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Adieu salariat, bonjour la liberté

Adieu salariat, bonjour la liberté
Adieu salariat, bonjour la liberté - © Westend61 - Getty Images/Westend61

Aimer ce que l’on fait, en vivre, sans tout sacrifier est probablement devenu le mantra professionnel le plus en vogue en ce moment.
Pas facile pour autant de trouver sa voie, de se lancer et de prendre des risques. Retrouver du sens et la liberté est sans doute la première motivation, mais est-ce suffisant ? Quelques conseils avec Frédérique Genicot, consultante en stratégie commerciale.

Frédérique Genicot publie Adieu salariat, bonjour la liberté (Ed. Eyrolles), où elle suggère 5 voies de reconversion pour devenir consultant, coach, slasheur, startupper ou repreneur d’entreprise. Elle propose un accompagnement sur-mesure pour gagner en efficacité et éviter les grosses erreurs.

Les obstacles à franchir pour passer d’un emploi salarié à une fonction d’indépendant sont dans un premier temps d’ordre psychologique. Il s’agira de pratiquer une forme d’introspection, de se poser la question de ce qu’on a vraiment envie de faire, de ce qu’on sait faire.

C’est une bonne chose de vouloir retrouver du sens dans sa vie professionnelle, mais cela ne doit pas se faire n’importe comment, parce qu’il faut en vivre. Pour l’année 2018, les chiffres montrent qu’une start-up sur trois abandonne après la première année, 20% après la 2e année, et 30% après la 3e.


Entreprendre, ce n’est pas donné à tout le monde

Frédérique Genicot aime parler de discipline à acquérir pour envisager ce changement. Après, il y a aussi des outils et des méthodes à utiliser, notamment le fait d’écouter ses clients pour voir s’il y a réellement un marché. Enfin, il y a un état d’esprit, le 'mind set', à savoir la capacité à tenter les choses, à accepter de se tromper et de se dire : qu’est-ce que j’ai appris ? De quoi je peux me servir pour faire autrement demain ?

Il y a un juste équilibre à trouver entre le recours à divers outils et le fait de trop compter sur sa personnalité, au risque de manquer de structure. Dans l’enthousiasme, au milieu de cette hyperactivité, de ces hypersollicitations, on risque effectivement de se disperser, de diluer son effort, et il arrive un moment où il faut restructurer tout cela. "C’est un mal nécessaire, qui permet de tester ses envies et ses motivations".

Aujourd’hui l’entrepreneuriat est très valorisé. Entreprendre, c’est prendre son destin en main, agir, être libre. Mais devenir indépendant, c’est compliqué, on ne vit pas de ses rêves. Et il faut être honnête, ce n’est pas fait pour tout le monde. Il faut trouver des clients, réaliser quelque chose, se faire payer,… des actions qui nécessitent certains traits de caractère que tout le monde n’a pas. Certains ne sont pas faits pour ça. Il faut alors les inviter à se poser d’autres questions et à relancer leur réflexion vers autre chose, explique la consultante Frédérique Genicot.


Je me lance !

L’une des premières étapes consiste à analyser le projet, à le regarder sous d’autres prismes, à le modifier éventuellement pour le rendre plus crédible et lui permettre de mieux répondre à la demande. On s’installe et on commence à écrire, on passe d’un rêve, d’un idéal, à la réalité qui est la notion de l’offre et la demande, le client, le marché. Le projet doit être solide et réalisable.

Dans sa pratique, Frédérique Genicot invite tout candidat entrepreneur à vivre, pendant une journée ou une semaine, la vie d’un consultant, d’un startupper, d’un coach…, de l’accompagner pour voir à quoi ressemble sa journée de travail et si ça correspond à la journée idéale qu’on imagine. Elle conseille ensuite de sortir le plus vite possible, pour aller se confronter au marché et à la réalité des choses.

Parmi d’autres conseils simples mais fondamentaux :

  • se former constamment même si on a déjà une expertise ;
  • s’entourer, se constituer un réseau, pas uniquement de clients mais de gens qui vont simplement vous écouter et vous faire prendre conscience des choses à faire, ou qui vont vous challenger ;
  • avoir éventuellement un mentor, dans certaines disciplines ;
  • ne pas ignorer qu’il y a aura des moments difficiles.


Devenir consultant, coach ?

Devenir consultant ou coach, c’est le plus facile : il n’y a pas de barrières à l’entrée, il y a peu de financement, on peut travailler de chez soi.

  • Le consultant est celui qui continue à faire son métier mais dans un autre format juridique. Il était dans les RH, il devient consultant RH ; elle était dans le marketing, elle devient consultante marketing. Il faut pour cela apprendre à parler de soi, aller chercher les gens. L’enjeu est donc d’apprendre à communiquer, à trouver les bons mots pour parler de ce que l’on sait faire. Si l’on est très technique dans nos explications, on ne fera pas rêver les gens. Par contre, si on explique ce que l’on va apporter, comment on va pouvoir changer la vie du client, c’est déjà mieux. Vendre, prospecter, c’est une attitude à avoir, et parler de soi, ça s’apprend !
     
  • Pour les coaches, ce qui fera la différence, ce sera la spécialisation, la niche, la singularité dans le parcours professionnel.

 

Se préparer et surmonter sa peur

Changer sa vie, ça se prépare au mieux pour éviter les désillusions.

"Il faut avoir une ambition. Le rêve, c’est écrire son ambition. Se projeter, visualiser comment on voit son entreprise dans un an, dans 5 ans : comment seront nos journées, quels clients on aura, ce qu’on ne fera plus. C’est important d’inscrire ce rêve dans quelque chose de plus large."

Quand on entreprend, il y a deux attitudes différentes : il y a les gens qui procrastinent, qui reculent le moment de la confrontation au marché et il y a les gens volontaires et persévérants qui trouvent des solutions à tout, mais qui parfois sont de fausses bonnes idées.

Si vous avez peur, c’est la preuve que c’est important pour vous, que vous vibrez pour ça.

La peur est là, qu’en faire ? Le meilleur moyen de lutter contre la peur, c’est d’entrer dans l’action, de décliner cette ambition en un premier pas qui en amènera d’autres. "Parfois les choses ne se passeront pas bien, mais parfois ce sera pour du positif, pour de très bonnes surprises. Etre entrepreneur, c’est apprendre à redemander, à désapprendre, à être plus proactif dans ce que l’on cherche et dans les demandes que l’on peut faire." L’échec sur un projet professionnel peut être formateur pour d’autres réorientations.


Les métiers de demain

Aujourd’hui, on change plus facilement de carrière, on est beaucoup moins statique qu’avant. Nous vivons en outre dans un monde incertain, où les jobs de demain n’existent pas encore.

"On va être obligé, même en tant que salarié, de se former plusieurs fois dans une vie à des métiers différents. La réflexion doit être globale sur l’employabilité des personnes et le fait de vivre de son travail toute notre vie. L’intelligence artificielle et la transformation digitale vont faire que les métiers qui existent aujourd’hui ne seront plus les mêmes et que d’autres métiers vont apparaître. "

L’éducation et la formation tout au long de la vie seront rendues obligatoires. Il y aura de nouvelles formes d’éducation, de certification à trouver, du type mooc, ou formations alternées, pour acquérir des nouvelles compétences.

Suivez Frédérique Genicot dans la suite de l’émission !
Et sur son site, pour plus d’infos.

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