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"Lockdown partouze": les dérives autoritaires de la Hongrie affichées au grand jour

Photo by Monique Carrati on Unsplash
Photo by Monique Carrati on Unsplash - © ktsimage - Getty Images/iStockphoto

Cette semaine a été pimentée par l'histoire d'un député européen hongrois interpellé à moitié nu par la police lors d'une soirée gay. L'homme en question, Jozef Szajer, est maintenant connu - bien malgré lui - dans toute l'Europe pour ses aventures rocambolesques. Grâce à lui, jamais les Européens n’auront autant entendu parler de la Hongrie et de ses dérives autoritaires.

Une célébrité pas vraiment recherchée

Et c’est précisément ce qui rend l’affaire croustillante, au-delà des frasques sexuelles qui ne regardent que lui. Car ce député européen était un homme fort du Fidesz, le parti qu’il a créé au côté du premier ministre Viktor Orban. Josef Szajer, c’est même l’architecte de la nouvelle constitution hongroise dans laquelle il a fait écrire noir sur blanc que pour un mariage il faut un homme et une femme. Basta. Pas question de mariage homosexuel. Et si ce n’est pas assez clair, le Fidesz propose maintenant d’inscrire dans le marbre de la constitution que dans un couple, le père doit être un homme et la mère une femme. Une élégante façon d’empêcher les couples homosexuels d’avoir des enfants.

Cette affaire de lockdown partouze aura eu le mérite de rappeler à tous que la Hongrie stigmatise et discrimine des citoyens européens sur base de leur orientation sexuelle. Et que tout ça se passe dans l’Union européenne. A moins de deux heures d’avion de Bruxelles.

 

Est-ce que cette surexposition médiatique soudaine pourrait changer la situation dans le pays ?

C’est toute la crainte du pouvoir en place. Très vite, toutes les précautions ont été prises pour circonscrire ce début d’incendie. Szajer a discrètement démissionné de son mandat de député européen. Quelques jours avant que ses incartades ne soient révélées par la presse. Il a aussi quitté le Fidesz. Quant à Viktor Orban, il a mis son amitié de 30 ans avec Szajer au placard pour expliquer que ses actes étaient inacceptables et indéfendables.

Quant aux médias hongrois, ils n’ont pratiquement pas évoqué l’affaire. Là aussi, disons merci à Jozef Szajer. Sa petite affaire aura permis de mettre un coup de projecteur sur un autre travers du régime : le contrôle de l’information. Du jamais vu dans l’Union européenne - c’est Reporters sans frontière qui le dit. De fait, c’est une toute autre histoire qui a été racontée aux Hongrois. Celle d’un homme qui s’excuse auprès de sa famille et de ses électeurs pour avoir enfreint les règles du confinement. Rien sur les circonstances de son interpellation. Pas de "bounga bounga party" dans les journaux hongrois.

Enfin, dernier contre-feu : la désinformation. Le pouvoir en place réécrit l’histoire. Toute cette affaire n’est qu’une conspiration. Une opération des services secrets qui cherchent à nuire à Viktor Orban dans le bras de fer qui l’oppose aux Européens sur la question de l’état de droit.

 

 

De la lockdown partouze à la crise diplomatique, c’est le grand écart

Plus c’est gros, plus ça passe. C’est la maxime de tous les apprentis dictateurs. Cela fait des années que sous prétexte de défendre la souveraineté européenne et les valeurs chrétiennes de l’Europe, la Hongrie de Viktor Orban s’attaque aux homosexuels, à la liberté de la presse ou à l’indépendance de la justice. Et cela fait des années que les autres Européens laissent faire par calcul politique ou manque de courage.

Et oui, au bal des hypocrites, les Hongrois n’ont jamais eu trop de difficultés à trouver des partenaires.

 

Réécoutez la chronique d'Olivier Hanrion dans Matin Première !

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