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Adrien Devyver écrit le quotidien de son TDA/H et de son hyperactivité

Ce n’est plus un secret pour personne depuis qu’il est devenu le parrain de l’association TDA/H Belgique : Adrien Devyver, journaliste et animateur de la RTBF, est atteint du trouble déficitaire de l’attention avec hyperactivité. Ce que l’on sait moins, en revanche, c’est ce que ce trouble représente pour lui au quotidien et quels sont les outils qui l’aident à franchir tous les obstacles. Un quotidien à l’image de nombreux TDA/H.


'Troubles déficitaires de l’attention', ce terme englobe une réalité très vaste et très variée selon les personnes. L’objectif du livre d’Adrien Devyver, On m’appelle La Tornade (Ed. Kennes), est de donner des pistes, des outils, de l’espoir, beaucoup de compréhension, des sourires et d’ouvrir des portes… beaucoup de portes.

Adrien Devyver est parrain de l’association TDA/H Belgique qui soutient les personnes atteintes de troubles déficitaires de l’attention, avec ou sans hyperactivité. Diagnostiqué il y a quelques années seulement, il tient à utiliser sa notoriété et le personnage public qu’il est pour faire passer un message très important et surtout très positif auprès des parents, des enseignants, du corps médical.

Chaque chapitre est l’occasion de partager un instant de vie et lui permet d’expliquer à quel point sa vie ne ressemble pas à un quotidien classique : sa vie est faite de stimuli non-stop, qui surviennent ou qu’il provoque car il a besoin de cette adrénaline, de ce challenge. C’est compliqué, c’est fatigant, mais on peut mettre plein de choses en place pour vivre avec ces troubles, dit-il. Il veut aussi donner des clés à l’entourage, pour que tout fonctionne mieux.

Le TDA/H s’accompagne d’un énorme manque de confiance, d’un manque de structure au niveau intellectuel et au niveau pratique. C’est pourquoi il a sollicité l’aide de sa famille, de son entourage professionnel, des soignants, pour qu’ils viennent apporter leur petite touche à son livre.
 

Un diagnostic tardif

Le fait d’avoir été diagnostiqué très tardivement ne représente pas pour Adrien Devyver une perte de temps. Il a dû lutter avec ses armes et cela l’a construit.

Au PMS, dans son enfance et dans son adolescence, on parlait d’hyperkinétique, d’enfant perturbateur, pas très bien éduqué. Petit à petit, il s’est rendu compte qu’il y avait vraiment un problème. Mais il n’avait pas spécialement envie d’être diagnostiqué, parce qu’il avait développé une boîte à outils, une débrouillardise et une tchatche acquise entre autres au scoutisme et à l’école. Mais quand il a voulu s’investir dans l’association TDA/H, il était plus crédible de se faire diagnostiquer.

La période 12-20 ans a été très compliquée pour lui, mais de nombreuses portes se sont ouvertes, les portes de personnes qui ont un esprit un peu plus ouvert, qui avaient envie de connaître cette différence, de capitaliser sur lui. Il a créé avec ces personnes des amitiés très fortes et très sincères.

"C’est l’une des caractéristiques du TDA/H aussi, très positive, c’est qu’il y a de l’authenticité, de la spontanéité, on ne triche pas, on accepte comment on est et on fonctionne comme ça. Dans mon métier des médias, j’ai de la chance de rencontrer énormément de monde, d’échanger beaucoup. Je dirais que j’ai trouvé un peu chaussure à mon pied dans le métier dans lequel je suis."

Adrien Devyver a eu la chance de grandir dans un environnement très aimant et sécurisé, chose très importante pour cadenasser un TDA/H qui peut parfois partir en ébullition. Les choses se sont compliquées vers l’âge de 12-13 ans, au passage du secondaire. Il a connu les remarques destructrices. Or, ce qui caractérise une personnalité TDA/H, c’est son besoin de s’intégrer alors qu’elle ne s’intègre pas. Et quand elle reçoit des remarques négatives, elle ne se construit plus, il y a carrément même une sorte de crime psychologique, de crime mental. C’est ce qu’affirme Pascale de Coster, présidente de l’association TDA/H Belgique :

Pour une personne TDA/H, sur une remarque négative, il faut coller 4 renforcements positifs.


Le besoin de reconnaissance

Ce qui a fort manqué à Adrien Devyver enfant, c’est d’être intégré dans le dialogue entre professeurs et parents, que ce dialogue devienne un trio, pour être pris en compte aussi dans les difficultés. Ce qui l’a fait beaucoup souffrir aussi, ce sont les professeurs qui ont préféré abandonner plutôt que de cultiver cette différence. Le potentiel 'confiance en soi' diminue alors complètement et les résultats s’en ressentent.

Il a heureusement réussi à développer des pistes et des solutions qui lui ont permis de s’en sortir alors qu’il était à deux doigts de l’échec scolaire et du décrochage. Il a réussi à intégrer les structures de pouvoirs organisateurs de l’école. Comme il souriait tout le temps, on a voté pour lui et cela lui a sauvé la mise. Il passait pour un petit con sympathique, un gosse de merde mais sympa.

Le besoin de reconnaissance, le besoin de séduire, le besoin de fédérer, tout cela fait partie des caractéristiques TDA/H.

Le scoutisme a offert à Adrien Devyver un cadre qui n’est pas figé, où chacun peut y trouver son compte. Pendant 'Le rocher du conseil', il a appris à écouter les autres, il a appris à comprendre comment les autres fonctionnaient, à mieux percevoir ses différences, à les accepter, sans en parler parce qu’à l’époque, on n’allait pas chez les psys, on ne parlait pas de ça avec ses parents. Cela lui a donné un cadre référentiel au niveau relationnel mais aussi un cadre au niveau des règles.

Il recommande d’ailleurs l’école dehors pour tous les enfants, et en particulier pour les enfants TDA/H, qui aide à ce que les élèves soient concentrés, et surtout impliqués.

"Car c’est l’un des problèmes aussi : le fait de passer du coq à l’âne tout le temps, ce n’est pas de l’impolitesse, c’est parce que quand une chose ne nous intéresse pas ou plus, on n’y peut rien, on doit passer à autre chose, c’est comme ça."


D’autres aspects du TDA/H

Adrien Devyver vit dans un joyeux bazar parce que c’est sa structure, si tout est rangé, cela le perturbe. Ce bazar lui permet de réactiver plein de pistes.

Il reconnaît qu’il peut être difficile à vivre, parfois blessant, humiliant. Il a saboté beaucoup de relations amicales à cause de son impulsivité, de son côté no limit, de l’humiliation qu’il a infligé à d’autres. Il travaille sur lui-même pour dompter cet aspect de son trouble.

Ce qui est très peu connu, ce sont les troubles alimentaires et les addictions potentielles liés au TDA/H.

"On est addict quand on est TDA/H, car les zones du cerveau ne contrôlent pas bien cette obligation de mettre un stop à certaines choses. Donc j’ai été addict à la cigarette pendant des années, j’ai beaucoup aimé boire de l’alcool aussi pendant des années. L’alimentation et le sucre, c’est une catastrophe. […] Et la glycémie, ça fait diminuer l’attention."

Outre le sport, la sophrologie, la respiration, la réflexologie plantaire lui permettent de se recentrer.

 

>> Pour en savoir plus >>

L’association TDA/H Belgique et ses publications :

Gaspard découvre son TDA/H
un livre destiné aux enfants, pour leur expliquer ce qu’est leur trouble,
à lire en compagnie d’un adulte.

TDA/H à l’école
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