Par Ouï-dire

Michel Piccoli, portrait en archives d'un acteur caméléon

Michel Piccoli nous a quittés le 12 mai dernier, à l’âge de 94 ans. Il se livre ici, à travers un montage d’archives (en compagnie de Michèle Cédric, Rogers Simons, Nicole Debarre, Jacques Chancel et Christian Defaye), réalisé par Némo Camus.

Michel Piccoli éprouve un grand respect pour Jean-Luc Godard, avec qui il tourne Le mépris en 1963, puis Passion en 1981. Il apprécie à la fois sa rigueur, sa sévérité, son mépris, son angoisse, sa précision, son autorité, et aussi son humour, sa profonde tendresse, son besoin d’amitié secrète, qu’il cache sous un côté fermé et agressif.

"Un acteur se retrouve un peu au degré zéro avec Godard. On est obligé d’être complètement vierge et complètement disponible. […] Si on a cet éveil, cette écoute, ce regard vis-à-vis de lui, on est tout à fait à l’aise."

Il évoque son amitié infaillible pour Claude Sautet, pour qui il joue dans François, Paul et les autres, et Les choses de la vie.

"Nous sommes de vrais amis. Malgré cela, nous ne faisons pas d’auto-satisfaction sur les rapports extrêmement chaleureux et intimes que nous avons. Ni d’autosatisfaction sur les films qui ont pu avoir plus ou moins de retentissement par le passé. […] Moi-même, j’ai la chance de n’être ni satisfait ni blasé sur moi-même. Ce qui fait que nous sommes encore complètement frais et disponibles l’un vis à vis de l’autre et en même temps très attentifs sur le travail que nous faisons."
 

Je fais ce que je crois qu’il est nécessaire que je fasse, quitte à plaire ou à déplaire.

Marco Ferreri sera le moment où la farce les surprendra tous, faisant de La grande Bouffe un sommet de scandale et un succès commercial.

Ugo Tognazzi, Michel Piccoli, Marco Ferreri, Philippe Noiret, Andrea Ferreol

"La grande Bouffe n’a pas été un film qui a été fait pour choquer. On avait déjà beaucoup travaillé avec ce Ferreri. […] On pensait faire un film un peu léger, cocasse, enfin sortir de ce monde méchant et inquiétant de Ferreri. On a plongé, mais sans trop s’en rendre compte. Ferreri est plus malin que nous, il le savait, mais quand même.

Quand on a vu le film, quand le film a été terminé, on a tous eu peur, même Ferreri le premier. On s’est dit : on voulait faire une farce et c’est un film d’une cruauté, d’une méchanceté, d’une tendresse aussi extraordinaire, d’une quête de tendresse extraordinaire. Et on s’est dit : ce film va être encore le dernier échec définitif de Ferreri. Et puis c’est là où il est devenu, au contraire, célèbre et commercial."


Ma vraie nature ne m’intéresse pas. Je ne fais pas ce métier comme une psychanalyse qui pourrait m’aider à vivre. Je ne suis pas un comédien introverti qui se décharge de ses complexes en étant lui-même ou en étant un autre. Non, je suis un acteur caméléon prêt à disséquer ou à montrer tous les caractères possibles et imaginables.

 

Au départ peu sociable, Michel Piccoli s’est toujours senti très à l’aise sur une scène de théâtre : un monde imaginaire où l’on se crée son monde à soi, isolé du reste du monde.

"Le théâtre, c’est ma jouissance. D’abord, c’est mon premier métier. Pour un comédien, c’est la jouissance, le plaisir le plus physique, le plus sensuel. C’est là aussi où l’acteur a toute la responsabilité de son métier, il a tout son métier en main."

 

Issu d’une famille catholique aisée et pratiquante, Michel Piccoli devient athée à la suite d’un deuil familial. Sa rupture avec l’Eglise est consommée quand il rencontre, en 1956, le réalisateur d’origine espagnole, naturalisé mexicain, Luis Buñuel, connu pour son anticléricalisme.

Plus de cinquante années plus tard, en 2011, on le retrouvera en pape, ravagé par le doute et écrasé par sa charge, sous la direction de Nanni Moretti (Habemus Papam).

"J’aime énormément fouiller nos peurs. Je compare souvent le métier de comédien au métier de sportif : il faut beaucoup s’entraîner. Il faut être très vigilant, et très libre. Il faut oublier la jeunesse, le vieillissement, il faut savoir s’amuser avec les âges, avec les métiers, avec ce qu’on représente."

Pour lui, le métier de comédien, c’est "une passion folle et une patience éternelle".

 

Un portrait plus grand que nature réalisé par Némo Camus, qui ouvre grand les portes du cinéma !

Ecoutez ici…

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Brigitte Bardot et Michel Piccoli dans Le Mépris de Jean-Luc Godard, 1963 © Embassy Pictures/Getty Images

Michel Piccoli évoque son amitié infaillible pour Claude Sautet, pour qui il joue dans François, Paul et les autres, et Les choses de la vie.

"Nous sommes de vrais amis. Malgré cela, nous ne faisons pas d’auto-satisfaction sur les rapports extrêmement chaleureux et intimes que nous avons. Ni d’autosatisfaction sur les films qui ont pu avoir plus ou moins de retentissement par le passé. […] Moi-même, j’ai la chance de n’être ni satisfait ni blasé sur moi-même. Ce qui fait que nous sommes encore complètement frais et disponibles l’un vis à vis de l’autre et en même temps très attentifs sur le travail que nous faisons."
 

Je fais ce que je crois qu’il est nécessaire que je fasse, quitte à plaire ou à déplaire.

Marco Ferreri sera le moment où la farce les surprendra tous, faisant de La grande Bouffe un sommet de scandale et un succès commercial.

Ugo Tognazzi, Michel Piccoli, Marco Ferreri, Philippe Noiret, Andrea Ferreol

"La grande Bouffe n’a pas été un film qui a été fait pour choquer. On avait déjà beaucoup travaillé avec ce Ferreri. […] On pensait faire un film un peu léger, cocasse, enfin sortir de ce monde méchant et inquiétant de Ferreri. On a plongé, mais sans trop s’en rendre compte. Ferreri est plus malin que nous, il le savait, mais quand même.Quand on a vu le film, quand le film a été terminé, on a tous eu peur, même Ferreri le premier. On s’est dit : on voulait faire une farce et c’est un film d’une cruauté, d’une méchanceté, d’une tendresse aussi extraordinaire, d’une quête de tendresse extraordinaire. Et on s’est dit : ce film va être encore le dernier échec définitif de Ferreri. Et puis c’est là où il est devenu, au contraire, célèbre et commercial."

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Les acteurs de 'La Grande Bouffe', de gauche à droite Michel Piccoli, Ugo Tognazzi, Philippe Noiret, Andrea Ferreol, avec le réalisateur Marco Ferreri, au Festival de Cannes 1973 © Keystone/Hulton Archive/Getty Images


Ma vraie nature ne m’intéresse pas. Je ne fais pas ce métier comme une psychanalyse qui pourrait m’aider à vivre. Je ne suis pas un comédien introverti qui se décharge de ses complexes en étant lui-même ou en étant un autre. Non, je suis un acteur caméléon prêt à disséquer ou à montrer tous les caractères possibles et imaginables.

 

Au départ peu sociable, Michel Piccoli s’est toujours senti très à l’aise sur une scène de théâtre : un monde imaginaire où l’on se crée son monde à soi, isolé du reste du monde.

"Le théâtre, c’est ma jouissance. D’abord, c’est mon premier métier. Pour un comédien, c’est la jouissance, le plaisir le plus physique, le plus sensuel. C’est là aussi où l’acteur a toute la responsabilité de son métier, il a tout son métier en main."

 

Issu d’une famille catholique aisée et pratiquante, Michel Piccoli devient athée à la suite d’un deuil familial. Sa rupture avec l’Eglise est consommée quand il rencontre, en 1956, le réalisateur d’origine espagnole, naturalisé mexicain, Luis Buñuel, connu pour son anticléricalisme.

Plus de cinquante années plus tard, en 2011, on le retrouvera en pape, ravagé par le doute et écrasé par sa charge, sous la direction de Nanni Moretti (Habemus Papam).

"J’aime énormément fouiller nos peurs. Je compare souvent le métier de comédien au métier de sportif : il faut beaucoup s’entraîner. Il faut être très vigilant, et très libre. Il faut oublier la jeunesse, le vieillissement, il faut savoir s’amuser avec les âges, avec les métiers, avec ce qu’on représente."

Pour lui, le métier de comédien, c’est "une passion folle et une patience éternelle".

 

Un portrait plus grand que nature réalisé par Némo Camus, qui ouvre grand les portes du cinéma !

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