Matin Première

Manifestation du Vlaams Belang à Bruxelles : le fruit d'une stratégie de communication payante

5000 voitures aux portes de Bruxelles, des milliers de drapeaux flamingants… Des manifestants ont répondu à l’appel du Vlaams Belang. L’extrême droite flamande a frappé un grand coup hier pour dénoncer un gouvernement fédéral avant même qu’il ne soit formé. Quelle opposition va mener l’extrême droite si la Vivaldi voit le jour ? Analyse par Baptiste Hupin.

 

Une stratégie de communication payante pour le Vlaams Belang

La manifestation d’hier dit énormément de choses sur la façon dont le Vlaams Belang entend déstabiliser le gouvernement fédéral, mais elle dit aussi beaucoup de choses sur le parti lui-même, sur la stratégie qu’il mène depuis 2018.

Cette stratégie de communication, elle s’est avérée payante aux dernières élections fédérales. Ce qu’on a vu hier aux portes de Bruxelles, cette masse de drapeaux flamingants sur le parking C du Heysel, c’est après les élections, la deuxième grande mise en application sur le terrain, d’une stratégie qui s’est bâtie pas à pas sur les réseaux sociaux.

 

Le fruit d’une campagne de communication menée sur les réseaux sociaux

 

Depuis les élections, le Vlaams Belang investit massivement sur les réseaux sociaux, via des publications sponsorisées sur Facebook, essentiellement.

En d’autres termes, l’extrême droite flamande, paye Facebook pour qu’une cible qu’elle détermine voit apparaître ses messages sur son écran.

Pour cette manifestation, le Vlaams Belang a dépensé entre 41.500 et 50.000 euros d’argent public en dix jours pour pousser ses sympathisants à venir en cortège de voitures jusqu’à Bruxelles.

Le Vlaams Belang s’est en réalité construit une communauté de followers gigantesque sur Facebook, près de 600.000 followers désormais et ça continue à grimper.

Une communauté que le parti active à certains moments clés. Cela a été le cas dans la perspective des élections, le parti a demandé à cette communauté de faire campagne. C’est à nouveau le cas aujourd’hui avec la formation de ce gouvernement. Et au vu de la mobilisation d’hier, cette capacité à mobiliser des internautes en dehors de la toile s’avère assez redoutable. Elle montre aussi que pour toute une série de citoyens, afficher ses convictions d’extrême droite séparatiste n’est plus un tabou.

Les objectifs du Vlaams Belang : déstabiliser la future majorité et galvaniser ses sympathisants

Les images d’hier seront encore diffusées et repartagées sur les réseaux sociaux pendant des mois. Cette manifestation elle a été conçue pour être filmée et partagée. Elle attise les militants d’extrême droite autant qu’elle effraie ou révulse ses adversaires.

Le Vlaams Belang crée cette polarisation dont raffolent les algorithmes des réseaux sociaux.

Ces flamingants, qui agitent leur lion noir et jaune sur la berme du ring C’était une mise en scène qui a déjà fait ses preuves. Officiellement le recours à cette manifestation en voiture était une façon de respecter les règles sanitaires. Mais la ressemblance du cortège d’hier, avec les caravanes pro-trump qui descendent sur les villes de provinces américaines est assez frappante. Le Vlaams Belang fait ici appel à une iconographie très présente dans l’Amérique de Trump, dont les campagnes servent d’inspiration au Vlaams Belang, qui ne s’en cache d’ailleurs pas.

 

Le Vlaams Belang dicte son agenda à la N-VA

 

C’est l’autre grand danger de cette manifestation. Avec cette action, l’extrême droite prend symboliquement le leadership de l’opposition flamande. Hier, la N-VA était invitée à réagir sur les plateaux flamands à cette action. Bart De Wever était interrogé par la VRT à ce sujet. Et il n’a pas condamné cette manifestation. Il a déclaré que c’était une action intelligente. Théo Francken qui avait été invité par Tom Van Grieken, le président du Vlaams Belang à participer à cette manifestation a bien été forcé de répondre à cette invitation. Théo Francken, l’a remercié poliment sur Facebook, sans y aller, mais sans condamner le mouvement. Bref, c’est le Vlaams belang qui dicte son agenda au premier parti de Flandre.

Bart De Wever l’admet, il doit défendre le flanc droit de son parti et il a deux grandes voies pour cela :

  • Soit il se différencie du Vlaams Belang en menant une opposition parlementaire traditionnelle, sur le fond, charpentée, argumentée.
  • Soit, il court après l’extrême droit, dans une forme de surenchère…

La séance plénière d’installation du gouvernement qui doit normalement avoir lieu le premier octobre sera à ce titre riche en enseignements.

 

 

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