Par Ouï-dire

Choisir, et après ? La vasectomie en toute connaissance de cause

Choisir, et après ? Où l'on découvre que la vasectomie, qui n'est pas une maladie, se transmet surtout par voie orale
Choisir, et après ? Où l'on découvre que la vasectomie, qui n'est pas une maladie, se transmet surtout par voie orale - © Pixabay

En 2010, un an après la naissance de son deuxième enfant, Dimitri Merchie s’est fait vasectomiser. Comme son frère avant lui et leur père avant eux, mais sans concertation. Une coïncidence. Et un sujet de conversation comme un autre, si bien qu’à défaut de faire des petits, il a fait un émule. Dans ses pas, il a retrouvé des questions, il en a découvert d’autres, autour d’un choix de vie posé un jour en toute bonne foi, mais pas en toute connaissance de cause.

Choisir et après ?
Où l’on découvre que la vasectomie, qui n’est pas une maladie, se transmet surtout
par voie orale.
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"Ce n’est pas une décision de couple. C’est lui qui a pris la décision, moi j’avais peut-être même un peu plus de mal avec ça. Comme c’est irréversible, je trouve ça un peu violent. Mais c’est vraiment un choix personnel. Pour lui, c’était naturel : comme moi j’avais porté les enfants, c’était à lui de faire ça. Et de toute façon, il n’en voulait plus."

"On avait décidé de ne plus avoir d’enfant et de trouver une solution peut-être un peu plus facile, un peu plus naturelle aussi, pour une contraception. Moi j’avais l’impression de pouvoir prendre une chose en charge et je l’ai fait bien volontiers. Peut-être aussi pour rendre la démarche plus populaire, dans mon entourage, pour d’autres personnes.
On en a entendu parler par des amis, ce sont des choses qu’on connaissait ou qu’on avait appris à connaître et finalement, on a franchi le pas […] L’opération est pratiquement indolore, très rapide. Ça a été fait alors que ma dernière fille avait moins d’un an."


La vasectomie, c’est quoi ?

La vasectomie, c’est la section chirurgicale du canal déférent, qui va du testicule à la prostate et qui fait passer les spermatozoïdes dans l’éjaculat. Le chirurgien fait simplement une petite incision de 1 cm au niveau du scrotum, en regard de ce petit canal, qu’il va extérioriser avec une petite pince. Une fois qu’il est à la peau, il le sectionne, place des clips métalliques en titane pour oblitérer les deux extrémités du canal. Il effectue une mini-électrocoagulation pour les boucher. Il remet ensuite le canal à sa place, met un petit point à la peau et c’est fini. Il fait la même chose de l’autre côté. Les points tombent tout seuls au bout de quelques jours.

C’est une intervention extrêmement simple et assez rapide, dix minutes de chaque côté environ. La douleur ressentie est un petit pincement par moments, tout à fait supportable.


Un choix difficile

Pour le Docteur Murillo, gynécologue obstétricien, à l’Hôpital Saint-Pierre à Bruxelles, le fait que l’homme vienne et demande la vasectomie est plutôt un acte de conscientisation dans le couple"Je pense que ces hommes ont raison. Maintenant, il y a des tas d’autres phénomènes extérieurs qui interviennent aussi là-dessus. La proportion de vasectomies par rapport à la stérilisation féminine penche toujours du côté de la stérilisation féminine, qui est toujours plus dangereuse, plus invasive, sous anesthésie générale. Ce sont les femmes qui prennent encore sur elles la contraception du couple."

La démarche commence par un protocole de questions, pour s’assurer de la détermination du patient par rapport à la vasectomie. Pourquoi il souhaite le faire ? Quel est son degré d’implication ? Que sous-tend sa demande de stérilisation ? A-t-il déjà des enfants ?

Chaque histoire est en effet différente d’un patient à l’autre. Mais le plus important est de savoir s’il est déterminé à le faire de façon définitive, parce que l’intervention est difficilement réversible, même si des techniques existent.

"Le grand souci de ces techniques, que ce soit chez la femme ou chez l’homme, c’est qu’effectivement il faut être sûr de son coup, parce que, si on regrette, le geste inverse est plus difficile et les chances de réussite sont beaucoup moins importantes. Par contre, dans le sens inverse, la sûreté de la vasectomie est beaucoup plus importante, puisqu’on estime qu’il y a un échec sur à peu près 2000 vasectomies, ce qui est très peu."


L’impact sur la sexualité

Beaucoup d’hommes demandent au Docteur Murillo si l’intervention change quelque chose au niveau sexuel. Il les rassure : tant au niveau du volume éjaculatoire qu’au niveau des sensations, cela restera tout à fait identique.

"Au niveau de la libido, c’est une autre paire de manches, dans la mesure où le premier organe sexuel est votre cerveau. J’ai eu des patients qui n’étaient pas tout à fait sûrs et qui l’avaient fait, et qui avaient regretté. Ils se sont trouvés pas bien et leur libido s’en est trouvée rabaissée et ils n’ont pas bien vécu ça. D’autres patients étaient déterminés et cela a libéré la vie sexuelle de leur couple, parce qu’il n’y avait plus cette pression liée à la contraception et au risque de grossesse."

Si vous avez un doute, réfléchissez, conseille le Docteur Murillo. Prenez le temps de peser le pour et le contre, avec éventuellement l’aide d’un.e psychologue, pour prendre la bonne décision et ne pas le regretter dans un deuxième temps. On sait que les patients qui demandent la vasectomie jeunes, en dessous de 30 ans, le regrettent en général beaucoup plus.

En cas de doute, une dernière possibilité est offerte : congeler des spermatozoïdes pour éventuellement les utiliser pour procréer, sans devoir recourir à une nouvelle chirurgie.

 

Regrets ou réserves…

Témoignage... "Une part de regret… oui et non. En tout cas, une réserve ou des mises en garde à formuler. Le fait que ce soit une opération tout à fait irréversible m’a quand même confronté à une remise en question après mon divorce, quand j’ai fréquenté à nouveau des personnes qui n’avaient pas forcément des enfants. Chaque fois, je devais annoncer ma stérilité et ce n’est pas quelque chose qui était forcément bien perçu. C’est quelque chose qui, à plusieurs occasions, a remis peut-être en question la pérennité de ce nouveau couple ou en tout cas a amené des réserves de la part de mes nouvelles compagnes.

Donc moi je regrette un petit peu. Je ne regrette pas la vasectomie, mais je regrette d’imposer cela à mes compagnes. […] C’est quelque chose que la personne doit accepter. Je l’impose un petit peu de la même manière qu’une femme m’imposerait une grossesse que je n’ai pas désirée.

Moi j’aurais vraiment voulu revenir en arrière et pouvoir faire un prélèvement de sperme, de manière à pouvoir discuter de la stérilité, en tout cas d’une éventuelle maternité en disant, c’est possible […]. J’aurais bien voulu que, grâce à un prélèvement, ce soit une discussion d’égal à égal. […]

Je me sens toujours capable d’être papa à 43 ans. Finalement, ce que je pensais quand j’avais 32 ans lorsque j’ai subi ma vasectomie - je pensais qu’à 40 ans, on ne pouvait plus être papa —, moi j’ai l’impression que je n’ai jamais été autant capable d’être papa que maintenant."

Choisir et après ?, un documentaire de Dimitri Merchie

Réalisation, prise de son, montage : Dimitri Merchie
Montage, mixage : Irvic D’Olivier
Avec les voix de : Antoine, Dorothée, Samuel, Sandra, Etienne, Alain, Simone, le docteur Murillo et la famille de Dimitri Merchie
Production : Usine (bis) asbl, avec le soutien de l’ACSR et du Fonds d’Aide à la Création Radiophonique de la Fédération Wallonie-Bruxelles

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