Tendances Première

"95% de la planète sont vides de tourisme" – Quel tourisme pour demain ?

La Thaïlande autrement
La Thaïlande autrement - © Evaneos

La grisaille de février nous invite souvent à penser à nos futures vacances. Et si nous repensions plutôt le futur de nos vacances ? 1,4 milliard, c’est le nombre de touristes internationaux dans le monde aujourd’hui. D’ici 10 ans, ils seront 400 millions de plus. Mais est-ce tenable, si 46% d’entre eux, comme c’est le cas aujourd’hui, se concentrent dans seulement 10 pays ? Face à ces défis, il est urgent de réinventer le modèle de voyage.

Pour Eric la Bonnardière, cofondateur et CEO d’Evaneos, "il est grand temps d’envisager une transformation totale du tourisme, notamment en comptant davantage sur les locaux et en redonnant le pouvoir aux destinations elles-mêmes quant à la manière dont elles développent leur tourisme."

Evaneos est une plateforme de mise en relation entre des voyageurs et des agences locales partout dans le monde. En se servant de l’expertise locale, elle crée des voyages sur mesure, des voyages uniques, différents, qui ont un impact positif sur les communautés locales.
 

Stop, ça suffit !

C’est le tourisme de masse en particulier qui pose de véritables problèmes et qui soulève une bonne dose d’indignation. Beaucoup de villes touristiques, comme Barcelone, Venise, Milan, Dubrovnik…, sont victimes de leur succès et saturées en haute saison. Barcelone, par exemple, a accueilli 32 millions de touristes en 2017, soit 20 fois la population de ses résidents.

Certains sites - Barcelone, Venise, Dubrovnik, Milan, Reykjavik, Santorin, le Mont Blanc,… – ont désormais durci les règles autour des activités touristiques. La résistance s’organise du côté des habitants, bien décidés à reconquérir leur ville. En cause, les dégâts provoqués par certains touristes peu respectueux ou la location d’hébergements par les particuliers, qui fait grimper les loyers.

Pour Eric la Bonnardière, "l’expérience du voyage ce n’est pas cela, ce n’est pas aller faire la queue pour prendre tous la même photo, c’est aller découvrir ce que l’on n’a pas chez soi, c’est vivre des moments d’authenticité."

Dans 30 ans, 50 ans, de nombreux lieux seront partiellement détruits et interdits d’accès, ou protégés derrière des barreaux.

"C’est cela qu’il faut éviter, en déconcentrant les flux de touristes, en mettant en place des quotas,… mais c’est aux voyageurs et surtout aux opérateurs de tourisme de faire le chemin, de favoriser plus de curiosité, de ne pas communiquer sur les lieux les plus iconiques, sur les lieux clichés. Il y a tellement de choses à découvrir, 95% des endroits de la planète sont vides de tourisme ! Il y a énormément de choses à faire."
 

Sortir des sentiers battus

Le tourisme représente en moyenne 10% du PIB de ces pays particulièrement prisés, voire jusqu’à 20 ou 30% dans certains d’entre eux. Il ne s’agit donc pas de repousser les touristes, on peut bien sûr conserver cette croissance du secteur, mais en le développant de manière plus raisonnée et mieux répartie, recommande Eric la Bonnardière. 10 destinations représentent en effet 50% du tourisme total, alors qu’il y a quasiment 200 pays dans le monde.

Il faut donc donner accès aux alternatives, en créant du contenu, des offres qui éveilleront la curiosité des voyageurs. Et cela, c’est possible grâce aux autorités, aux opérateurs du tourisme locaux, qui ont une conscience plus précise des nouveaux endroits à découvrir et de la meilleure façon de le faire.

"Il y a un côté un peu mécanique, moutonnier, qui s’est développé dans la façon de voyager. On veut faire la même chose que son voisin. C’est aussi un marqueur de statut social. Souvent on dit : j’ai fait la Thaïlande, j’ai fait le Costa Rica, comme si on cochait des cases et que c’était important de l’avoir fait. On essaie de maximiser son temps en voyage pour voir un maximum de choses, on enchaîne les lieux, les visites, sans prendre vraiment le temps. Sans se poser la question du sens du voyage, de pourquoi on y va, de quel type d’expérience on veut vivre."

Quand on revient d’un voyage, les meilleurs souvenirs ne sont pas systématiquement liés aux sites les plus connus. Bien souvent, les émotions viennent plutôt d’une rencontre, d’un goût, d’une cuisine, d’un problème qu’on a résolu.

"C’est ça le voyage aussi, ce sont des moments inattendus, improvisés, c’est sortir des sentiers battus. Il y a plein de destinations magnifiques à découvrir."


Slow tourism, écotourisme, tourisme responsable…

D’un point de vue écologique, on aurait évidemment intérêt à prendre l’avion plus rarement, mais en restant plus longtemps sur place, en prenant réellement le temps de découvrir la destination, de s’imprégner de la vie locale, culturelle, sociale, de faire des rencontres… C’est ce que l’on appelle le slow tourism.

L’écotourisme est né quant à lui au tournant des années 70-80, avec l’idée de protéger les espaces grâce aux revenus du tourisme. Il progresse d’environ 20% par an. Mais, comme tout autre tourisme, il n’est pas totalement neutre pour l’environnement, il faut bien se déplacer, prendre l’avion ou le train, construire des hôtels et des routes. Il y a donc dépense d’énergie et production de déchets. Ce tourisme vert ferait toutefois plus de bien que de mal à la faune car il participe à la sauvegarde des espèces.

"Dans l’écotourisme, on met beaucoup de choses, on parle aussi de tourisme responsable, de tourisme solidaire… C’est une manière de dire qu’on prend conscience de son impact et de comment on peut le limiter. Le tourisme est responsable de 8% des émissions de gaz à effet de serre au niveau mondial, c’est important mais ce n’est pas la majorité. Il doit prendre sa part de responsabilité, mais comme toutes les autres industries. Tout le monde doit arriver à rendre sa filière neutre d’un point de vue carbone, souligne Eric la BonnardièreLes évolutions technologiques et les écocarburants permettront de limiter les émissions par l’aérien. Ce que l’on peut faire à court terme, c’est compenser, pour absorber ce carbone émis."

Eviter les vols pour des distances courtes, pour de courts séjours, et privilégier le train, c’est beaucoup moins impactant d’un point de vue environnemental. C’est une question d’équilibre, de mesure : ne pas être dans une logique de consommation, de boulimie. L’écotourisme est une manière de mieux voyager.


Les agences locales

Les revenus du tourisme ne bénéficient bien souvent pas aux populations locales. C’est le cas en Thaïlande où les grands hôtels sont détenus par des groupes qui ont leur siège à l’étranger, où on y consomme des produits importés. D’où l’intérêt d’avoir recours à des agences locales, avec du personnel local.

Evaneos rend la relation directe possible, avec des critères de sélection très nombreux, avec des agences qui sont spécialisées dans le voyage sur mesure, qui travaillent avec des petits groupes, dans une logique d’artisanat du voyage, et qui sont très réactives. Le critère de tourisme responsable est pris en compte aussi : beaucoup de ces agences font des actions pour l’environnement, pour la formation de guides, ou organisent des opérations associatives locales.

Les 2000 agences locales qui font partie aujourd’hui d’Evaneos favorisent des hébergements de petite taille, détenus par les locaux, et des activités opérées par des locaux, qu’on ne trouve parfois pas facilement sur internet.


Voyageons avec conscience !

Contre cette standardisation du voyage, il y a un vrai mouvement qui ne peut s’accélérer que si les voyageurs le demandent. Et c’est le cas aujourd’hui. Les opérateurs de tourisme vont être obligés de se réinventer, poussés par une conscience et un besoin de transparence des voyageurs, qui voudront connaître la traçabilité de ce qu’ils consomment : nourriture, hôtel,… L’empreinte locale va devenir énorme. La faillite de Thomas Cook l’an dernier est d’ailleurs un signe tangible de ce changement, constate Eric la Bonnardière..

"Ça ne coûte pas forcément plus cher de voyager sur mesure. Il y a plein de destinations dans lesquelles voyager en individuel avec un chauffeur qui vous accompagne ne coûte pas très cher, en tout cas pas plus cher qu’un voyage de groupe, et en payant directement local."

Découvrez plus d’infos sur ce sujet dans la séquence Tendances Première, ici

 

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