Matin Première

Politique et football : deux bulles qui vivent côte à côte ?

Après une semaine de Binge watching intensif de foot, 18 matchs de l’euro, 42 buts, en vitesse normale et au ralenti. Impossible de parler d’autre chose que de l’euro. D’autant que Euro, Europe…il y a un rapport quelque part, avec la confirmation ce mardi soir devant Hongrie Portugal (0-3) lorsque à la 86éme minute, l’arbitre a sorti un carton jaune contre Orban. Oui il y a un joueur hongrois qui s’appelle Orban comme le premier ministre qui aime tant provoquer les institutions européennes. Tout ça n’est pas innocent…D’autant que le foot européen et la construction européenne sont nées à la même époque

 

UEFA, UE : deux organisations distingues, une philosophie commune


Le traité de Rome, c'est 1957, la création de l’UEFA, 1954 et le premier championnat d’Europe, 1960. On est dix/quinze ans après la seconde guerre mondiale et derrière les deux organisations, il y a la même philosophie. Celle de faire exister l’Europe sur la scène mondiale et puis aussi de rapprocher les peuples. De ce point de vue-là, les footballeurs sont plus ambitieux que les politiques puisque l’Europe du football s’est tout de suite ouverte au Royaume-Uni et à l’Europe de l’est. et puis aujourd’hui elle s’étend du Kazakhstan au Portugal en passant par la Turquie. La Turquie qui on le rappelle au passage toque en vain à la porte de l’Union européenne depuis 34 ans.


Parce que le sport ce n’est pas de la politique


Même s’il y a parfois mélange de genre. Quand on voit le Puskas Arena, le stade de Budapest noir de monde lors des matchs de cet Euro, alors que par précaution sanitaire, les 10 autres enceintes à travers l’Europe ont préféré limiter le nombre de spectateurs, on se dit qu’on n’est pas loin du message politique…
Mais c’est vrai, le sport et la construction européenne sont deux bulles qui vivent cote à cote sans vraiment se mélanger. D’ailleurs pendant longtemps, l’Union européenne n’avait rien à dire sur le sport, ce n’était pas de sa compétence. Et aujourd’hui, il y a bien une commissaire européenne au sport mais son action est très limitée et d’ailleurs personne ne la connait.


Union européenne et UEFA sont deux mondes étanches ?

 

Pas complètement étanches. Parce qu’il arrive parfois que l’Europe s’immisce dans les affaires du football, mais par la bande. Quand il s’agit par exemple de défendre la liberté de circulation des européens. C’est le fameux cas Bosman. Du nom de ce footballeur Belge, Jean Marc Bosman. Son club refusait de le laisser partir pour rejoindre le club de Dunkerque. En 1995, la justice européenne lui a donné raison, reconnaissant ainsi le droit aux sportifs, comme n’importe quel autre citoyen européen de travailler sans entrave dans toute l’Union européenne. Ca a été une vraie révolution dans le monde du football. Avec des excès à la clé. Certains championnats comme la Premier League ne comptent aujourd’hui que 30% de joueurs nationaux (en l’occurrence des britanniques) contre 70% il y a 30 ans. Et ça c’est un peu la faute à l’Europe.


Mais au-delà  des excès, foot et union européenne ont tout de même permis de bâtir les fondements d’une Europe qui rapproche les peuples


Et il y a encore du boulot. Ces fondements sont encore fragiles. On le voit dans les urnes avec les différentes poussées de fièvres nationalistes à travers l’Europe. Et dans les journaux aussi quand au lendemain de la victoire 1-0 de la France sur l’Allemagne, le quotidien l’Equipe titre Comme en 18… ce n’est pas ce qu’on peut appeler l’esprit européen.

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