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Ados et harcèlement : il est essentiel d’en parler à une personne de confiance

Dans la vie de nos ados, il n’y a pas que le Covid-19. Il y a aussi le harcèlement à l’école et le cyber harcèlement entre ados. Notre chroniqueuse juridique Yasmine Lamisse nous donne des pistes pour réagir.

Le cyberharcèlement est un délit, il ne faut pas hésiter à porter plainte, rappelle Yasmine Lamisse. Quand il s’agit de mineurs, la situation est un peu différente, parce qu’ils ne se rendent pas toujours compte de la gravité de leurs actes. Les parents restent toujours responsables de leurs enfants.

Par ailleurs, quand on parle de harcèlement entre ados, il faut aussi envisager l’aspect pédagogie, pas simplement la sanction.

Parmi les formes de harcèlement, on distingue

  • le harcèlement physique, sexuel et matériel
  • le harcèlement moral
  • le cyber harcèlement.

Le cyber harcèlement a comme caractéristique qu’il ne s’arrête jamais, il continue à la maison. On a donc là un phénomène très intrusif. S’ajoute à cela le sentiment d’anonymat dont bénéficie l’auteur des faits, qui se cache derrière son écran et ne voit pas la souffrance qu’il provoque sur sa victime.
Enfin l’effet tribal, c’est-à-dire tous ceux qui assistent à la mise à mort, qui likent et rient, renforce l’effet négatif sur la victime.

La France vient de prendre une loi spécifique qui condamne et sanctionne le cyber harcèlement, que ce soit entre adultes ou entre ados, contrairement à la Belgique où il n’y a pas encore de loi spécifique sur ce sujet.
Il faut donc chercher dans l’arsenal juridique les différentes lois qui permettent de s’armer contre le cyber harcèlement.

 

A quoi peut-on faire appel dans l’arsenal juridique belge ?

  • L’article 442 bis du Code Pénal vient sanctionner le harcèlement moral, et s’applique aussi par conséquent au cyber harcèlement. La sanction peut consister en des peines lourdes de prison, des amendes. Les peines peuvent être doublées si la victime est mineure.
  • La loi 2005 relative aux communications électroniques
  • L’atteinte à la dignité
  • Le droit à l’image : un ex-petit copain qui publie des photos de son ex-copine dénudée se justifie par le fait qu’elle a accepté d’être prise en photo. Or dans le droit à l’image, il y a deux droits distincts. Le droit de prendre la photo, qu’elle a peut-être accordé à l’époque. Mais aussi le droit de diffusion et l’ex-petite copine n’a jamais donné son accord pour les photos soient publiées.

Tous ces textes viennent aider les juristes à contrer le cyber harcèlement.
 

Comment aider notre enfant victime de cyber harcèlement ?

On peut porter plainte, se déclarer personne lésée. Les actions en justice visent soit à condamner l’auteur, soit à aller devant un juge civil pour demander réparation.

Malheureusement, une fois sur deux ou trois, quand on porte plainte, le dossier est classé sans suite. L’auteur des faits n’est pas toujours condamné.
Si on va chez le juge civil pour demander des dommages et intérêts, il faut encore prouver la faute et le dommage moral.

Le rôle de l’école est important, parce qu’elle peut mettre en place des médiations, des rencontres PMS, voire des sanctions graves allant jusqu’à l’exclusion de l’auteur des faits.


Faire appel à un tiers…

Toutefois, le plus important est que l’ado se confie à une personne de confiance : petit copain, parent, grand frère, ami, ou encore un avocat, un médiateur, un directeur d’école, via l’intermédiaire du parent.
Un tiers qui va avoir le recul nécessaire et trouver les mots et les actions justes.

Il est difficile pour un parent de sortir de l’émotionnel, de ne pas réagir à chaud et de se décider à faire appel à un tiers, d’autant plus qu’il faudra accepter sa décision et sa démarche. On ne connaît pas toujours nos droits, on a parfois peur d’en parler, les écoles essaient parfois d’étouffer la situation. Il ne faut pas rester seul face à ce problème.


… et réagir rapidement

Un avocat par exemple va essayer de trouver un accord juste mais surtout de réagir vite. Parce que plus on attend et plus il y a un risque de diffusion du message ou de la photo, et plus la victime va se sentir mal. Il faut donc briser rapidement la chaîne.

Une maman a par exemple réagi rapidement en faisant une capture d’écran du post avec identification du compte de l’auteur, puis elle a saisi une avocate. Celle-ci a contacté la maman de l’auteur des faits, avec un objectif pédagogique.

Le harceleur a compris et a supprimé immédiatement le post. Il a aussi rédigé un post public d’excuses à l’égard de la victime, en expliquant qu’il s’agissait de cyber harcèlement, que c’était un délit, sanctionné pénalement, et en décrivant les sanctions possibles.

Non seulement c’était intéressant pour l’auteur des faits qui a pris conscience de la gravité de son geste et a dû s’excuser publiquement, mais d’un point de vue pédagogique, c’était intéressant aussi comme piste de réflexion pour ses amis. Et la victime s’est sentie protégée, explique Yasmine Lamisse.

S’il n’y a pas de réactivité ou que la partie adverse envenime les choses, on n’attend pas, on passe à l’étape supérieure : on contacte le directeur d’école ou on va porter plainte.

D’autres outils existent pour nous soutenir face à ce problème :

Ecoutez Yasmine Lamisse ici

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