Matin Première

Les gilets jaunes : un an après

La convergence des luttes...Le mot qui fait peut-être faire quelques cauchemars au président de la république française… Pierre Marlet fait le point sur les gilets jaunes, un an après.

Emmanuel Macron est à mi-mandat et il est confronté à un douloureux anniversaire, ce week-end : celui de l'acte 1 des gilets jaunes alors que s'annonce une nouvelle contestation sociale .


Et oui les automnes se suivent et se ressemblent pour le président de la République. Hier le personnel hospitalier a exprimé son ras-le-bol face aux contraintes budgétaires. Prudent, Emmanuel Macron a immédiatement dit avoir entendu la colère et l'indignation face à leurs conditions de travail et annonce des mesures fortes dès la semaine prochaine. Visiblement, il a  retenu la leçon de l'an dernier, cette mobilisation inédite des gilets jaunes qui l'avait complètement surpris par son ampleur et par sa violence. L'acte 1 des gilets jaunes c'était il y a un an le 17 novembre 2018. Et dès  le départ la colère et la radicalité des manifestants était  explicite...
 

La violence sidérante sur les champs elysées et à l'arc du triomphe

Un véritable saccage qui restera dans l'histoire parce qu'il a pris les forces de l'ordre complètement au dépourvu face à la rage de certains manifestants. Alors c'est vrai, le blocage des ronds-points se faisait souvent dans une atmosphère somme toute assez conviviale. Mais la popularité du mouvement puise bel et bien ses racines dans un ras-le-bol radical qui se greffe sur un sentiment d'injustice.

Trop de taxes, trop d'impôts, trop d'écarts de richesses. En n'oubliant pas ce terrible paradoxe : à l'heure où l'importance de la lutte contre le réchauffement climatique gagne la société, c'est une taxe sur les carburants qui a mis le feu au poudre. On le sait, pour calmer tout cela , Emmanuel Macron a dû y renoncer et n'a pas arrangé ses problèmes budgétaires en  augmentant le SMic de 100 euros.

Les gilets jaunes pourraient-ils à nouveau perturber la France et son président ?

Il est probable qu'une partie d'entre eux profitera de cet anniversaire pour se manifester mais on imagine mal qu'un mouvement d'une telle ampleur renaisse de ses cendres.

Non le vrai danger pour Macron est ailleurs : le 5 décembre, les syndicats appellent à une grande manifestation contre la réforme des retraites.

La plate-forme des gilets jaunes a d'ailleurs annoncé qu'elle se ralliait à ce mouvement. Cela alors que  le personnel hospitalier est en colère face au sous-financement du secteur de la santé et aux conditions de travail de plus en plus difficiles : vous l'avez compris, le président court le risque que les différentes colères ne s'agrègent, la fameuse convergence des luttes, le risque n'est pas mince  dans un pays comme la France qui a la revendication chevillée au corps. D'ailleurs la contestation est  parfois le thème de chansons à succès ...

A mi-mandat que va faire Emmanuel Macron face aux revendications sociales ?

Et bien ce n'est pas évident parce que le président est face à deux écueils : d'un côté verser dans  l'immobilisme par peur de mécontenter ou bien au contraire avancer dans les réformes et devenir la cible de tous les mécontents.

L'immobilisme, ce serait mortel pour lui : pour être élu, le président a créé "en marche", une idée de mouvement qui s'accorde mal à l'idée du surplace. Il s'est engagé  à transformer la France, à l'adapter à la modernité tout en protégeant les plus faibles. Renoncer à la réforme des retraites ou en faire une coquille vide serait un terrible désaveu qui le fragiliserait pour la présidentielle de 2022.

Et en même temps, pour paraphraser Macron, il sait depuis la crise des gilets jaunes qu'on ne peut pas réformer la France contre les Français. Une convergence des luttes qui exploserait en colère sociale le fragiliserait tout autant.

Un sacré dilemme...

On sent quelques hésitations à l'Elysée sur la position à adopter. Une chose est sûre : Emmanuel Macron que certains voyaient déjà fichu  est parvenu à se sortir de la crise des gilets jaunes, notamment grâce à son idée du grand débat.

Il a du sens politique et il sait que le défi qui s'annonce pour lui est crucial pour 2022 : car à mi-mandat, se profile déjà la prochaine présidentielle ; à ce stade sa principale adversaire a pour nom Marine Le Pen et Emmanuel Macron sait qu'un peuple en colère serait pour elle le meilleur allié...

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