Matin Première

Pour ses 50 ans, le Parlement flamand met à l'honneur deux collaborateurs nazis dans une édition spéciale de Newsweek

Le parlement flamand fête cette année ses 50 ans, et la première initiative pour célébrer ce jubilé crée la polémique. Il s’agit d’un magazine spécial de Newsweek publié à l’occasion de cet anniversaire et certains accusent le parlement de banaliser la collaboration dans ce magazine.

130 pages sur papier glacé qui reviennent, sur le futur, le présent et le passé du parlement flamand. Il s’agit d’une association un peu particulière entre le parlement flamand et le journal newsweek.

Une pratique journalistique qui soulève des questions déontologiques

La responsabilité éditoriale de ce numéro spécial est assez floue.

Qui est responsable du contenu du magazine ? Est-ce la rédaction de newsweek, ou est-ce le parlement flamand ?

Il faut savoir que le parlement flamand a payé 90 000 euros pour acheter 20 000 exemplaires de ce numéro spécial.

Et qu’il a pu valider dans les grandes lignes les interviews et articles qui s’y trouvent. L’un d’entre eux est rédigé par la secrétaire générale du parlement.

Le service de communication du parlement se retrouve d’ailleurs mentionné dans l’ours de ce magasine, l’ours c’est cet encadré en fin de publication qui donne des informations sur les différents contributeurs du journal. Hier, c’est donc au parlement flamand que le forum "der joodse organisatie", le forum des organisations juives, a demandé de cesser immédiatement la diffusion de ce numéro parce qu’il est à leurs yeux :

 un poignard planté dans le dos des victimes de l’occupation nazie.

Qu’est-ce qui pose problème dans le contenu de ce magazine ?

La polémique est née la semaine dernière, lorsque le journaliste et historien flamand Marc Reynebeau a dénoncé la présence de 2 collaborateurs notoires dans ce qu’il décrit comme une galerie d’honneur de personnalités flamandes.

Dans les dernières pages du numéro de Newsweek il y a, en fait, 14 courts portraits de personnalités historiques flamandes qui selon le titre de ces pages : 

ont donné corps à l’émancipation de la langue et du peuple" flamand".

Parmi des personnalités comme l’écrivain Hendrik Conscience, auteur du Lion des Flandres, ou encore le prêtre Daens qui a soutenu les ouvriers du textile flamand à la fin du XIXe siècle on trouve également August Borms et Staf De Clercq. Tous deux sont militants flamants effectivement mais l’histoire retient surtout d’eux leur proximité avec le régime nazi.

August Borms et de Staf De Clercq deux militants flamingants adeptes de la rhétorique nazie

August borms sera condamné et exécuté en 1946 pour plusieurs faits de collaboration.

Staf De Clercq est lui le fondateur du Vlaams Nationaal Verbond, parti flamand qui était avec les Rexistes de Léon Degrelle, l’un des principaux relais de l’idéologie nazie au parlement belge à partir de 1936. Précisons que ce passé est brièvement mentionné dans la courte biographie des deux personnages.

Mais le forum des organisations juives interroge le Parlement flamand :

comment aurions-nous réagi en Belgique si le parlement Francais avait décrit le maréchal Pétain comme une icône du peuple français ?

Que répondent aujourd’hui le Parlement flamand et Newsweek ?

Pour le service de communication du Parlement flamand et la chef de cabinet de Liesbeth Homans, N-VA, présidente du parlement, le magazine doit être lu dans son entièreté.

Leur intention n’était pas de mettre des collaborateurs à l’honneur mais de donner un éclairage sur ce passé.

Pour le parlement flamand, isoler ces deux portraits de collaborateurs du reste du magazine, c’est oublier que ce numéro spécial revient en détail sur l’histoire du mouvement flamand y compris ses affinités avec le nazisme. T

Taire ces évènements aurait été une forme de négation d’une partie de l’histoire mouvementée du nationalisme flamand, c’est l’un des arguments avancés par la communication du parlement, comme par un des journalistes du Newsweek.

Ce numéro spécial remet-il les choses en perspectives ?

Il y a en tout cas un article de plus de 30 pages, de Bruno De Wever, qui précède cette série de portraits controversée.

Bruno De Wever est le frère de Bart De Wever, mais il est surtout, historien. C’est l’un des grands spécialistes de l’histoire du mouvement flamand.

Dans cet article, Bruno De Wever revient en détail sur la responsabilité de August Borms et de Staf De Clercq, ces deux militants flamingants qui ont embrassé et diffusé la rhétorique nazie. L’historien explique à travers ces pages comment une grande partie du mouvement flamand s’est fourvoyée dans la collaboration par opportunisme ou par conviction. Bruno De Wever estime donc également que pris dans son entièreté ce numéro ne peut pas être soupçonné de minimiser la gravité de ces faits.

Mais il ajoute que la façon dont cette galerie de portraits est annoncée, est à tout le moins maladroite. Lier ces deux collaborateurs au terme émancipation est assez malheureux selon lui.

Faute avouée à moitié pardonnée ?

Face à la controverse, ils disent admettre une erreur de formulation.

Mais cette polémique démontre qu’il n’est pas toujours aisé d’aborder sereinement cette partie de l’histoire de mouvement flamand. Elle démontre aussi que la mise en perspective de ces évènements parmi les plus noirs de notre histoire ne supporte aucune ambiguïté. La condamnation de la collaboration ne peut se faire qu’avec des termes limpides.

Toute formule ambiguë passera systématiquement au minimum pour une maladresse coupable au pire pour de la banalisation.

 

 

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