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Pourquoi les colis mettent-ils tant de temps à nous arriver ?

Pourquoi les colis mettent-ils tant de temps à nous arriver ?
Pourquoi les colis mettent-ils tant de temps à nous arriver ? - © Unsplash

Les magasins fermés, nombreux sont ceux qui achètent et consomment désormais davantage en ligne. Ces dernières semaines, les chiffres de l’e-commerce ont ainsi fait un bond considérable. Cependant, les livraisons connaissent certaines difficultés et les colis mettent parfois des semaines à arriver à bon port, surtout lorsqu’ils viennent d’autres pays. Comment expliquer de tels délais ? Faut-il continuer à commander sur Internet ? Bernard Piette, Directeur général de Logistics in Wallonia, donne quelques éléments de réponse.

Manque de capacité

La situation exceptionnelle met actuellement une énorme pression sur les chaînes de transport. Les grands magasins rencontrent des soucis de livraison de certaines denrées alimentaires et le commerce en ligne subit des tensions importantes. La diminution de la capacité en matière de fret aérien entre les différents continents est notamment en cause. En temps normal, les soutes des avions de passagers sont remplies de marchandises supplémentaires à chaque voyage. Étant donné que ces appareils sont cloués au sol, il ne reste plus que les avions cargo pour assurer le transport, mais la capacité est trop faible pour le trafic. De plus, la plupart des produits acheminés pour l’instant sont des fournitures médicales qui ont évidemment la priorité, il y a donc moins de place pour les autres colis.

Explosion des coûts

Puisque la capacité de transport se voit diminuée, les coûts explosent pour les marchandises qui continuent à voyager. À titre d’exemple, une entreprise qui voudrait réserver l’entièreté d’un avion-cargo payerait aujourd’hui 1,4 million d’euros, au lieu de 200.000. Cela peut sembler paradoxal parce que le prix du pétrole est en train de crever le plancher, mais la perte de capacité de fret aérien annule presque totalement cet effet d’aubaine. En outre, dans le secteur du transport routier, le chauffeur représente une dépense plus importante que le carburant.

Des conséquences à long terme

Depuis le début de la crise, des études ont montré que la bonne santé des commandes en ligne dépendait du secteur : dans le domaine du textile, elles ont diminué de 5% et par conséquent, 80% de ces entreprises risquent de vivre une reprise compliquée. En parallèle, les livraisons d'appareils électroniques ont augmenté de 166% et celles des consoles de jeu de 275% lorsque les consommateurs se préparaient au confinement. Il s’agit donc de continuer à commander en ligne, mais en prenant conscience de ces réalités disparates. La crise actuelle implique des modifications de comportements de consommateurs et de nouveaux défis dans les chaînes de transport, le secteur logistique se voit ainsi dans l’obligation d’évoluer rapidement à court, moyen et long terme. À court terme, les sociétés connaîtront de grosses difficultés financières à cause de leurs marges en général relativement faibles. À plus long terme, de nouvelles chaînes logistiques pourraient être envisagées : jusqu’à présent, celles-ci étaient très interconnectées entre les différentes parties du monde, parfois trop longues et pas assez résilientes avec des problèmes de sécurité d’approvisionnement ou de qualité des produits. L’idée serait de tendre vers une forme de déglobalisation en rapatriant ces chaînes de transport dans certains pays de l’Est ou d’Afrique du Nord, plus proches de l’Europe. La pénurie de masques chirurgicaux n’en est que le plus criant des exemples : en deux semaines, la Belgique s’est rendu compte qu’elle était complètement dépendante de la Chine pour son approvisionnement en la matière. Les autorités wallonnes ont alors lancé un appel d’offres pour activer une production de masques en Wallonie. Nous pourrions donc revenir vers des ensembles plus locaux au niveau de la distribution de produits et de colis.

(Ré)écoutez la séquence "Et vous dans tout ça ?" d'Hélène Maquet

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