Matin Première

Pourquoi le monde parle-t-il anglais et non français ?

Cela s’est sans doute joué en grande partie un 13 septembre, il y a aujourd’hui 262 ans, en 1759. 

 

Une guerre modeste mais décisive

Ce jour-là a lieu une bataille entre Français et Anglais - plutôt Britanniques les Ecossais vont jouer un rôle prépondérant dans la défaite française. Les forces en présence sont modestes : 3400 soldats dans le camp français, 4400 côté britannique. On dénombre 116 morts français et 58 britanniques. On est loin de la boucherie de Waterloo ou des carnages des deux guerres mondiales. Et pourtant, cette bataille des plaines d’Abraham va avoir des répercussions considérables sur la présence du français en Amérique. 

Les Français vaincus par l'alcool ?

Le 13 septembre 1759, le général anglais James Wolfe réussit à amener ses troupes par surprise devant la ville de Québec, capitale de ce qui s’appelait alors la Nouvelle France. Le général français Louis de Montcalm décide de les attaquer. C’est un échec et dans ce court combat d’une heure et demie, les deux généraux perdent la vie. Cette défaite condamne Québec à la reddition. Vous n’en avez jamais entendu parler ? C’est normal parce que de ce côté-ci de l’Atlantique cette bataille est rarement évoquée mais les Canadiens du Québec, eux, ne l’ont pas oubliée. La légende raconte que les Français - à commencer par le général Montcalm - étaient trop saouls, sans quoi les Anglais auraient connu leur Waterloo. Rien ne semble cependant étayer cette hypothèse sur le plan historique.

Une guerre européenne qui s'exporte en Amérique

A l’époque, la défaite crée un choc à Paris et à Versailles mais les Français vont surtout mettre toute leur énergie à sauver leurs possessions dans les Antilles : la Guadeloupe et la Martinique sont des priorités pour le sucre et les épices. Personne ne devine alors l’extraordinaire destinée du continent américain où l’influence anglaise régnera désormais sans concurrence. Par la suite les colonies britanniques s’émanciperont de Londres, avec l’aide de la France, pour former les Etats-Unis mais l'anglais restera bien entendu la langue dominante. Imaginons un instant que les Anglais n’aient pas pris Québec et que la guerre entre la France et la Grande-Bretagne ait tourné à l’avantage des Français, il y a fort à parier que l’Amérique parlerait français aujourd’hui.

Il s'agit quand même d'élargir l’analyse : la prise de Québec constitue un épisode de la guerre de sept ans, de 1756 à 1762, qui oppose dans les grandes lignes l’Angleterre et son alliée la Prusse, à la France alliée à l’Autriche. Une guerre qui a lieu en Allemagne où la France concentre l’essentiel de ses armées alors que l’Angleterre n’a qu’une obsession : régner en maître sur toutes les mers du globe et prendre l’avantage sur le seul pays qui peut faire de l’ombre la France. On peut parler d’une première guerre mondiale : les combats débutent en Amérique où la France perdra l’essentiel de ses colonies mais Français et Anglais s’affrontent aussi en Inde où les combats tournent aussi à l’avantage des Anglais. Sans quoi on y parlerait sans doute français. Bref, pendant cette guerre de sept ans quelque peu effacée de notre mémoire, l’Angleterre pose les bases de son futur empire colonial et condamne la France à jouer les seconds rôles ailleurs qu’en Europe. 

On parle pourtant encore français au Quebec

La population d’origine française y était assez nombreuse pour garder ses traditions et sa langue mettant ainsi en échec les efforts d’assimilation des Britanniques. Puis au 19e siècle la France va retrouver des colonies principalement en Afrique, le continent qui compte aujourd’hui le plus de francophones

En conclusion, sans la guerre de sept ans, le français avait tout au 18e siècle pour devenir la langue mondiale : elle était d’ailleurs parlée dans toutes les cours d’Europe. C’était la langue de la diplomatie et des traités internationaux. Connaissez-vous la devise du royaume des Pays-Bas par exemple ? Je maintiendrai, en français dans le texte. Si le français partage encore aujourd’hui avec l’anglais le statut de langue de travail à l’ONU et de langue officielle du comité olympique, ce n’est pas tant parce qu’elle reste aujourd’hui une langue internationale apprise dans le monde entier. C’est surtout une trace de son prestige passé qui perdure jusqu’au début du 20e siècle. C’est seulement après la première guerre mondiale qu’il est devancé par l’anglais, en raison de l’importance croissante des Etats-Unis ainsi que du rayonnement mondial de l’Empire britannique : et quelque part, tout ça a donc débuté par cette défaite française devant les murs de Québec le 13 septembre 1759.


 

 

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