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Youri Gagarine : cobaye, star mondiale et outil de propagande de l'URSS

Il y a tout juste 60 ans, Youri Gagarine était le premier homme dans l’espace, un véritable moment de gloire pour ce qui s’appelait alors l’Union des républiques socialistes soviétiques.

L'URSS ne le savait pas encore mais on peut dire aujourd’hui qu’en ce 12 avril 1961 elle était au faîte de sa gloire.

Quatre ans après avoir lancé le premier engin dans l’espace, le fameux Spoutnik, l’Union soviétique pouvait s’enorgueillir d’envoyer le premier homme hors de l’orbite terrestre : Youri Gagarine à bord de sa fusée Vostok. 

108 minutes d'une expérience hors du commun

Quand la fusée décolle, les scientifiques russes ne sont pas sûrs de leur coup. Ils estiment que Gagarine a une chance sur deux de s’en sortir. Auparavant, on avait envoyé la chienne Laïka dans l’espace qui n’en reviendra pas mais par contre deux autres chiennes étaient revenues vivantes. Quand Gagarine s’installera dans la fusée, son rythme cardiaque s’accélérera brutalement, symptôme d’un stress très compréhensible.

Dans cette première mission spatiale Youri Gagarine joua surtout le rôle de cobaye.

Sa sortie dans l’espace dura seulement 108 minutes, 1h48 pour une première orbite autour de la terre où la seule chose qu’il eut à faire c’est avoir le cran de s’installer à bord : tout étaitautomatique, le cosmonaute ne devait prendre les commandes qu’en cas de souci, il n’y en eut pas si ce n’est que l’atterrissage n’eut pas lieu au bon endroit.

Une fois éjecté de sa capsule, Gagarine termine sa course en parachute et aperçoit alors une fermière et sa fille venant à sa rencontre d’un pas très hésitant face à cet énergumène casqué en combinaison orange qui agite les bras en disant " n’ayez pas peur je suis des vôtres et je viens du cosmos ! " .

Youri Gagarine, outil de propagande numéro 1

Mais ensuite Gagarine devient une star mondiale et surtout un héros national qui constitue un instrument de propagande parfait pour l’union soviétique.

Youri Gagarine a passé son enfance dans un kolkhoze, sans électricité ni eau courante, il a connu l’occupation brutale nazie et est parti étudier à Moscou où il finira pilote de chasse. Il est repéré et sélectionné par le programme spatial soviétique pour trois raisons majeures : d’abord il mesure 1m58 et une petite taille est essentielle pour les modules spatiaux, ensuite il a une mémoire hors du commun, enfin il dispose d’une capacité de concentration exceptionnelle.

A 27 ans il entre dans l’histoire pour le meilleur et pour le pire.

Car son destin est désormais scellé : durant des années il va assumer la plus grande campagne de relations publiques qu’ait jamais connue l’URSS.

A son corps défendant, Gagarine est devenu un représentant de la réussite soviétique.  

Lui n’a qu’une envie : retourner dans l’espace mais le pouvoir soviétique ne veut pas prendre le risque de perdre un tel symbole de réussite, lui qui personnifie l’avance soviétique dans la course à l’espace. Et pourtant, ironie de l’histoire, Gagarine va mourir dans le ciel, c’était en 1968 lors d’un vol d’entraînement à bord de son Mig dans des circonstances qui n’ont jamais été clairement élucidées.

Soixante ans après, que reste-t-il de Youri Gagarine dans la mémoire collective russe ?

Il reste le héros par excellence et si l’on en croit un sondage réalisé il y a dix ans constituerait même la personnalité préférée des Russes.

C’est, malgré sa petite taille, un géant, à l’image de cette statue en titane de plus de 40 mètres édifiée à Moscou. Symbole d’une époque où les Russes pouvaient damer le pion aux Américains dans ce qu’on appelait alors la conquête spatiale.

Car aujourd’hui, dans ce domaine, malgré les ambitions affichées par Vladimir Poutine, la Russie spatiale est bel et bien à la traîne. En 2021 à Moscou il paraît bien loin ce temps glorieux de Youri Gagarine où les Russes pensaient encore pouvoir décrocher la lune.

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