Par Ouï-dire

Hippothérapie, quand le cheval guérit

L'hippothérapie, quand le cheval guérit
L'hippothérapie, quand le cheval guérit - © RTBF Helena Verrier

Depuis qu’il s’est laissé domestiquer, le cheval a tenu une place particulière dans la vie et le cœur des hommes. Traditionnellement utilisé pour sa force, sa rapidité et sa résistance, il est aujourd’hui également un partenaire dans le soin porté aux personnes handicapées ou en souffrance psychique.

"Le cheval est un bon maître, non seulement pour le corps, mais aussi pour l'esprit et pour le cœur". C’est ce qu’écrivait Xénophon, disciple de Socrate, au IVe siècle av. J.-C. 

La capacité du cheval à se mettre en résonance avec l’état émotionnel d’autrui, sa douceur mais aussi sa prestance et sa force font en effet de lui un précieux allié pour soigner les maux du corps et de l’esprit.

Helena Verrier a rencontré des hippothérapeutes et leurs patients, à la Ferme Équestre de Louvain-la-Neuve, à l'Hippo’nopono à Walhain, et à l’Hipporanch à Tervueren. 

<<< >>>
 

Le cheval, amplificateur de sensations et d'émotions

"Il y a beaucoup de choses intéressantes chez le cheval. D'abord, toutes les possibilités de sensations corporelles qu'il nous permet d'éprouver : odeurs, toucher, mouvement, chaleur. Des sensations qui sont aiguisées par le fait d'être à côté du cheval, parmi les chevaux, mais aussi bien sûr sur le cheval. Tout le corps est mobilisé, donc il y a un tout un éveil corporel qui est intéressant, explique Patrick Guilmot, directeur du centre d'hippothérapie La Ferme équestre à LLN et responsable de la formation en hippothérapie à l'UCL. 

Par ailleurs, par sa nature d'animal grégaire, le cheval a tendance à chercher à s'accorder à l'autre, parce que c'est ce qu'il connaît dans la nature. Il cherche aussi, comme tous les animaux d'ailleurs, à répondre aux sensations qu'il reçoit. Par sa taille et le fait qu'il accepte qu'on monte sur son dos, il permet une communication très globale, c'est vraiment avec tout le corps qu'on communique.

"Au fond, être sur un cheval, c'est comme être sur un amplificateur de sensations et d'émotions, si on prend le temps de l'observer et de s'y intéresser."

Le cheval est, historiquement et dans l'imaginaire, un animal très évocateur, qui provoque un grand attrait, ajoute Etienne, kiné. "On travaille la rétraction orthopédique, les raideurs, parfois de l'hypotonie et parfois de l'hypertonie, et là le cheval va pouvoir réguler un peu la tension que les personnes peuvent avoir." Le cheval apporte aussi détente, sérénité, calme.

Quand je suis à cheval, ça fait un peu une parenthèse. Ça me permet d'oublier un peu mes soucis, de parler à Valentine de ce qui s'est passé pendant la semaine et d'être sereine - Zoé, malvoyante

 

Rebondir sur ce que le cheval montre

À l'Hippo’nopono à Walhain, Valentine de Pierpont applique la méthode hawaïenne de pardon et de réconciliation Ho'oponopono dans son travail avec les chevaux.

"Ils nous révèlent beaucoup de choses par rapport à nous, ils sont dans l'amour inconditionnel. Le cheval a une grande symbolique, beaucoup de gens peuvent voir des choses derrière : l'image de son papa dans un cheval un peu dominant, l'image du petit enfant blessé dans un cheval plus isolé,... Il réveille beaucoup de projections qu'on peut faire sur lui." 

Le cheval est un miroir de nos émotions, de ce que l'on ressent et de ce que l'on fait. Il donne beaucoup d'indications sur la personne qu'on accompagne, sur ce qui se passe dans sa tête et dans son corps. Le rôle de l'hippothérapeute est de rebondir sur ce que le cheval lui montre, pour travailler précisément sur cela. 

Le cheval c'est mon partenaire, moi je ne fais qu'interagir, rebondir et proposer des choses. C'est lui qui fait le travail. Ce qui est intéressant aussi avec le cheval, c'est qu'il peut porter les gens. Donc les personnes qui viennent avec de grosses souffrances, des difficultés psychologiques, peuvent se poser et se laisser porter, se laisser aller dans le mouvement sans penser à rien. Quand on a beaucoup de choses à porter dans sa vie, pouvoir les déposer là, avec le cheval, ça fonctionne très bien.


Privilégier l'instinct du cheval

L'hippothérapie s'adresse à tous publics, pas uniquement aux personnes handicapées physiques ou mentales : aux personnes en dépression ou en manque d'estime de soi, aux enfants qui présentent des troubles du comportement...

À l’Hipporanch à Tervueren, Marie-Laure Dumoulin propose diverses activités autour du cheval : "Cela peut être le travail à côté du cheval, comme aller dans le troupeau et observer, soigner le cheval et avoir du plaisir à s'occuper de l'autre, caresser, renifler le cheval... Puis des exercices à cheval : travail sur la concentration, la notion d'espace, le respect des consignes, le travail du corps, le développement de compétences sociales et relationnelles."

Pour Marie-Laure Dumoulin, il est important d'avoir des chevaux qui peuvent vivre leur vie de cheval et garder leur caractère de cheval, et pas des chevaux qui sont formatés à tourner en rond dans un manège. Parce que, dans le cadre de l'hippothérapie, ils vont réagir beaucoup plus avec leur instinct de cheval, cela amène des propositions beaucoup plus intéressantes.

Quand une personne arrive, on va d'abord voir les chevaux pour qu'elle choisisse le cheval avec qui elle va travailler ou que le cheval la choisisse. Parce que ça arrive souvent que ce soit le cheval qui vienne vers elle.

 

La formation en hippothérapie

Les bénéficiaires de la formation en hippothérapie sont des personnes qui ont généralement déjà un parcours de thérapie dans leur activité professionnelle et une bonne expérience avec les chevaux. Elles cherchent à lier ces deux dimensions.
Au cours de la formation, elles sont invitées à expérimenter elles-mêmes et à réfléchir à tout ce qui est en jeu quand on se trouve dans une relation à trois. Le thérapeute est vraiment impliqué dans la relation, à la fois avec la personne et avec le cheval.

La formation vise donc à lui permettre de bien se connaître. Cela demande un sérieux travail sur soi, d'exploration personnelle, d'introspection. "Comment on se sent devant les frustrations de la personne, comment on va apporter l'empathie nécessaire et entrer dans l'aventure avec la personne. Parce que toute l'intention de la thérapie est de permettre à la personne d'explorer ses capacités, de toucher parfois à ses limites, d'investiguer là où se trouvent des ressources parfois insoupçonnées", explique Patrick Guilmot.

Ce n'est pas le thérapeute qui est thérapeute, ni le cheval, c'est la relation qui permet l'expérience et qui mobilise chacun. Ce qui me paraît précieux, c'est cette façon de laisser vivre ce qui est à vivre, parce que le cheval fait aussi des propositions dans la rencontre. Là ça devient magistral, parce que c'est entre eux deux que ça se passe, on est juste témoin en fait.

_________________

Avec :
Patrick Guilmot, Ariane, Aurélien, Etienne, Mathilde, Nathalie, Vincent et son papa.
Valentine de Pierpont, Dominique, Carine, Thomas, Zoé, Aurélie et sa maman Pascaline.
Marie-Laure Dumoulin, Victoire, Fernand, et les autres.

Avec l’aimable participation de Vinciane Despret, philosophe.

Ecoutez ici le documentaire d'Helena Verrier Hippothérapie, quand le cheval guérit.

Newsletter La Première

Recevez chaque vendredi matin un condensé d'info, de culture et d'impertinence.

OK