Par Ouï-dire

[FICTION] Un si doux androïde

‘Un si doux androïde’, sur un texte de Claude Gaignaire, nous embarque dans un récit halluciné où un robot presque parfait découvre l’amour ou ses prémisses, et en perd le Nord. Voilà la parfaite créature devenue folle. Alors qu’elle devait conduire la belle journaliste à l’inventeur fou, un accident compromet la rencontre…

Une écriture poétique de Claude Gaignaire et une incarnation troublante et forte de Philippe Drecq, Delphine Gardin, Jean Fürst et Alex Klimow

Réalisation : Pascale Tison et Pierre Devalet
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Extrait

Lucie - Alors, vous êtes un ROBOT!... Si je n'étais pas complètement ivre, vous croyez
que je deviendrais folle?...

Le chauffeur - J'en doute... Vous êtes une grande professionnelle, et vous êtes très
déterminée... J'ai mémorisé toute votre carrière: tout ce que vous avez écrit, filmé,
photographié... vous en avez vu de toute les couleurs, c'est la bonne expression?

Lu.- Oh, vous ne pouvez pas savoir à quel point!... Bio-robot? Androïde?...
Comment doit-on dire? R2D2?...

Ch.- Comme vous voulez, c'est encore à inventer...

Lu.- Androïde, c'est mon préféré... très doux, très sensuel, vous ne trouvez pas? Un
peu ancien, ça rassure... Un rien féminin: Androïde... Vous avez des souvenirs à
vous, la mémoire d'une naissance, une sorte d'enfance, je ne sais pas...?

Ch.- Des souvenirs implantés, oui... Pour pouvoir répondre à des questions,
paraître... normal... un enfant qui joue dans le soleil, au bord d'une rivière, plein de
reflets dansants... sinon, je ne saurais même pas ce qu'est une rivière... une femme
qui le regarde jouer... des choses comme ça... des souvenirs électroniques. L'effet
d'humanité, vous voyez...

Soupirs, elle boit, se reprend.

Lu.- Des clichés, quoi... C'est très touchant... Oh, vous avez essayé de m'avoir, là...
Alors le Prof' veut me manipuler à travers vous, pas vrai ?...

Ch.- Sans aucun doute... totalement... D'abord, vous convaincre que je suis bien
une machine, et de la perfection absolue de cette machine... Je crois que c'est
acquis... mais a contrario que vous soyez saisie par l'illusion d'humanité... C'est le
point disons, philosophique de sa recherche, qui ouvre à l'efficacité totale de
l'artifice: ensuite, vous vous en feriez l'écho dans le monde entier...

Lu.- Alors, laissons-nous manipuler un peu, vous voulez?... Regardez-moi... Mettez
votre bras autour de mon épaule, allez!... comme si vous étiez réel... Je veux vous
embrasser vraiment une fois, avant qu'on arrive. Et plus si affinité, qui sait... Après,
peut-être, vous me confieriez plein de secrets interdits, non?... (Sa voix devient très
rieuse)
Vous comprenez?... En seriez-vous capable, êtes-vous suffisamment,
comment dites-vous... assez bien appareillé?...

Ch.- Nous avons considéré que ce serait une fonction secondaire, pour l'instant...
je n'ai là-dessus que des notions très ... techniques, vous imaginez...

Petit rire de la jeune femme

Lu.- Oh, j'imagine très bien... "une main de fer dans un gant de velours"...
Pardonnez-moi, c'est d'un humour douteux...

Ch.- Non, non, c'est assez proche de la réalité organique artificielle. Mais pour
paraphraser un robot célèbre, Mademoiselle Lucie, " je craindrais que mes élans
ne gardent quelque chose d'un peu mécanique..."

Lu.- Oh, oui... Barbarella, je connais, et sa boîte de conserve animée... La BD était
super, le film un peu kitsch, quand même... Mais vous savez quoi?... Un ami de
Forest, l'auteur... Son ami, Robert Lapoujade... un peintre génial, m'a montré
un vrai collector: tous les deux, pour rigoler, ils ont repris un album entier en
redessinant des sexes bien lisibles, à chaque image où c'était possible... C'était...
avec le trait sinueux et vibrant de Forest, vous imaginez, c'était sacrément...
excusez-moi, bandant, si ça peut vous dire quelque chose !...

Ecoutez la fiction intégrale ici

Et découvrez les photos du tournage !

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