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Agriculture urbaine : le futur sera-t-il un peu plus vertical ?

Anne Colonval est la créatrice, avec Vincent, d’Urbileaf. C’est une ferme urbaine, en plein cœur de Bruxelles, dédiée à la production de micropousses cultivées à la verticale, sur étagères. Elle nous en dit plus aujourd’hui sur la culture verticale, qui permet de démultiplier la surface de production dans un espace limité, tout en ayant un faible impact environnemental.

L’agriculture verticale n’est ni une invention futuriste, ni une idée délirante. Vouloir cultiver en hauteur, ce n’est d’ailleurs pas nouveau. Dès la fin du 17e siècle, les Saint-Gillois ont créé le chou de Bruxelles, cet hybride de chou, afin de rentabiliser des surfaces agricoles de plus en plus restreintes, pour faire face à la pression démographique de l’époque. Les plants de choux de Bruxelles ressemblent vraiment à des petits gratte-ciel végétaux.

Il existe une énorme problématique autour de l’utilisation des terres cultivables par l’agro-industrie, au détriment d’espaces naturels protégés et de la biodiversité. Et le phénomène va encore s’accentuer, avec les perspectives d’augmentation démographique, la plupart vivant dans les villes.

Comment nourrir tout ce monde ?
Comment trouver de l’espace supplémentaire
pour produire notre nourriture,
en ayant l’impact le plus faible possible sur notre environnement ?

 

Des tours végétales

Une solution a été imaginée en 1999 par Dickson D. Despommier, microbiologiste, écologue et professeur de santé publique et de santé environnementale à l’université Columbia de New York. Il a développé avec ses étudiants le concept de tours végétales entièrement dédiées à la production de nourriture.

Rendement maximum, surface minimum, impact écologique minimum
tels sont les nouveaux objectifs.

Il s’agit de penser en mètres cubes et non plus en mètres carrés. Dickson D. Despommier a imaginé un système de production ultraperformant, qui permet de cultiver de grandes quantités de végétaux ultrafrais en utilisant des surfaces au sol très réduites, et qui répond à un besoin d’approvisionnement en quantité et qualité égales toute l’année.

 

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Dans une ferme verticale, il n’y a pas de tracteur. Les fruits et légumes poussent sur des étagères, dans un environnement très contrôlé.

Les avantages environnementaux sont très nombreux, en particulier la possibilité de rendre à la nature des territoires où la biodiversité pourrait à nouveau se développer.


Des projets high tech, un investissement conséquent

Depuis Despommier, la technologie a énormément évolué, rendant possible l’installation de projets high tech, visant à nourrir la ville tout en travaillant en totale circularité, avec recyclage de l’eau et des déchets, transformation du CO2 en oxygène, autonomie énergétique. Les investissements sont souvent très coûteux.

De la culture artisanale de micropousses, telle que la pratique Urbileaf, à l’usine totalement robotisée, les degrés technologiques sont très différents. En Belgique, nous n’avons pas pour le moment des contraintes trop importantes pour nourrir notre population. Mais les projets de culture verticale sont toutefois de plus en plus nombreux.

Anne Colonval chez Urbileaf

Nous n’en sommes toutefois, en Europe, qu’à nos premiers pas, alors qu’en Asie, ces rêves futuristes sont déjà devenus réalité. Singapour et le Japon font figure de pionniers dans des modes de production beaucoup plus technologiques, pour répondre à des enjeux vitaux d’autonomie alimentaire, dans des contextes ultra-urbains.

Le Japon est un pays à forte densité démographique, où les espaces cultivables sont limités par la géographie et où l’âge moyen de la population agricole est de 67 ans, c’est donc un enjeu stratégique. On y compte déjà près de 300 fermes verticales et ça ne va pas s’arrêter là, parce que le gouvernement nippon soutient très largement ce mode de production.
 

Pourquoi ne pas utiliser cette technique de culture verticale – à petite ou grande échelle –, en complément de modes de production traditionnels, beaucoup plus respectueux de l’environnement, tels que l’agriculture biologique, l’agroécologie ou la permaculture ? interroge Anne Colonval.

Nous devrons nécessairement nous appuyer sur la technologie et l’innovation pour manger tous à notre faim sans piller notre planète.

 

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