Matin Première

Ramy, une série qui offre enfin de la nuance et de la complexité

Ramy, une série qui offre enfin de la nuance et de la complexité
3 images
Ramy, une série qui offre enfin de la nuance et de la complexité - © Tous droits réservés

De la complexité. Ramy Youssef comme Fatima Daas ont écrit deux œuvres qui nous invitent à accepter, à même embrasser nos identités multiples. Et pour ça, " La petite dernière " de Fatima Daas aux éditions Notabilia, comme les 20 épisodes de " Ramy " sur Starzplay sont indispensables à lire et à regarder. Himad Messoudi vous propose deux gros coups de coeur, une série, un livre, deux histoires, mais tout est lié.

 

Car c’est en lisant un livre que j’ai eu envie de vous parler d’une série. Cette série, elle s’appelle Ramy. Il y a deux saisons de 10 épisodes, une 3e saison est attendue. C’est à voir chez nous sur StarzPlay. C’est un petit service de vidéo sur abonnement, de qualité moyenne. Et c’est parce que c’est sur Starzplay que j’avais renoncé à vous en parler plus tôt, alors que Ramy a reçu un Emmy Award de la meilleure comédie l’an dernier. Mais voilà, j’ai lu un bouquin très marquant le mois dernier, un livre qui m’a beaucoup fait penser à Ramy et ce livre, c’est " la petite dernière " de Fatima Daas.

 

"La petite dernière", la difficile quête de la jeune pour tenter de s’accepter telle qu’elle est

Le livre a beaucoup fait parler de lui en cette rentrée littéraire.

La narratrice parle de sa vie, elle qui est banlieusarde, lesbienne et musulmane.

Elle écrit à bout de souffle, des chapitres courts, qui tapent. Le livre est une anaphore géante, car chaque chapitre, sauf deux, commence par ces mots " je suis Fatima ", " je suis Fatima Daas ".

Tout au long de ces pages, on lit la difficile quête de la jeune pour tenter de s’accepter telle qu’elle est. Elle se dit menteuse, elle se dit pécheresse. Elle essaie de concilier tous les éléments de sa personnalité, même ceux dont elle a honte, elle la lesbienne qui se sent plus proche de Dieu que de ses amantes. La narratrice est complexe, le livre est complexe et je ne lui rends pas honneur en si peu de temps, mais il vaut vraiment le détour. Et ça m’a donc fait penser à Ramy.

 

"Ramy" : Une série qui propose enfin de la nuance

Ramy raconte l’histoire de Ramy, donc un jeune Américain d’origine égyptienne. Ses parents ont émigré, il a une sœur étudiante. Il travaille dans une start-up dont on ignore ce qu’elle fait, son meilleur ami s’appelle Steve et est en chaise roulante.

Notons d’ailleurs que la représentation de la situation d’handicap dans cette série est la meilleure que j’ai pu voir sur petit ou grand écran.

Ramy, il est plutôt beau gosse, il est drôle, il a pas mal de succès. Mais un truc ne tourne pas tout à fait rond, il le sent bien. Et voilà Ramy lancé dans une quête spirituelle, lui qui est un musulman plutôt lambda.

On suit donc ce jeune homme, qui perd son boulot, qui se retrouve à travailler pour son oncle, qui est un diamantaire antisémite. Il veut arrêter de regarder du porno, il va tenter le soufisme, bref, j’arrête de trop en dire.

Ce qui est intéressant avec cette série, c’est qu’elle nous propose un autre point de vue. Dans l’imaginaire hollywoodien, le jeune musulman est soit un terroriste, soit, euh, un terroriste.

Ça manque de nuance. Et de la nuance, justement, Ramy en apporte des tonnes. Ce jeune homme est pris entre sa foi et l’american way of life. Il est en questionnement, et c’est bien de voir ces questionnements.

La série soigne également très bien les personnages secondaires : l’immense tristesse de l’émigration pour le père, le besoin d’affirmation de la mère, la vie placée sous le sceau du patriarcat pour la sœur. Et vous vous souvenez du gros beauf antisémite d’oncle ? Il a droit aussi à quelque chose d’assez prodigieux à la fin de la saison 2.

La série Ramy nous offre quelque chose de rarement vu : de la complexité.

 

Deux oeuvres qui offrent de la complexité

 

Ces deux œuvres de fiction ont en commun de parler à la première personne.

On suit deux personnages qui donne leur nom au livre et à la série. Avec chacun la volonté farouche de prendre position, alors qu’ils sont sous le coup d’injonctions paradoxales.

 

 

Ces deux récits ont aussi en commun de sentir le vrai, à chaque seconde.

Dans Ramy, il y a par exemple une scène incroyable avec un acteur qui joue Oussama Ben Laden. Ramy a 8 ans, on est le 12 septembre 2001, et ses copains de classe lui demandent s’il est un terroriste. Et la réponse de Ramy, c’est un face à face avec un Ben Laden fantasmé, qui défend la destruction du World Trade Center. La série ne transige pas avec cette scène.

De la même façon que Fatima Daas ne transige pas avec ses lecteurs : elle pourrait dire qu’elle choisit entre son identité sexuelle et sa foi, ce qui peut être attendu, dans une quête d’apprentissage lesbien. Mais non, elle ne tranche pas, elle est ce qu’elle est. Elle ne veut pas choisir. Fatima Daas et Ramy Youssef expliquent qu’ils auraient adoré, dans l’enfance, lire ou voir un livre ou une série du genre. Pour les générations futures, le pari est réussi.

Ramy Youssef comme Fatima Daas ont écrit deux œuvres qui nous invitent à accepter, à même embrasser nos identités multiples. Et pour ça, " La petite dernière " de Fatima Daas aux éditions Notabilia, comme les 20 épisodes de " Ramy " sur Starzplay sont indispensables à lire et à regarder.

Newsletter La Première

Recevez chaque vendredi matin un condensé d'info, de culture et d'impertinence.

OK