Tendances Première

1001 bonnes raisons d’aimer sa propre compagnie


Elle n’a pas bonne réputation. Elle peut être vécue comme un fardeau ou une violence. Mais elle est parfois salutaire : la solitude… De tout temps et dans toutes les cultures, combien ont choisi de s’isoler pour mieux créer, se trouver ou accéder aux savoirs ! L’art d’être seul, c’est un recueillement du corps et de l’esprit, capable d’ouvrir la conscience au monde qui nous entoure et de donner un sens à ce que nous vivons.

Véronique Aïache nous donne 1001 bonnes raisons d’aimer notre propre compagnie, dans L’éloge de la solitude, aux Editions Flammarion.

La période du confinement a vraiment été l’illustration des grandes différences qui existent entre la solitude forcée, ou isolement, et la solitude choisie. L’isolement a souvent une connotation négative, il est vu comme quelque chose de subi et de non choisi, au contraire de la solitude qui garde un caractère plus romantique.
 

Un concept qui évolue au fil de l’Histoire

A l’époque de la préhistoire, l’isolement était une réelle menace pour la vie ; le clan était un gage de survie.

"Génétiquement, nous avons été conditionnés pour fuir l’isolement. Le cerveau a développé un réflexe, un signal d’alerte, dont la douleur est presque identique à celle que provoque une réelle blessure."

L’isolement a aussi longtemps été vu comme une sentence, synonyme de bannissement, d’exil, de châtiment. Quand on condamnait un coupable à l’exil, on le condamnait à la pénitence jugée la plus grave, juste après la peine de mort. On le privait de son réseau social.

Il a fallu que les mentalités évoluent au fil des siècles pour que l’on comprenne qu’en s’isolant, en se retirant de la cacophonie du groupe, on pouvait rencontrer d’autres choses, et se rencontrer soi. La solitude a été valorisée dans le domaine de la religion, de la culture, de l’art, de la sagesse. De nombreux artistes ne tolèrent comme compagnie que celle de la solitude, que celle de leur pensée. Et il est vrai que quand on n’est pas parasité par les énergies extérieures – présences, bruits -, on laisse place à l’émotion intérieure.

Les premiers ermites du désert ont choisi de se couper du monde par pénitence, dans un esprit de renonciation de tout ce que la civilisation pouvait apporter. Cette souffrance rapprochait du Christ et de Dieu. Chez les bouddhistes, la solitude est plutôt un signe de sagesse, de recueillement, de méditation, explique Véronique Aïache.


L’apprentissage de la solitude

La solitude est un apprentissage à commencer tôt si l’on veut pouvoir la vivre de manière bénéfique. L’apprentissage de l’autonomie se fait dès le berceau. Le nourrisson prend conscience très tôt qu’il est un individu indépendant de sa mère, dès qu’il est capable par exemple de sucer son pouce. Il prend conscience de son soi. Il apprend la séparation, l’ennui, il apprend à profiter de sa propre compagnie.

Le bébé va ensuite souvent perdre cette notion d’autonomie, parce que ses parents vont le couvrir d’attentions, de peur qu’il panique ou qu’il s’ennuie. Pourtant, un bébé qu’on laisse 'seul' va développer son imagination et sa faculté de penser. Il va découvrir ses propres ressources, qui vont fonder sa confiance en lui.

Lorsque l’on se sent mal et anxieux face à la solitude, Véronique Aïache suggère de remonter dans notre mémoire et de chercher les empreintes émotionnelles laissées par la solitude. Des choses très simples de l’enfance peuvent avoir fondé cette anxiété : le simple fait d’avoir été envoyé dans sa chambre comme punition, le fait d’être laissé pour compte en cours de récréation… La solitude peut ainsi être associée directement à l’exclusion et au chagrin.

Le fait d’y réfléchir permet parfois de se rendre compte que cette peur de la solitude a été construite mais n’est pas fondée.
 

Amadouer la solitude pour mieux se connaître

La personne qui se complaît dans une solitude négative creuse son propre isolement, souligne Véronique Aïache. Plus on se sent rejeté, plus on perd confiance en soi et moins on se sent capable d’aller vers les autres. Dès lors qu’on s’en sent victime, on ne pourra jamais se réconcilier avec la solitude.

Si on sait qu’elle est temporaire, si on choisit d’en trouver les côtés positifs, on peut arriver à dompter cette peur, à faire de la solitude une amie. C’est un apprentissage sur le long terme, qui nous permettra de

  • redonner vie à l’envie.
  • réveiller la créativité.
  • se réconcilier avec soi-même, réapprendre à s’aimer.
  • s’accorder du temps pour mieux pouvoir en offrir aux autres.
  • découvrir ses propres richesses, développer des ressources : si on ne se regarde jamais, on ne se connaît pas. Et il est alors plus difficile de connaître les autres.
  • se sentir libre, autonome, cesser de n’exister qu’à travers le regard des autres.

Ecoutez Véronique Aïache ici, dans Tendances Première

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