Par Ouï-dire

Réparer l'excision, briser le sceau de la soumission

La vie et le corps de Fos étaient régis par sa communauté, son père, son mari. Soumise et silencieuse, voilà ce qu’on exigeait d’elle. Pour mieux marquer cette prise de pouvoir, on lui a infligé le sceau de la soumission en l’excisant dès l’âge de 6 ans.

"Pour moi, c'était normal. En tant que Somalienne, toutes les femmes du monde sont excisées. C'est ce qu'on nous dit, quand on est en Somalie. (...) Et maintenant, je suis la seule à être excisée. Et pas seulement excisée, mais vraiment infibulée."

Fos n’a jamais voulu être cette femme-là. Exilée en Belgique, elle réalise que le mot femme mérite une tout autre définition, qu’une femme a droit à l’intégrité de son corps et à son plaisir.

Elle décide alors de reconquérir sa propre vie et de se réapproprier ce corps meurtri.

Être femme, être complète, retrouver sa perle entre les jambes.

Pour cela, elle choisit la reconstruction chirurgicale de son clitoris.

Tel un conte sonore, Fos se dévoile, elle nous ramène à son lointain passé, à son mariage forcé et à ce jour dont tout le reste de sa vie a découlé, à ce jour où on lui a pris sa perle.
 

'Perle', un documentaire de Yasmina Hamlawi
 

Ecoutez…

Roxane Brunet – montage, Joachim Glaude – mixage
Manuel Hermia – composition musique, Sigrid Vandenbogaerde – violoncelle
Production : Jackal Productions, avec le soutien du FACR, Fonds Gulliver, la RTBF, l’acsr
Remerciements à Fos et ses enfants, Martin Caillet, Fabienne Richard, Cendrine Vanderhoven, 
Gams Belgique, Cémavie du CHU de Saint-Pierre, Fedasil et Marion Meirlaen.

 

Un entretien avec Yasmina Hamlawi, la réalisatrice du documentaire ‘Perle’

Yasmina Hamlawi revient sur son documentaire de création ‘Perle’. Elle nous raconte sa rencontre avec Fos, originaire de Somalie, au GAMS (Groupe pour l’Abolition des Mutilations Sexuelles), la nécessité pour elle de porter la parole de Fos et sa volonté de dépasser ce qu'elle a vécu pour le transformer de manière positive. 

"Elle est devenue une femme qui se bat pour qu'il n'y ait pas d'autres petites filles qui, comme elle, vont se faire conduire à l'excision et avoir leur vie bouleversée."

L’excision concerne 130 millions de femmes dans le monde, dans des pays comme l’Egypte, le Mali, l’Indonésie, la Somalie, mais aussi dans les pays occidentaux où, bien qu’interdite par la loi, elle est pratiquée dans d’importantes communautés ou lors d’un retour au pays.

Elle est pratiquée par des femmes sur leurs fillettes. Fos parle.

"Dans ma tête, une maman devait protéger son enfant. Mais elle ne l'a pas fait. Et j'ai compris un peu plus tard pourquoi elle a fait ça. Parce qu'elle n'avait aucun pouvoir. Si elle ne le faisait pas, c'était mes tantes paternelles ou maternelles qui le faisaient. Quand mon papa est décédé, c'est à ce moment-là que j'ai compris. Elle s'est sentie soulagée, parce que c'était lui qui avait tout le pouvoir. C'est lui qui décidait qui va se marier avec qui, qui va aller avec qui. Quand mon papa est décédé, je suis allée chez ma maman. Et elle m'a dit : je peux te raconter maintenant ce que je sens. Chaque fois que tu souffrais, je souffrais avec toi, sans te montrer. Parce que je n'avais aucun pouvoir pour t'aider."

Fos raconte sa souffrance au quotidien et sa difficulté à devenir ‘une femme ouverte’.  Car en plus de l’excision, Fos a été infibulée. Et son mariage fut un viol.
 

Réalisation Pascale Tison

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