Par Ouï-dire

Carnet de bord d’un hôpital covidé

Jeanne Goupil, cheffe de clinique spécialisée dans les maladies infectieuses à l’Hôpital Avicenne de Bobigny, a tenu un journal de confinement pendant toute la période du 16 mars au 10 mai 2020. Jour après jour, elle s’est enregistrée sur son téléphone portable, afin de garder une trace vocale de ce qui se passait réellement dans cet hôpital. Avec cette envie forte de raconter ce qu’elle avait vécu pendant ces semaines inédites. Avec ce besoin de désacraliser les médecins, pour mettre l’humain au centre.

" Parce que nous sommes tous égaux face à la mort ", dit-elle. " Et que l’Hôpital est une merveilleuse arène pour s’en rendre compte ".

Réalisation Leslie Menahem
Mixage Pierre Devalet

 

Extraits


"Finalement, le décès de cette dame, ça a donné une place dans l’unité covid, et ça a donné une place de plus pour un patient des urgences. Finalement, côtoyer la mort de si près en ce moment, c’est quelque chose d’extrêmement pesant. C’est la mort qui peut faire de la place dans l’hôpital, et c’est très très lourd."
 

"Ce n’est pas comme si on n’avait pas l’habitude d’avoir la mort à l’hôpital. C’est courant. On a l’habitude, on connaît le processus, on sait comment s’occuper du patient après la mort, comment le descendre à la morgue, etc. Mais là ce n’est plus pareil, parce que les patients, de base, on les laissait sur le lit, on pouvait mettre le drap, pas jusqu’à la tête, la personne n’était pas cachée, elle avait l’air paisible, comme si elle dormait. Là, quand c’était Covid, il fallait les mettre, vous savez, comme dans les films, style NCIS, […] On devrait les mettre dans deux sacs, par contre les sacs ils étaient blancs. […] Comme si la personne, il fallait l’enfermer, que c’était une pestiférée."


"Au fur et à mesure que ça continuait, eh bien de plus en plus désespéré. Je pense qu’il n’y a pas d’autre mot, c’est le seul mot qui me vient à l’esprit et même en réfléchissant, je n’en trouve pas d’autre."


"Je me suis jamais dit qu’on était vraiment des héros. En fait, je me suis même dit plutôt l’inverse, je me suis dit, voilà c’est mon job, c’est pour ça que je fais ce métier. Je dirais presque que cette crise met en perspective l’essence même de mon métier. Ce qui me fait dire : si je ne suis pas là, si je ne fais pas ce qu’il faut pour soigner tout le monde, eh bien il faut que je raccroche ma blouse."


"C’est ce qui est le plus effrayant, c’est de sentir la crainte de se faire dépasser et de ne plus maîtriser. Parce c’est ça qui est le plus difficile pour les soignants et pour les médecins, c’est qu’on est prêt à accepter la mort, mais on n’est pas prêt à accepter de ne plus maîtriser les choses, et que la mort nous arrache le patient plutôt que ce soit nous qui accompagnions le patient vers la mort quand manifestement il n’y a pas d’autre solution."
 


Découvrez le documentaire complet ici, dans Par Ouï-dire

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