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Alimentation: quel est l'avenir de nos assiettes ?

Relever les défis environnementaux est l’enjeu majeur de nos sociétés. Comment y voir plus clair dans le magma d’informations, d’assertions et de rumeurs qui nous submerge ? Médias et réseaux sociaux nous plongent dans la confusion et la défiance. Il y a urgence à démêler le vrai du faux. La collection " Fake or not " nous aide à y voir plus clair. Chercheur à l’INRAE sur les questions d’autonomie alimentaire, Frédéric Wallet synthétise la réalité complexe derrière nos modes de consommations alimentaires, dans l’un des premiers opus de cette collection.

L’agro-industrie est devenue extrêmement importante. Elle exerce une très forte pression sur la production des aliments et des produits mais aussi sur leur distribution. Il y a donc une dépendance des agriculteurs par rapport à ses industries.

Le monde a changé

Les chiffres impressionnants.

  • 80% des surfaces agricoles servent à l’alimentation du bétail et pas à nourrir l’homme.
  • Entre la production et la distribution, on a calculé qu’un aliment parcourait l’équivalent de 3300 kilomètres.

C’est la conséquence de la concentration de la production. Pour être plus efficace, les régions se sont spécialisées dans certains types de produits. Dans le même temps, les industries agroalimentaires se sont concentrées.

C’est ainsi que l’on retrouve des énormes bassins céréaliers autour de paris, une production de viande porcine très importante en Bretagne ou encore la culture intensive de fruits en Espagne.

Les agriculteurs trinquent

Cette spécialisation vient d’un principe simple. Plus on est grand, plus on est efficace sur le plan économique

Pour Frédéric Wallet : On a voulu toujours plus de production, les exploitations ont grandi. Les agriculteurs ont dû s’endetter. Aujourd’hui, ils sont pieds et poings liés à l’industrie et sont dans la détresse. C’est l’une des professions où le nombre de suicide est parmi les plus importants."

 

4 fermes ferment chaque semaine en Belgique

Dans le même temps, nos modes de consommation ont aussi changé. A la sortie de la seconde guerre mondiale l’alimentation représentait 34% des dépenses d’un ménage. Aujourd’hui, c’est environ 20%. L’assiette a changé au détriment de la qualité nutritionnelle des produits qui a baissé.

Que peut-on faire ? Démontons quelques croyances

Il suffit de manger local

C’est une tendance dont on parle beaucoup aujourd’hui et elle est très intéressante. Même la grande distribution s’y met. Indéniablement, des efforts sont faits sur le blé par exemple. On choisit du blé local qui permet de produire le pain des grandes enseignes.

Mais pour Frédéric Wallet, il y a une question à se poser : quelles sont les modalités entre les producteurs et la grande distribution ?

En effet, la part qui revient aux agriculteurs n’a pas cessé de baisser. Une étude récente démontre que sur 100 euros de dépenses consacrées à l’alimentation, seuls 6,2 revenaient aux producteurs. Le reste va aux industries de transformation et de distribution mais également à toute l’importation.

Faire du local, oui… Mais encore faut-il en vivre ?

Installer des fermes urbaines

C’est un phénomène émergeant. Beaucoup d’investisseurs et de communautés locales s’y intéressent. C’est très séduisant. La production de CO2 est moindre. Les répercussions des sécheresses sont diminuées.

"Mais actuellement, ça ne peut être qu’une source d’appoint. On arrive sans souci à produire des produits maraîchers : salade, légumes… mais quand on essaie de se diversifier pour aller vers des céréales ou autres, les problèmes techniques reviennent."

Eviter les grandes surfaces ?

Même au plus fort de la pandémie, on avait l’impression que les supermarchés étaient pleins et regorgeaient de produits venant de partout dans le monde.

Mais ce qu’il ne faut pas oublier, c’est qu’en Europe, on a renoncé à faire des stocks alimentaires. En conséquence, il ne faudrait pas plus de 72 heures pour qu’une ville comme Paris soit en rupture si on bloquait l’approvisionnement. Une ville comme Bruxelles tiendrait 3 jours.

Plus inquiétant, les prévisions à 20 ou 30 ans montrent que la question d’une crise alimentaire pourrait se poser.

Et les personnes précaires ?

 

Selon Frédéric Wallet, à court terme, on ne peut donc pas se passer de la grande distribution. Elle représente 2/3 des achats alimentaires des Français.

" Mais ce qu’il faut, c’est établir une filière qui rémunère mieux les agriculteurs afin de sécuriser la filière. Et de continuer à avoir des agriculteurs "

En France, on estime que dans les 5 ans, on va perdre 50% des agriculteurs ? Soit on se passe des agriculteurs, soit on réinvestit

Clairement, aujourd’hui, ce n’est pas le cas. 8 millions de personnes en France dépendent de l’aide alimentaire.

 

Les gestes que l’on peut poser

Clairement, nous, consommateurs ne pouvons pas tout changer mais nous pouvons changer nos comportements

  • Réfléchir à la manière que l’on se nourrit. Eviter les aliments transformés voire ultra-transformés
  • Se nourrir en saison. Une grosse part de notre dépendance à l’industrie vient du fait que l’on veut tout et tout le temps. Vouloir des tomates en janvier ou en février, cela crée des productions qui ne sont pas durables.
  • Aller voir les producteurs et achetez en direct
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