Matin Première

Retour à la normalité : triste perspective

La bulle de Josef Schovanec : triste retour à la normalité
La bulle de Josef Schovanec : triste retour à la normalité - © Tous droits réservés

L’été est pourri. Il pleut, il fait froid. Surtout, quelque chose manque pour l’instant : les vagues successives et de plus en plus dévastatrices de canicules. Celles dont on parle avec un frémissement dans la voix, celles qui nous font basculer mentalement dans un univers apocalyptique de sables brûlants, d’incendies généralisés et d’effondrement climatique. En vérité, l’été est parfaitement normal : températures de saison, pluviométrie normale. Rien de plus désespérant.

Triste retour à la normalité

Il y a pire : le virus, dont on espérait qu’il allait créer un monde nouveau, s’est évaporé des esprits. Même les menaces des grands prêtres de la virologie ne font plus peur aux gens, c’est dire. Certes, on explique que le virus serait actif je ne sais où sur la planète, mais son charme infernal n’agit plus. Là encore, triste retour à la normalité.

Et que dire des émeutes : après des journées et des nuits de casse, où l’on espérait tant mettre fin à l’ordre patriarcal, colonial, raciste, etc, dans l’enthousiasme des révolutionnaires, voici que là encore surgit la morne déception d’un retour au réel.

Car oui, après l’échec du virus, la défaillance des canicules et le maintien des statues royales sur leur piédestal, même quand on les abat, nous voilà face à notre réel problème : la normalité. Cette situation que nous ne savons pas gérer.

L'impression d'être au centre

Qu’il s’agisse du virus, des canicules ou des émeutes, toujours un point commun se dégage : à chaque fois, on a l’espoir d’être au centre, au point critique de l’histoire, au point de basculement. De vivre un moment absolument unique, où les âges sombres qui durent depuis des millénaires se brisent dans un flash lumineux et font advenir l’ère messianique, qu’il s’agisse de celle du soin humain à tous, l’harmonie avec la planète ou la suppression du duo racisme-exclusion. Cette philosophie naïve de l’histoire est ce que j’appelle le racisme chronologique : l’idée que tous les âges antérieurs seraient une morne plaine peuplée de zombies méprisables, vous voyez, ces stupides vieux hommes blancs barbus racistes qui diffusent les maladies. Tout cela doublé d’un narcissisme sans nom : l’idée que l’on serait les acteurs ultra-privilégiés du seul et véritable moment d’inflexion dans l’histoire de l’univers.

Soyons honnêtes avec nous-mêmes : nous qui ne sommes qu’une poussière dans l’univers et dont la vie n’est qu’une micro-pulsation dans les âges cosmiques, n’imaginons pas que nos fantasmes puérils et narcissiques régissent l’univers.

Immenses espoirs messianiques… lesquels bien sûr s’effondrent en quelques semaines tout au plus. Pour nous replonger dans notre normalité. Soyons donc honnêtes avec nous-mêmes : nous qui ne sommes qu’une poussière dans l’univers et dont la vie n’est qu’une micro-pulsation dans les âges cosmiques, n’imaginons pas que nos fantasmes puérils et narcissiques régissent l’univers. Il faut mieux et plus constructif pour sortir de notre normalité, notre véritable ennemi.

Il nous faut mieux dans notre vie quotidienne. Et ce de façon concrète. Par exemple d’explorer d’autres façons d’être humain ? Explorer le handicap, la vie des gens réellement singuliers, dont le quotidien brise radicalement la norme ? Plutôt que de gémir, de fantasmer sur la canicule qui ne vient pas, devenons plutôt des laboratoires ambulants.

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