Matin Première

Que penser des 5 phases psychologiques du confinement ?

Que penser des 5 phases psychologiques du confinement ?
Que penser des 5 phases psychologiques du confinement ? - © Unsplash

D’après un article largement partagé ces derniers jours, il existerait différentes étapes psychologiques par lesquelles nous passerions tout au long du confinement, à l’image des cinq phases du deuil. C’est un chef d’entreprise et blogueur qui a imaginé ces paliers, après avoir vécu deux quarantaines successives. Que vaut réellement cette classification et peut-elle servir à traverser cette épreuve plus sereinement ?

Du désarroi au soulagement

Le journal suisse Le Temps a soumis cette grille à un psychiatre et en voici donc les différentes étapes : premièrement, la panique, le désarroi et l’angoisse, tout le monde se rue pour dévaliser les magasins. Ensuite, l’adaptation, la recherche de nouveaux modes de fonctionnement et d’organisation, au travail et en famille. En troisième lieu vient la survie, il s’agit de tenir sur la longueur en maintenant ce mode de vie contraignant, l’adrénaline du début de confinement en moins, en plus, la lassitude de la longévité. La quatrième étape est celle de l’acceptation de la situation et de l’apaisement. Enfin, le soulagement, l’aboutissement de la crise, avec le danger non négligeable d’un possible retour de flamme sous forme de stress post-traumatique.

Des parents apaisés ?

Grégory travaille dans le marketing, sa femme est infirmière. Pour le confinement, il se retrouve à la maison avec ses deux enfants à occuper. Au début, c’est l’effervescence, il décide de lancer une page Facebook,  "Et si on faisait un truc", pour favoriser le partage d’idées et d’activités entre parents. Trois semaines plus tard, il constate que les contenus de sa page ont changé : la frénésie des premiers jours a laissé place à d’autres types de publications, des propositions plus simples et plus réalistes. Grégory perçoit un certain apaisement, chez lui, mais aussi chez les autres parents.

Il y a des modifications de comportement, on n’en est pas toujours conscient, mais simplement parce qu’on était face à une situation qu’on ne connaissait pas du tout il y a trois semaines et que maintenant, on a l’expérience de trois semaines, donc on ne réagit pas de la même façon.

Un modèle à aborder prudemment

Selon Emmanuelle Zech, professeur de psychologie clinique et psychothérapie à l’UCLouvain, le côté inhabituel, voire exceptionnel des événements nécessite une réadaptation de l’être humain. Dès lors, la catégorisation en différentes étapes est intéressante puisqu’elle est simple et que les gens s’y reconnaîtront aisément, pourront mettre des mots sur ce qu’ils éprouvent. Soulagés, ils savent qu’ils ne sont pas seuls à vivre cela.

Néanmoins, un tel modèle à paliers peut également sembler artificiel, il n’est jamais bon de classifier à outrance. En effet, chacun vivra sa propre expérience, avec ses hauts et ses bas, sans forcément passer par ces quelques stades. Dans le cas présent, la grille des cinq étapes du confinement n’est pas validée par des données scientifiques, elle est un peu simpliste et beaucoup sortiront de ces catégories. Le danger est ainsi d’installer une sorte de norme, un rythme bien déterminé avec lequel tout le monde devrait traverser la quarantaine de la même manière. Or, cela dépend de notre perception personnelle, de notre cadre de référence et de notre compréhension de la situation. Une personne seule sera par exemple plutôt satisfaite de rester chez elle, limitant le nombre de réunions et d’obligations qu’elle avait auparavant, tandis que son voisin, isolé également, ressentira douloureusement le manque de contacts sociaux. En définitive, il s’agit de ne pas se fixer trop fidèlement à ce modèle en cinq étapes et de l'aborder avec précaution.

(Ré)écoutez la séquence "Et vous dans tout ça" de Marie Van Cutsem