement, à l’énergie, à l’éducation, au revenu etc., soit respecté pour tous les individus.

Le plafond écologique, ce sont les limites planétaires liées au réchauffement climatique, à la pollution, à la perte de la biodiversité, à la disparition des ressources, etc., qu’il ne faut pas dépasser non plus.

 

Un donut bruxellois

Mais comment concrétiser ce qui n’est qu’une théorie ? Beaucoup de villes se sont déjà penchées sur la question de la transposition du modèle à leur gestion publique. Amsterdam, par exemple, a conçu son plan de relance post-covid en s’inspirant du donut, en ayant des objectifs sociaux ambitieux et en mettant la transition écologique au centre du modèle.

Bruxelles également dessine son propre donut. Et ce n’est pas seulement une question politique, d’autres acteurs sociétaux ont été mis à contribution pour réviser le modèle économique et social de la capitale. Administrations, entreprises et société civile ont été amenées à réfléchir à comment s’approprier ce principe, et à l’appliquer à leurs décisions.

Un exemple : la mobilité à Bruxelles. Les plans tendent à une réduction des espaces alloués à la voiture et à une augmentation de la mobilité douce, à des fins écologiques. Mais pour autant, il ne faut pas que les mesures prises impactent négativement les publics socialement fragilisés. Interdire progressivement le diesel à Bruxelles pose, par exemple, la question de l’accès à la mobilité des personnes qui n’ont pas les moyens de changer de véhicule. Plus globalement, favoriser la voiture électrique est perçu comme une avancée écologique, mais il faut prendre en compte le coût de production environnemental, l’impact social et économique dans les pays où les matières premières pour fabriquer une batterie sont extraites. Faut-il donc garder le diesel en l’état, ou plutôt mettre les moyens pour changer le système qui offre à la voiture cette place prépondérante dans notre quotidien ?

La théorie du donut, c’est donc avant tout un système de réflexion pour comprendre la portée des décisions publiques dans son ensemble, et ne pas seulement voir le côté évident de la chose. Elle n’a pas forcément des réponses toutes faites, mais permet de se poser les bonnes questions.

A Bruxelles, le projet arrive en fin de première phase : dresser le portrait de la région par rapport à ses limites sociales et écologiques sur toute une série de thématiques (économie, santé, mobilité, alimentation, éducation, accès à la culture, etc.) mais aussi lui donner une orientation. Ce portrait va bientôt être publié dans un rapport, mais il ne se veut pas figé ou directif. Le donut ne va pas révéler de la nouvelle information. Le but n’est pas de souligner les urgences, car c’est au monde politique de décider de ce qui sera une priorité ou non.

Vous avez votre mot à dire

La participation citoyenne à Brussels Donut est une part essentielle du projet. C’est pourquoi le 25 mai, un événement en ligne compte présenter son état d’avancement au public.

Toutes les informations pour y assister sont disponibles en ligne sur le site de donut.brussels.

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