Matin Première

Vaccination: Spoutnik-V, bientôt en Europe ?

Avons-nous trop regardé la mise en place du vaccin russe sous l’angle géopolitique en dépit de l'aspect sanitaire ? 

 

Le premier vaccin était russe

Quand on revient sur les différentes étapes qui ont mené à ce vaccin, ce qui est frappant, c’est le scepticisme quasi général qui a accompagné l’annonce de Vladimir Poutine le 11 août 2020.

Imaginer que la Russie réalise un vaccin, qu’elle soit la première et qu’en plus il soit efficace. C’était vraiment difficile à croire.

L’Europe était perplexe face à Poutine et à ce manque de transparence notoire. Car lorsqu’on se penche sur l’histoire, la transparence, ce n’est pas le fort de Moscou. Entre Tchernobyl et l’affaire Navalny difficile de faire confiance à la Russie pour l'Europe.

La Russie se l’est jouée solo

Pour ce vaccin il y a eu un grave péché originel. Vladimir Poutine a voulu jouer cavalier seul sans donner les infos nécessaires à l’OMS. Ce qui du coup faisait encore plus douter, l'Europe n’a pas pris au sérieux le vaccin russe.

Ils se sont en quelque sorte "auto disqualifié de la course aux vaccins", mais ça ne dérangeait pas trop le monde occidental non plus de voir la Russie retourner dans ses travers.

Europe Russie : une relation pour le moins tumultueuse

Parce qu’il faut bien le dire, depuis 2008 ça ne va pas fort entre la Russie et l’Europe.

Le Kosovo, l’Ossétie du sud, la crise ukrainienne et les sanctions économiques, la tentative russe d’influer sur la politique intérieure de nombreux pays, les cyber attaques, ça fait beaucoup pour se dire inconsciemment "peut-être qu’on ne veut pas être sauvé par la Russie de Poutine".

Tout a changé au début de ce mois, quand la revue médicale The Lancet publie dans les règles de l’art les éléments scientifiques autour de ce vaccin.

Spoutnik déjà inoculé à 1,4 milliard de personnes

En effet, le vaccin Spoutnik-V semble retrouver la faveur des scientifiques.

Sur papier Spoutnik V il est même devenu l’un des meilleurs vaccins au monde, avec une efficacité culminant à 91,6% contre les formes symptomatiques de la maladie, capable de rivaliser avec Pfizer ou Astra Zeneca dont les retards de livraison ennuient terriblement les Européens.

Selon le Fonds souverain russe qui a financé en partie le développement du Spoutnik V, le vaccin est désormais autorisé dans 55 pays, couvrant 1,4 milliard de personnes, l’Algérie et la Tunisie, l’Argentine et le Mexique, les Émirats arabes unis, l’Iran et le Liban.

Un vaccin qui divise l’Europe

Trois pays de l’Union européenne ont décidé de faire cavalier seul et l’ont homologué. La Hongrie, la Slovaquie et la République tchèque à l’encontre de la stratégie de l’Union européenne.

Ce qui suscite la polémique.

En Slovaquie, le Premier ministre a négocié en secret avec le hongrois Orban, il a été forcé de démissionner après avoir importé ce vaccin russe sans en parler à ses partenaires de majorité.

Mais quand le gouvernement français paraît s’en désintéresser, Jean-Yves Le Drian, ministre des Affaires étrangères, allant jusqu’à désigner le vaccin comme "un moyen de propagande plus qu’un moyen d’aide sanitaire" de leur côté, les Italiens et les Allemands semblent, eux, enclins à participer à la production de ce vaccin russe. En Allemagne, pragmatisme avant tout, on regarde d’abord le vaccin, pour la politique on repassera plus tard.

Et pendant ce temps, le commissaire européen chargé des vaccins, Thierry Breton, dit sur TF1 que l’on n’en a pas besoin. Des propos jugés méprisants et dénigrants par les Russes et qui ont fait bondir le président russe alors que l’agence du médicament examine justement ce vaccin Spoutnik V.

Le manque de transparence à tous les niveaux
 

Alors se pose une question, le vaccin russe pourra-t-il être produit en quantité suffisante ?

Compliqué de le savoir...La Russie a déjà du mal à servir sa population qui semble peu intéressée par la vaccination.

Mais pourquoi se priver d’un vaccin supplémentaire dans l’attirail dont nous disposons ?


Ce qui a peut-être manqué de la part de toutes les parties, c’est beaucoup de transparence. L’Europe a peut-être péché par sa difficulté à mettre de côté les rivalités politiques et les enjeux économiques. Peut-être qu’elle aurait dû simplement laisser les scientifiques sereinement faire leur travail au nom de notre santé à tous.

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