Tendances Première

Assistance sexuelle : légale en Belgique, mais encore taboue


L’activité d’assistant·e sexuel·le consiste à accompagner le plaisir sensuel, érotique ou sexuel des personnes en situation de handicap qui en font la demande. Sur le plan légal, cette activité est assimilée à de la prostitution en France. Mais c’est différent chez nous.

"L’accompagnement sexuel se traduit par des prestations érotiques ou sexuelles. Ça passe à travers la relaxation, le toucher, la masturbation, la pénétration ; mais aussi au niveau émotionnel et affectif", explique la sexologue Carole Martinez.

Ces services sont proposés par des associations subsidiées, comme Aditi par exemple, qui met en relation des personnes qui présentent des incapacités physiques, mentales, intellectuelles ou sensorielles avec des accompagnant·e·s sexuel·lle·s. Leurs services sont variés et encadrés : "Ce n’est pas juste une prestation d’un accompagnant pour une personne handicapée. Ça peut être aussi un accompagnement pour un couple qui aurait du mal à se mouvoir normalement par exemple, et qui aurait besoin d’aide pour pouvoir avoir une relation intime." Ces accompagnant·e·s sont formé·e·s, bien sûr, mais ne peuvent pas exercer cette activité à titre principal et leurs services ne sont pas remboursés par la sécurité sociale. Ces conditions font partie du cadre légal définit en 2017 qui permet au service d’assistance sexuelle de ne pas être assimilé à du proxénétisme ou du racolage.

Un cadre légal en Belgique après un débat d’une décennie

Après une dizaine d’années de débats autour de la question de la sexualité des personnes en situation de handicap et un avis positif du Comité bioéthique de Belgique, le Parlement wallon adopte enfin, en 2017, un projet de résolution pour donner un cadre légal au service d’assistance sexuelle.

"En Belgique, la loi est en effet très claire : le proxénétisme et le racolage sont formellement interdits et punis. Il fallait donc un cadre "safe" et des règles "assez strictes" pour contourner cette loi et permettre aux personnes présentant un handicap physique ou mental d’accéder à l’assistance sexuelle en toute légalité" explique Carole Martinez.

Sexe et handicap : un cocktail encore tabou

Aujourd’hui, même si l’assistance sexuelle est reconnue, légale, et même subsidiée, elle n’en reste pas moins taboue. "On considère malheureusement souvent les personnes en situation de handicap comme étant asexuées ou on les infantilise" déplore Carole Martinez. "Dans certaines institutions qui prennent en charge des personnes handicapées, il y a encore un tabou, un flou autour de la question, voire même une interdiction à la masturbation et à la rencontre… Alors que ça pourrait justement favoriser un épanouissement émotionnel et/ou sexuel" poursuit la sexologue. En effet, selon le Comité bioéthique de Belgique, l'assistance sexuelle favorise, au-delà de la simple réalisation du plaisir génital, un épanouissement au sens large des personnes en situation de handicap.

"Ces personnes, comme les autres, ont des besoins et des désirs" conclut Carole Martinez.

Retrouvez la séquence de Carole Martinez sur Tendances Première :

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