Matin Première

USA - Chine : sommes-nous en train de vivre une nouvelle "Guerre froide" ?

Assiste-t-on au retour de la guerre froide ? Les attaques fusent ces derniers temps, entre la Chine et les Etats-Unis. Certains n’hésitent pas à comparer la situation à celle du passé entre l’ex-URSS et les Etats-Unis. Mais est-ce réellement le terme approprié ? Pas vraiment selon Pierre Marlet qui a jeté un œil à la situation.

Le mot de guerre froide a été utilisé par Wang Yi le ministre chinois des Affaires étrangères visiblement excédé par les attaques lancées contre la Chine par le président des Etats-Unis.

Une comparaison un peu rapide

La Chine et les Etats-Unis sont les superpuissances d’aujourd’hui, comme les Etats-Unis et l’URSS l’étaient au temps de la guerre froide. Et puis, en Chine c’est toujours un parti unique et communiste qui est au pouvoir, exactement comme en Union soviétique à l’époque de la guerre froide. Il y a incontestablement des points de comparaison. Pour autant, il y a également des points de différence.

Mais avant tout : savez-vous pourquoi on parle de guerre froide ?

L’origine de l’expression : guerre froide

La colère froide c’est une colère rentrée, que l’on retient, qui n’éclate pas alors que la colère ça peut justement être violent !

Certains psychologues vous diront qu’une vraie colère vaut mieux qu’une colère froide : il vaut mieux que ça sorte. Sur le plan géopolitique en revanche, le monde s’est certainement beaucoup mieux porté avec une guerre qui n’éclate pas plutôt qu’un affrontement militaire entre deux blocs qui détenaient chacun l’arme nucléaire.

Ajoutons encore qu’en anglais, le terme "cold war", guerre froide, a été employé en opposition à " hot war ", littéralement guerre chaude et que le premier qui a employé le nom c’est George Orwell, l’auteur de 1984, très concerné par le risque du totalitarisme, et il l’a fait dès l’automne 1945, quand le danger communiste stalinien remplaçait déjà à ses yeux le nazisme vaincu.

La guerre froide, une guerre retenue ?

Difficile de qualifier la guerre froide, de " retenue " car le monde n’a pas vraiment vécu en paix durant la guerre froide qui opposait Etats-Unis et Union soviétique.

La guerre de Corée et la guerre du Vietnam montrent que le monde communiste et capitaliste se sont bel et bien combattus militairement. Mais les conflits sont restés localisés et jamais soldats américains et soviétiques ne se sont directement affrontés.

D’ailleurs, le plus souvent, durant la guerre froide, il s’agissait de contrer son adversaire à chaque fois qu’il avançait un pion quelque part, exactement comme dans une partie d’échecs, que ce soit en Asie, en Europe, en Afrique ou en Amérique.

Dans ce contexte, il était bien difficile de ne pas choisir son camp, le monde était bipolaire et il en a été ainsi jusqu’à l’effondrement d’un des camps, en l’occurrence le communisme.

En 1990, après la chute du mur de Berlin et avant l’éclatement de l’Union soviétique, George Bush père pouvait, face à Michaïl Gorbatchev prononcer la fin historique de la guerre froide. Des remerciements pour le travail accompli côté soviétique comme américain pour sortir de ce brouillard de la guerre froide que le monde attendait depuis si longtemps.

Alors ressemblance ou pas ?

Pas vraiment. A l’époque, chaque camp rêvait d’imposer son système à l’autre, le monde était un seul lit pour deux rêves comme disait l’ancien rédacteur en chef du Monde André Fontaine, et le rêve de l’un était inconciliable avec celui de l’autre. La rivalité était politique avant d’être économique.

Aujourd’hui c’est l’inverse : le rêve de la Chine n’est pas d’imposer le communisme au monde mais de dépasser le PIB américain et les États-Unis veulent conserver leur première place.

Le monde n’est plus bipolaire : il est interdépendant.

Malgré leur escalade verbale, Chinois et Américains ont besoin l’un de l’autre, bien plus qu’entre URSS et États-Unis : la dépendance de l’Amérique vis-à-vis de la Chine est symbolisée par sa dette publique qui dépasse les 22.000 milliards de dollars et les plus grands créditeurs en sont les Chinois. Mais le modèle économique chinois dépend aussi de la consommation occidentale et donc américaine : si nous n’achetions plus de produits chinois, l’usine du monde tournerait à vide.

Malgré les tensions actuelles, il est, selon Pierre Marlet, inapproprié de parler de guerre froide ente ces deux-là, à ce stade en tout cas.