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Ados et confinement : ni diaboliques, ni soumis

Nicolas Zdanowicz, psychiatre, chef de service à la clinique Mont Godinne et professeur à l’UCLouvain, revient sur la réaction des ados face aux impératifs liés au COVID et sur les multiples discours dont ils font l’objet.

Les adolescents font couler beaucoup d’encre en cette période de pandémie. Soit on adopte un ton larmoyant pour parler des pauvres adolescents qui n’ont plus de vie, qui sont confinés à la maison et ne parviennent plus à étudier. Soit on les diabolise : ce sont eux qui posent problème, ils font des fêtes sans cesse, c’est à cause d’eux qu’il y a une deuxième vague, etc…
 

Les jeunes sont-ils les nouveaux Zazous ?

Nicolas Zdanowicz associe ce phénomène à celui des Zazous, né dans les années 1940. Dans la France occupée, en particulier à Paris, les adolescents se sont inventé ce nom en réaction contre les règles édictées par Pétain, alors au pouvoir. Il décide qu’il faut une nouvelle génération de jeunes, propres, sérieux austères.

Une série de jeunes refusent de s’inscrire dans ce schéma, où on leur dicterait leur conduite. Ils veulent vivre loin de la morosité ambiante, liée à ces mesures et à l’Occupation. Ils s’inspirent des modes vestimentaires américaines, avec un sens du mauvais goût étudié. Ils se mettent à sortir, à braver le couvre-feu, à porter des étoiles jaunes étiquetées Zazous. Ils sont dans la provocation ; leur objectif est de vivre.

Ce n’est pas pour cela qu’ils s’engagent dans la Résistance. Ils sont donc décriés tant par les résistants que par le pouvoir en place, parce qu’ils n’acceptent pas les règles. Certains sont arrêtés et envoyés en camps de concentration.

Pour Nicolas Zdanowicz, cela rappelle le discours que l’on peut tenir aujourd’hui sur les adolescents et sur leur tentative de vivre malgré le confinement. "Ce qui était en jeu pour ces jeunes était d’avoir une vie. On sait que le jeu est nécessaire pour le développement des enfants, mais de la même façon, sortir et être en communication est essentiel pour les ados, beaucoup plus que ce ne l’est pour les adultes."

Ce qu’ils créent dans ces sorties, c’est de l’autonomie, par rapport à leurs parents, mais aussi une autonomie psychique. La prise de risques fait partie de ce schéma. Ce n’est pas pour autant qu’il faut le justifier et le cautionner, souligne le psychiatre. Mais cela doit être une invitation à penser, à réfléchir. Les discours moralisateurs ou pseudo-compatissants ne font que pousser le bouchon plus loin.


Sortir de la peur de l’autre

L’idéal serait d’impliquer les jeunes sur la façon de vivre le confinement, sur la façon de vivre à plusieurs dans le confinement, sans être catalogués d’insoumis ni de diaboliques. On aurait pu leur demander leur avis, par exemple sur la question du présentiel à l’école. Et on aurait évité les réactions et contre-réactions qui font boules de neige. Au contraire, on ne les implique pas, mais on ne leur offre pas non plus de perspectives d’avenir très roses.

Le discours scientifique crée de la parano et de l’angoisse, dès qu’il est question de déconfinement. Les Zazous pendant la Seconde Guerre Mondiale ont permis qu’il existe une vie pendant la guerre, mais aussi une vie après. Grâce à ce courant, une nouvelle génération a pu naître après la guerre.

Il y a vraisemblablement, dans les réactions des jeunes aujourd’hui, quelque chose qui peut sauver de la paranoïa et de la peur de l’autre, parce qu’ils parviennent à maintenir l’autre dans une nécessité, dans une relation chouette. Même si, on le voit bien, la majorité d’entre eux portent le masque.

Des choses positives peuvent naître de ce mouvement de contestation, qui dit : on n’est pas que des soumis. Des jeunes aident à la fabrication de masques, des étudiants infirmiers s’engagent dans les soins… D’autres secteurs pourraient encore être impliqués dans le vivre ensemble avec le Covid. Peut-être sous l’appellation que propose Nicolas Zdanowicz : ni diaboliques, ni soumis…
 

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