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Aymeric Caron : "Le monde d’après risque d’être pire qu’avant"

Confiné comme tout un chacun, Aymeric Caron a pris le temps de se poser des questions essentielles sur notre société, la politique et les préoccupations environnementales. Son livre, "La revanche de la nature", écrit comme un journal de bord revient sur cette crise et les pistes qu’il souhaiterait mettre en avant pour un "après" différent.

 

Le confinement a eu un effet révélateur

 

Pour Aymeric Caron, le confinement a été une révélation pour beaucoup d’entre nous. Ça a été une révélation de se dire que l’on pouvait vivre avec peu. Juste nos proches et une consommation réduite à l’essentiel.

Nous avons été obligés de mettre notre société en pause. Par ailleurs, je rêve d’une société plus lente et qui réfléchit plus.

Selon lui, l’exemple du journalisme est frappant. Il y a, aujourd’hui, une exigence d’informer de manière permanente, de plus en plus vite et avec de moins en moins de réflexion. Cette manière de fonctionner, elle se retrouve dans tous les domaines. Nous n’avons plus aucun recul.

 

Nous allions trop vite dans un train à grande vitesse avec des conducteurs suicidaires.

 

La société a-t-elle changé ?

Pour l’auteur, la réponse est négative. Notre monde est reparti comme avant mais… en pire. Les conséquences économiques de la crise sont tellement énormes que nos décideurs nous proposent des solutions bien plus violentes qu’avant la crise.

On parle déjà d’imposer des normes de productions plus élevées, de demander aux gens de travailler plus longtemps chaque semaine voire de diminuer leur salaire.

On a l’impression que la seule interrogation des politiques est : comment fait-on pour récupérer de la croissance, du PIB ?

 

Mais alors, faut-il croire au changement ?

La société de consommation a pris une place essentielle dans nos vies. L’acte d’achat a remplacé tout un pan de l’individu qui ne peut plus s’exprimer.

On est conditionné à compenser nos frustrations individuelles par l’acte d’achat. Il nous donne l’impression de vivre. Parce que l’on est frustré dans notre vie, dans notre travail, avec nos patrons, nous compensons.

 

Nous sommes dans une société libre mais il n’y a pas de vrai débat

 

Aymeric Caron se pose la question : faut-il aménager notre société ou complètement changer le modèle ? En France, par exemple, ce débat n’a pas lieu

" On a des faux débats sur l’islam ou sur l’immigration. Et lorsque l’on a u vrai débat comme c’est le cas sur les violences policières, on le ressasse jusqu’à l’obsession. Et souvent avec des interlocuteurs qui s’expriment à l’emporte-pièce jusqu’à la caricature. "

Mais la question de la croissance ou de la décroissance n’est absolument pas prise en compte.

C’est quoi, une société radicalement différente ?

 

Pour Caron, une société idéale :

  • C’est une société où on travaille moins. Exit les 35 heures en France. Il faudrait passer à 15 ou 20 heures parce qu’il est clair qu’il n’y a plus de travail pour tout le monde.
  • On libère du temps et on trouve des moyens de financer sa vie. On lit, on se cultive, on s’implique dans la vie politique et sociale. Maintenant, il est clair que cela suppose d’aller vers une décroissance et un changement de nos modes de consommations.
  • On repense complètement l’économie. Le but de la société ne serait plus la création de richesse et de croissance.
  • En matière de logement, le modèle doit être complètement repensé pour éviter la spéculation. L’Etat doit s’investir et réguler. Il est aberrant que pour avoir 40m² à Paris il faille payer 1500 euros par mois.

 

Avec notre modèle, on laisse tout une partie de la société sur le carreau

Beaucoup de décideurs pensent que ces propos sont extrémistes et irréalistes. Pour Aymeric Caron, c’est tout le contraire. Nous vivons dans des états où l’on choisit extrêmement peu de choses et où nous avons très peu de marge de manœuvre. Si on ne change pas les choses et notre manière de vivre, nous allons aux devants de catastrophes climatiques et des problèmes sanitaires bien plus graves que le coronavirus.

 

Information et culture : deux éléments essentiels

Un des éléments essentiels sur lequel l’auteur met l’accent, c’est la possibilité de redonner au citoyen la capacité de réflexion et d’action.

Nous devons connaître et comprendre les enjeux de nos sociétés. On doit avoir accès à une culture et à une information de qualité avec des éléments fouillés et argumentés.

Aujourd’hui, on retombe sur les mêmes informations et les mêmes analyses.

Et c’est bien normal. En France, par exemple, tous les grands médias appartiennent à des grands groupes. On va toujours entendre le même type de discours. Les invités sont souvent les mêmes.

" Prenons simplement le cas des chroniques économiques. Elles sont tenues par des gens qui défendent le système néolibéral. Il existe d’autres personnes comme les " économistes atterrés ". Ils ne sont jamais invités et pourtant leurs analyses sont fouillées et documentées. "

"Le constat est le même sur les sujets environnementaux. Aujourd’hui, l’enjeu c’est l’écologie. Mais on ne trouve aucun éditorialiste écolo."

Il y a encore cette croyance chez beaucoup de décideurs que c’est une pensée extrémiste, déconnectée des réalités.

Les références

"La revanche de la nature" par Aymeric Caron (Editions Albin Michel).

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