Prix Première

Prix Première 2018 : les 10 premiers romans sélectionnés

.
11 images
. - © iStockphoto

Voici les 10 premiers romans sélectionnés :

Ils sont 10 ! 10 premiers romans francophones à lire absolument. 

Sébastien SPITZER : " Ces rêves qu’on piétine " (Éditions de L’Observatoire)

Nous sommes à Berlin, sous les bombardements.

La capitale allemande est assiégée, le IIIe Reich vit ces derniers instants.

Une femme, Magda Goebbels, épouse de l’un des hommes les plus puissants du régime nazi, va se donner la mort avec son mari, après avoir empoisonné ses six enfants.

Comment en est-elle arrivée là ?

C’est ce que l’on tente de comprendre avec l’auteur qui, en parallèle, nous raconte la survie d’une poignée de rescapés des camps de la mort.

Parmi eux une petite fille qui détient les lettres d’un homme victime des premières rafles de juifs.

Cet homme se nomme Richard Friedländer, il est le père biologique de Magda Goebbels.

Bourreau et victime sont donc réunis par le lien de la famille.

Sébastien Spitzer mélange la grande histoire et la fiction.

 Les lettres, il les invente pour pouvoir retrouver, malgré tout, une part d’humanité dans cette tragédie du vingtième siècle.

Il est question ici de sacrifice, de transmission, d’ivresse du pouvoir et bien sûr aussi de mémoire.

Le pari est grand que de tenter de rendre, à travers les mots, les sensations de l’horreur, de cette terreur, de l’indicible le plus souvent.

Le réalisme des scènes est saisissant, nous sommes dans le vraisemblable, mais le talent de l’auteur est de ne pas nous faire oublier la part de fiction de son travail, l’Histoire jouant le rôle de garde-fou.


Sébastien Spitzer est journaliste. Ces rêves qu’on piétine est son premier roman.
 

Ariane MONNIER : " Le Presbytère " (JC Lattès)

 

Nous sommes au début des années 70, Balthazar Béranger, un médecin et Sonia, son épouse, s’installent avec leurs enfants dans un ancien presbytère, à la sortie du village.

Le projet du père est de donner à sa tribu une éducation exemplaire, de construire des êtres vrais en les préservant du monde extérieur.

L’initiation passera par les arts.

Balthazar joue du clavecin et organise de petits concerts chez lui, invitant des voisins triés sur le volet.  Quant à Sonia, elle met sur pied des représentations théâtrales avec ses enfants.

L’idée de spectacle, de représentations est essentielle dans cette histoire qui fonctionne comme un piège qui se referme lentement et de façon quasi invisible sur les protagonistes.

Derrière le jeu, le lecteur sent peu à peu que l’équilibre familial est bien fragile, l’illusion laissant apparaître les failles et les déchirements.

Malgré les précautions, il est extrêmement difficile de garder le monde à l’extérieur, d’en protéger son clan. Le danger ayant la dent aiguisée, il parvient à se frayer un chemin.

Mais la menace ne vient pas que du dehors.

Qu’en est-il de l’intention des parents, de leur responsabilité ?

À vouloir préserver l’innocence finit-on par la détruire ?

Ce sont là quelques questions que pose ce premier roman qui place le lecteur non pas en voyeur de la catastrophe qu’il devine mais en acteur, impuissant, mais compatissant.

 

Ariane Monnier est docteure en anthropologie. Elle est l’auteur d’un essai (Les procès Colonna, Chaïb, Bissonnet. Anthropologie de trois affaires judiciaires, Éditions du Bord de l’Eau). Le presbytère est son premier roman.

Olivier EL KHOURY : " Surface de réparation " (Éditions Noir sur Blanc - Collection Notabilia)

La surface de réparation dans le monde du football est cet endroit proche du but où toute faute est sanctionnée par un penalty.

Le foot, c’est la passion du narrateur. Un amour immodéré pour le ballon rond qui lui a été transmis par son père dès le biberon.

Mais une passion bien encombrante puisque, par analogie, elle lui fait voir la vie comme une partie perdue d’avance.

En dix-sept chapitres, Olivier El Khoury construit le portrait d’un jeune homme qui se présente comme un looser, ratant brillamment ses relations avec les filles, végétant dans d’hypothétiques études, accumulant les petits boulots sans intérêts.

Un gars sympathique et séduisant, qui porte les inquiétudes de toute une génération face à un avenir incertain. D’autant plus incertain que notre anti-héros, d’origine arabe, cherche sa voie dans une Belgique en proie à la menace du terrorisme.

Maladroit, malchanceux, en perpétuel déséquilibre, notre vaillant protagoniste trouve le réconfort dans l’amitié de ses compagnons de beuverie.

Pour autant, tout n’est pas perdu ! Notre fan de foot croit aussi beaucoup en la littérature et l’écriture, ayant découvert le vertige des mots dans les dictionnaires compulsés comme on effeuille les jolies filles.

Et l’on se réjouit pour lui, car le lecteur avait compris que son appétit des choses de la vie serait le plus fort, et c’est pour cela qu’on le suit, du début à la fin, avec un sourire attendri.

 

Originaire de Namur en Belgique, Olivier El Khoury vit à Bruxelles. Il a terminé des études de communication puis de création littéraire au Havre et travaille actuellement comme comptable. Surface de réparation est son premier roman.

 

Présentation du livre le 12 février dans Jour Première.

Olivier CHANTRAINE : " Un élément perturbateur " (Gallimard)

 

Serge Horowitz, la quarantaine bien entamée, a une peur, chevillée au corps, de s’engager.

Il vit chez sa sœur et son travail d’analyste en optimisation fiscale dans un cabinet de conseil, il ne le doit qu’au bras, très long, de son frère, ministre des Finances.

Serge est un garçon très sympathique mais il est hypocondriaque et, par-dessus le marché, il tombe, régulièrement, dans des moments d’aphasie incontrôlables qui vont s’avérer extrêmement handicapants pour ne pas dire dangereux pour lui et son entourage.

Si notre héros, tout à la fois lucide et naïf, a renoncé à chercher son épanouissement dans les joies du travail, il n’en n’a pas pour autant renoncé à l’amour et est fermement décidé à conquérir la belle Laura, son associée aussi carriériste qu’il est idéaliste.

Mais les choses vont tourner au vinaigre au moment de passer un important contrat avec une firme japonaise. Après une phase aphasique, Serge refuse de cautionner la stratégie de son entreprise qui souhaite ne pas dire toute la vérité aux Nippons et le projet capote.

La fureur de ses patrons n’aura d’égale que la dégringolade professionnelle de Serge et de Laura entrainée dans sa chute.

C’est sur le ton d’une comédie menée tambour battant qu’Olivier Chantraine, nous parle de la vie en entreprise, des petites combines, du cynisme du marché de l’emploi et de la grande corruption, des liens très étroits avec le monde politique mais aussi du rapport à la réussite, à la famille, au couple.

Et plus généralement de la méfiance vis-à-vis des discours dominants.

 

Olivier Chantraine est né en 1971 en Provence. Il vit à Maussane les Alpilles. Un élément perturbateur est son premier roman.

 

Présentation du livre le 13 février dans Jour Première.

Jean-Baptiste ANDRÉA : " Ma reine " (Editions de L’Iconoclaste)

 

Nous sommes à l’été 1965, en Provence, dans la vallée de l’Asse.

C’est là, dans une station-service déglinguée que vit un garçon d’une douzaine d’années avec ses parents déjà âgés.

On ne connait pas son vrai prénom, on le surnomme Shell. Logiquement.

Il est ce que l’on appelle un gamin différent qui ne fréquente pas l’école mais qui semble heureux comme ça. Il n’embête personne, on ne s’en occupe pas trop.

Or, un jour, c’est l’accident. Une cigarette qu’il laisse tomber sur un tas d’aiguilles de pin. L’incendie qui menace la station. La colère des parents. Et la promesse de l’institut spécialisé.

Alors, Shell décide de partir. Il veut prouver qu’il est un homme et pour cela il faut faire la guerre, c’est ce qu’il a vu à la télé qui ne cesse de le répéter.

Mais de guerre sur ce plateau de Haute-Provence, il n’en est point :  pas d’ennemis, pas de champs de bataille. Notre jeune héros se retrouve au milieu du maquis avec pour seul compagnonnage, le silence.

Jusqu’au moment de LA rencontre : elle s’appelle Viviane, elle est belle et mystérieuse, c’est une reine.

Tous les deux vont développer une relation faite de distance et d’intérêt, de brutalité et de tendresse. Elle joue le mépris, il la défie. Elle invente des histoires de contres de fées cruels. Il finit par l’aimer à la folie.

Viviane et Shell sont déjà cabossés par la vie, mais ils ont l’énergie de leur jeunesse et la force de sauvagerie.

" Ma reine " est un poing levé pour la liberté, la différence et l’échappée que permet l’imaginaire.

 

Jean-Baptiste Andrea est né en 1971 à Saint-Germain-en-Laye. Il est réalisateur et scénariste. Ma reine est son premier roman.
 

Présentation du livre le 14 février dans Jour Première.

Mahir GUVEN : " Grand frère " (Philippe Rey)

Les récits croisés de deux fils d’immigré, en banlieue parisienne.

L’un est chauffeur VTC, porté sur l’alcool, enfermé onze heures par jour dans sa carlingue, branché en permanence sur la radio, ruminant son amertume devant une vie qui lui passe devant et un monde qui ne le désire pas. C’est le grand frère.

L’autre, le petit, est infirmier, lui aussi désœuvré mais idéaliste. Il a rejoint la Syrie, engagé par une organisation humanitaire musulmane. Il ne donne plus signe de vie. Son père et son frère se rongent les sangs.

Un soir, on sonne. Petit frère est de retour. La parole va pouvoir se libérer après bien des difficultés.

C’est avec un mélange d’humour et de gravité que Mahir Guven nous raconte une histoire ancrée, à la fois, dans le quotidien d’une famille et dans l’actualité d’un monde en proie à la sauvagerie, au fanatisme et à la brutalité sociale.

Bienvenu dans l’univers des travailleurs ubérisés luttant pour payer un loyer et à peine plus.

Un univers où la précarité rassemble, parfois, celles et ceux qui veulent malgré tout se réconforter, mais qui plus souvent les plonge dans la plus effroyable des solitudes. Bienvenue chez nous…

Et puis, il y a l’autre monde. Là où l’on part faire la guerre, le djihad. Celui de l’inimaginable, celui que l’on voit à la télé et qui se rappelle à nous à coup de bombes.

Pour nous parler de cette jeunesse qui a tout à craindre et rien à perdre, l’auteur utilise son langage, imagé, inventif, corrosif.

Le constat est implacable. La rage est, sans doute, inévitable mais au bout du chemin de nos deux frères luit, malgré tout, une petite lumière.

 

De mère turque et de père kurde, réfugiés en France, Mahir Guven est né sans nationalité en 1986 à Nantes. Il a grandi entre la ville et les vignes auprès de sa grand-mère. Il travaille en région parisienne. Grand frère est son premier roman.

 

Présentation du livre le 15 février dans Jour Première.

Valérie CIBOT : " Bouche creusée " (Inculte)

Un homme mange la terre de son jardin sous les yeux de ses voisins qui l’épient.

C’est à une bien curieuse histoire que nous convie Valérie Cibot.

L’action se situe dans un village de la montagne française, on ne sait pas où précisément.

Ce que l’on sait, c’est que notre étrange avaleur d’humus est un apiculteur et que son comportement, hors norme, a peut-être quelque chose à voir avec une méchante rumeur courant sur son dos.

Une rumeur qui concerne sa relation à un jeune étranger.

Nous allons remonter le cours de l’histoire avec la narratrice qui observe et qui cherche à comprendre ce comportement inédit.

Comment en est-on arrivé là ?

Debout au bord de la fosse, l’homme plonge dedans et finit par se confondre avec la terre elle-même. Il s’étouffe et l’on ressent son oppression.

Où le soupçon prend -il sa source, comment s’est-il développé et enflé jusqu’à provoquer un torrent de violence ?

Le trouble s’installe d’autant plus dans le chef du lecteur que, au fur et à mesure, de son cheminement, l’observatrice en question, devient elle-même une énigme.

C’est avec une écriture dense et sans gras que Valérie Cibot démonte les mécanismes de la rumeur. De sa cruauté imbécile mais implacable.

Un déferlement d’amertume, de frustrations, de jalousie qui détruit sa cible aussi bien que ses propagateurs.

 

Valérie Cibot est née en 1980, elle vit et travaille en Ardèche. Bouche creusée est son premier roman.

 

Présentation du livre le 16 février dans Jour Première.

Annick WALACHNIEWICZ : " Il ne portait pas de chandail " (L’Arbre à paroles)

Deuxième Guerre mondiale, occupation soviétique, les années 2000 au bord d’une piscine : l’auteure construit une sorte de kaléidoscope, un récit éclaté qui est le portrait d’une famille dont les racines ont été malmenées, parfois arrachées.

Les souvenirs éparpillés plongent le lecteur dans un mystère dont la narratrice tente de percer les secrets.

On est face à une sorte d’inventaire, présenté, dans un premier temps, de manière clinique, distanciée.

Les images parlent de l’oppression, de la peur, de la déchéance et de la vieillesse, de l’abandon et de l’innocence perdue, du dénuement … de l’enfer des camps.

D’abord clinique donc, l’histoire, peu à peu, laisse percer des petits bouts d’humanité, le puzzle se met en place et l’on devine un tableau où l’on voit un rideau de fer entre l’Est et l’Ouest, des êtres qui ont tout perdu, se relèvent et recommencent.

" Quelle prétention d’écrire cette histoire. Tirer des parallèles entre un bassin de natation et l’horreur absolue. Qui peut y croire ? A part moi ? " peut-on lire à la page 101.

C’est tout l’enjeu de ce livre qui nous rappelle que la mémoire se transmet à travers les générations avec son lot de douleurs et d’incompréhension.

Et que chercher à connaitre la vérité peut être insoutenable, nous amener à haïr la famille, mais peut aussi nous conduire vers une certaine sérénité.

 

Annick Walachniewicz est née en 1959. Il ne portait pas de chandail est son premier roman.

 

Présentation du livre le 19 février dans Jour Première.

Adrien GYGAX : " Aux noces de nos petites vertus " (Cherche Midi)

Comment revisiter, et renouveler, l’éternel figure du triangle amoureux ?

C’est le pari d’Adrien Gygax.

Trois amis ont pris la route pour assister à un mariage en Macédoine.

Le narrateur n’était pas très chaud, mais ses amis ont fini par le convaincre.

Le roman démarre comme une banale virée entre potes.

Le ton est un peu relâché, déluré.

On prononce sans grande convictions des mots qui semblent vides de sens.

On est au bord de la désillusion que nourrit parfois une génération dont l’avenir semble peu prometteur.

Rien ne vaut et tout se vaut.

L’amour, on n’y croit pas et les femmes ça s’achète…

Mais au fond, le lecteur se rend bien compte que ce discours nihiliste est tenu par défaut, que nos jeunes héros sont perdus mais bouillonnent " d’envie d’avoir envie " comme le chantait Johnny.

Et ça tombe bien, car voilà qu’arrive la fascinante et sensuelle Gaïa.

Avec son apparition, le tableau, plutôt sombre et terne, change de tonalité.

L’auteur nous entraine de plus en plus profondément dans une gamme de sentiments contradictoires sur une palette d’une extrême densité.

Deux garçons, une fille, cela donne le champ à quelques possibilités.

Les entraînant sur la route d’Istanbul, Adrien Gygax ne choisit pas les plus évidentes.

Il ne fait pas l’économie de la confusion, bien sûr, de la rivalité, des mensonges et autres petites trahisons, mais c’est une version inattendue que ses personnages vont explorer.

Une histoire d’apprentissage et d’initiation qui voit les chenilles se transformer en papillon.

 

Adrien Gygax vit en Suisse. Aux noces de nos petites vertus est son premier roman.

 

Présentation du livre le 20 février dans Jour Première.

James NOËL : "Belle merveille" (Zulma)

12 janvier 2010, jour d’horreur pour Haïti. Un tremblement de terre d'une magnitude de plus 7,0 ravage l’île à 16 heures 53 minutes et 10 secondes, heure locale.

La catastrophe provoque la mort de plus de 300.000 personnes.

Bernard compte parmi les survivants.

 Il a rencontré Amore, napolitaine œuvrant comme bénévole pour une ONG, elle lui a sauvé la vie. C’est le coup de foudre.

Plus tard, la belle italienne lui propose un voyage à Rome.

Premier roman chorale, " Belle merveille " donne la parole à différents témoins qui ont vécu les événements de près ou de loin.

Le lecteur est plongé au cœur de leur ressenti, c’est un torrent d’émotions, parfois contradictoires.

Et puis, il y a les faits : l'arrivée des ONG, les conséquences écologiques avec, par exemple, la disparition des oiseaux, l'explosion des prix de l'immobilier, les couacs et les travers de l'aide internationale…

C’est avec une construction très particulière, éclatée, syncopée et inventive que James Noël nous parle de l’absurdité des choses, à la limite, parfois, de la folie.

Mais au milieu de la confusion, il reste les rêves héroïques, la possibilité de l’amour et aussi les joies salutaires du sexe.

Quelques " belles merveilles ", comme on dit dans le parler d’Haïti, pour exprimer l’extraordinaire de la vie.

 

Ancien pensionnaire de la Villa Médicis, James Noël, né en Haïti en 1978, est avant tout poète. Parmi ses derniers recueils parus : Le Pyromane adolescent, suivi du Sang visible du vitrier (Points, 2015) ; Anthologie de poésie haïtienne contemporaine (Points, 2015) ; La Migration des murs (Galaade, 2016). Il anime également la magnifique revue IntranQu’îllitésBelle merveille est son premier roman.

 

Présentation du livre le 21 février dans Jour Première.

Newsletter La Première

Recevez chaque vendredi matin un condensé d'info, de culture et d'impertinence.

OK