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Rouhollah Khomeini en Iran, le pari risqué de l’Occident

Il y a tout juste 42 ans, Rouhollah Moussavi Khomeini est accueilli en triomphe, à Téhéran. On ne le sait pas encore mais ce qui s’y passe ce jour-là inaugure de véritables bouleversements historiques, l'Occident préfère à l'époque les islamistes aux communistes.

Khomeini choisi comme remplaçant du chah

Le 1er février 1979 : à Téhéran, capitale de l’Iran, un homme est accueilli triomphalement, il s’appelle Rouhollah Moussavi Khomeini et exerce de hautes fonctions religieuses dans le clergé chiite d’Iran qu’on désigne sous le nom d’ ayatollah.

Preuve qu’il va marquer les esprits, le nom va alors entrer dans la langue française pour désigner une personne particulièrement intransigeante.

Mais quand il rentre dans son pays, on l’a bien sûr oublié aujourd’hui, Khomeini jouit d’une image favorable et pas seulement en Iran.

Il a vécu en exil durant 14 ans en Irak mais durant les trois mois qui précèdent son retour, il a résidé en France, à Neauphle le château près de Versailles.

Et là il va faire le buzz comme on dirait aujourd’hui mais avec les moyens de l’époque : il enregistre des cassettes audios qui seront largement diffusées en Iran et puis il accorde des interviews aux médias du monde entier et il reçoit des intellectuels de gauche pourtant athée comme Jean-Paul Sartre, séduit par un personnage qui allait instaurer en Iran un régime sans pitié pour ceux qui tenteraient de lui résister : une république islamiste, un phare, un exemple pour les islamistes et les intégristes.

Comment Khomeini a dupé l'Occident

En 1979, on peut dire que Khomeini a dupé l’Occident pour prendre le pouvoir en Iran.

A l'époque, l’Iran est en pleine révolution contre le shah Mohamed Reza Pahlavi, lui en qui les Etats-Unis voyaient le gendarme du Moyen Orient, l’allié précieux, fidèle est lâché par Washington et contraint à l’exil après avoir perdu le contrôle du pays.

Il faut dire comme l’écrira l’ambassadeur de France qu’il ne parvenait  même plus à commander ses jardiniers.

La formule ne manque pas de piquant pour un empereur qui pour gouverner s’appuyait sur une police politique particulièrement brutale.

Et ce qui inquiète particulièrement les Etats-Unis, à l’époque, c’est d’abord et avant tout le communisme qui permettrait à l’URSS d’avancer ses pions dans cette région hautement stratégique : à Washington on a fait son choix : plutôt les islamistes que les communistes. Sans se douter de ce que cela va déclencher.

Au cours de cette année 1979, l’Ayatollah Khomeini ne fait pas dans la dentelle en gouvernant d’une main de fer en instaurant la charia et surtout en laissant les étudiant iraniens mener l’assaut sur l’ambassade des Etats-Unis : le personnel pris en otage illustrera l’humiliation des Etats-Unis.

En clair, en 1979, la toute puissance américaine montre ses faiblesses. Ce n’est pas la première fois : 4 ans plus tôt, elle avait perdu la guerre du Vietnam mais ce qui est nouveau c’est qu’ici en Iran ce n’est pas l’ennemi communiste qui la fait vaciller mais l’islamisme et cet ennemi-là l’Amérique allait apprendre à le connaître.

Un nouvel ennemi

En 1979, les Etats-Unis et plus généralement l’Occident découvrent donc un nouvel ennemi. Et en cette même année, l’adversaire soviétique fait la même expérience.

A la Noël 1979, l’armée rouge envahit l’Afghanistan. Une attaque qui prend les occidentaux par surprise mais qui va s’avérer pour l’URSS une monstrueuse erreur, une guerre longue qui va renforcer la méfiance des Russes pour leurs dirigeants.

Objectif de Moscou en intervenant de manière aussi spectaculaire : préserver ses intérêts en maintenant au pouvoir à Kaboul un homme qui lui est favorable. C’est la première raison. Il y en a une deuxième : cette révolution islamiste iranienne inquiète les Russes alors autant consolider ses positions en Afghanistan pays voisin de l’Iran.

Et puis il y a une troisième raison : les républiques soviétiques de l’Asie centrale peuplées majoritairement de musulmans s’agitent de plus en plus : car à l’image de ce qui s’est passé en Iran, les populations semblent de plus en plus sensibles aux idées islamistes. 

Après le communisme, le nouvel ennemi devient l'islamisme radical

En 1979, les Etats-Unis laissent tomber le shah d’Iran renversé par l’islamisme ; l’Union soviétique choisit au contraire la méthode forte mais cela aboutira au même résultat.

Dans les deux cas c’est l’islamisme qui gagne.

Les Soviétiques se casseront les dents sur la résistance afghane largement soutenue par les Américains, trop heureux de transformer l’Afghanistan pour les Russes ce que fut le Vietnam pour les Américains. Il faut dire qu’à l’époque toute la stratégie politique, militaire et diplomatique est pensée en fonction d’un ennemi unique : le communisme.

Personne n’imagine que le bloc soviétique n’en a plus que pour 10 ans. Mais personne ne soupçonne non plus qu’un nouvel ennemi est en train d’apparaître.

A force de se damer le pion et de soutenir de nombreuses dictatures sans guère se soucier du sentiment des populations locales, les deux grands ont créé d’énormes frustrations qui se sont tournées vers d’autres idéologies. L’islamisme radical est en marche : une république islamiste en Iran, une guerre sainte contre les Soviétiques en Afghanistan.

42 ans plus tard, l’Iran et l’Afghanistan sont toujours un objet de préoccupation mondiale : 1979 est bel et bien un tournant de l’histoire dont les conséquences se mesurent encore aujourd’hui.

 

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