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Vague: un mot qui désigne ce qui est fort comme ce qui est flou

Vague: un mot qui désigne ce qui est fort comme ce qui est flou
Vague: un mot qui désigne ce qui est fort comme ce qui est flou - © Tous droits réservés

Zoom sur le mot vague qui évoque désormais autant la mer que l'épidémie avec Laurence Rosier, linguiste.

 

 Le vague, la vague

En cette période estivale, " vague " évoque pour moi immédiatement la mer.. mais lâché comme ça, le mot vague, c’est … " vague vague vague vague vague vague " comme chantait Jeanne Moreau dans Le blues indolent

Ajoutons lui un article, soit masculin le vague, soit féminin la vague, un peu comme quand on dit la voile et puis le voile non j’avais dit pas de vague pas de polémique (bises à Florence à Hainaut).

Donc, quand on dit:  la vague au féminin (même si Serge Gainsbourg se déclarait comme la vague irrésolue), la vague au féminin en cette période estivale gâchée par le ou la Covid, on pense donc à la seconde vague épidémique possible, que certains nomment " vaguelette ", diminutif qui tend à apaiser (quoique ça rappelle les gouttelettes du nez et de la salive possiblement infectées), imaginez qu’on dise Tsunami épidémique mais je divague…

 

Le vague ou la vague ça a la même origine ?

Non, le vague, l’imprécis, le flou vient du mot vagus qui signifiait " errant, vagabond ",  que l’on décèle encore dans l’expression " avoir le vague à l’âme " des romantiques du XIXème siècle. Mais la grande représentante du vague à l’âme est une femme : c’est Madame Bovary, l’héroïne mélancolique de Gustave Flaubert qu’un critique résumait comme suit à l’époque :

 À peine mariée, Mme Bovary a du vague à l'âme, comme toutes les femmes qui veulent manger leur quartier de pomme. Le vague à l'âme est une vieille maladie qui date du paradis terrestre.

Alors que la vague,  " ce Mouvement ondulatoire qui apparaît à la surface d'une étendue liquide sous l'action du vent ou d'autres facteurs " (TLF), vient d’un mot scandinave signifiant " la mer ".

Dans l’imaginaire marin, les vagues ont une dimension qui peut être effrayante, on parle de vagues scélérates, de vagues monstrueuses pour désigner d’énormes rouleaux susceptibles de faire couler les navires. On trouve des listes des vagues les plus glaçantes du monde.

La vague est aussi celle que les surfeurs et les surfeuses doivent dompter (et, petite parenthèse, les surfeuses ont dû se battre aussi pour ne pas rester au creux des vagues comme des bombasses de plage et devenir l’équivalent des hommes en réclamant la mixité des compétitions).

 

La vague pour désigner une image forte

Dans le métier de journaliste, on utilise aussi pas mal l’expression la vague, comme la vague de chaleur ou la vague verte.

On use et on réuse donc de la vague comme d’une image forte pour parler de phénomènes météos ou politiques qui devraient changer les destinées, et aussi avec des mots proches comme raz de marée électoral, onde de choc politique, déferlante bleue, rouge, brune ou alors encore les vagues féministes (pas féminines, vous savez comme les crans des minivagues des femmes dites fatales) celles qui font scandale et innovation (comme La Nouvelle Vague le fit au cinéma), qui provoquent des vagues.

Ce mouvement telle une lame de fond  qui entend transformer le monde : dans un article passionnant, " Faire naître et mourir les vagues : comment s’écrit l’histoire des féminismes " l’autrice Bibia Pavard, retrace l’histoire de la métaphore de la vague comme arme de lutte : l’un des premiers journaux féministes fondé par la militante syndicaliste et pacifiste Marcelle Capy  s’appela… La vague…

Et si aujourd’hui pour décrire l’histoire des mouvements féministes on utilise les expression première, seconde, troisième et quatrième vagues, cet usage est l’objet de débats : qui décide de " ces vagues " ? Dès 2010, un collectif d’historiennes américaines déclaraient avoir " le mal de mer ". Pour elles, la métaphore des vagues favorisait un " féminisme hégémonique " blanc, hétérosexuel et bourgeois.

Elle se demandaient  : " Est-il temps de sauter du bateau ? " 

Bonjour les vagues

 

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