Matin Première

"Où est l'essence de notre humanité ?" : Ursula von der Leyen a clairement visé le carnaval d'Alost dans son discours

"Quand je regarde autour de moi, on peut se demander où est l’essence de notre humanité ?", cette petite phrase prononcée par la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, dans le discours de l’état de l’Union Européenne n’est pas passée inaperçue. Plus particulièrement pour le bourgmestre d’Alost, Christoph D’Haese, clairement visé pour les caricatures juives du carnaval d’Alost. Ces quelques mots lui restent clairement en travers de la gorge. Analyse de Baptiste Hupin dans l’œil de Matin Première.

Une phrase dans ce long discours, une phrase dans le chapitre consacré à la lutte contre les discriminations et le racisme en Europe.

" Lorsque nous regardons autour de nous, nous nous demandons où est l’essence de l’humanité quand trois enfants du Wisconsin voient leur père être la cible des balles la police […]. Nous nous demandons où est l’essence de l’humanité lorsque des citoyens vêtus de costumes antisémites défilent ouvertement à l’occasion du carnaval ? Où est l’essence de l’humanité lorsque, tous les jours, des Roms sont exclus de la société et que d’autres personnes sont repoussées simplement à cause de leur couleur de peau ou de leurs croyances religieuses ? " et dans cette tirade Ursula Von der Leyen prononce ces mots aujourd’hui largement commentés dans les journaux flamands car son allusion aux caricatures juives très contestées du Carnaval d’Alost est très claire.

 

 

Une allusion très claire

A ce point qu’elle a fait réagir le bourgmestre d’Alost. C’est donc qu’il se sent concerné. Cela fait désordre évidemment quand dans un chapitre sur les valeurs de la diversité européenne, on voit sa ville épinglée parmi trois exemples de discriminations choisis par la présidente européenne au milieu d’un discours scruté par les journalistes de tous les médias de référence en Europe.

A ce point qu’elle a fait réagir le bourgmestre d’Alost. C’est donc qu’il se sent concerné. Cela fait désordre évidemment quand dans un chapitre sur les valeurs de la diversité européenne, on voit sa ville épinglée parmi trois exemples de discriminations choisis par la présidente européenne au milieu d’un discours scruté par les journalistes de tous les médias de référence en Europe.

Une remarque jugée injuste par le bourgmestre d’Alost

Le Bourgmestre nationaliste d’Alost Christoph D’Haese a rarement fait profil bas dans l’affaire du carnaval d’Alost. L’année dernière, lorsque l’Unesco examinait la possibilité de retirer le carnaval de la liste du patrimoine immatériel de l’humanité, plutôt que d’attendre la décision de l’Unesco, Christoph d’Haese avait préféré retirer lui-même le carnaval de sa ville de cette liste honorifique. Ici aussi, la réaction est dans le registre de la réplique plutôt que des regrets.

Il juge cette remarque injuste et inutilement sévère.

Christoph D’Haese continue à défendre son carnaval, malgré la désapprobation internationale


Pour Christoph d’Haese, il faut remettre cela dans le contexte irrévérencieux du carnaval. Il faut venir d’Alost pour comprendre le carnaval d’Alost. Selon lui, il le répète depuis 2018, ces caricatures ne sont pas mal intentionnées. Une défense à laquelle il ajoute désormais, il faut qu’Ursula Von Der Leyen descende de sa tour d’Ivoire. Christoph D’Haese joue le couplet de l’Europe bureaucratique étrangère à sa population. Une Europe déconnectée face à ce qu’il juge être une tradition populaire sans mauvaise intention.


Plus d’autocensure lors la prochaine édition du carnaval ?


Ce n’est pas le bourgmestre d’Alost qui détermine seul le programme et les costumes des groupes qui défilent lors du carnaval. Mais il a tout de même le pouvoir de guider les carnavalistes, de les inciter par l’exemple à ne pas jouer la provocation.

Et c’est tout de même ce que l’on sent aussi dans la réaction recueillie hier par la presse écrite flamande.

Je suis contre la censure, mais je pars du principe que les groupes pratiqueront une forme d’autocensure à l’avenir.

Dit Christoph D’Haese.

Il s’agit là d’une légère courbe rentrante. Le Morgen en conclut par exemple que le bourgmestre préférerait que le carnaval ne soit plus uniquement pointé pour ces caricatures antisémites. Une façon d’inciter sans doute les carnavalistes à plus de prudence à l’avenir.

Seule l’édition de 2021 nous permettra de dire si cette invitation à la prudence qui arrive après de nombreuses critiques internationales aura été entendue…