Matin Première

Les élections aux États-Unis ça fonctionne comment ?

C’est l’événement mondial de la semaine : l’élection présidentielle américaine. Mais pour bien comprendre cette élection, il faut revenir à l’essentiel, quelque chose dont on parle souvent sans toujours bien le comprendre : le mode de scrutin aux Etats-Unis, qui est décidément très particulier.

 

Il y a 4 ans, le 8 novembre 2016 : Donald Trump crée la stupeur en devenant le 44e président des Etats-Unis. Il obtient 304 grands électeurs contre 227 à Hillary Clinton. Dit comme ça la victoire paraît sans appel. Et pourtant, en nombre de voix sur l’ensemble des Etats-Unis, c’est très différent : 65 millions 853 mille voix à Hillary Clinton : 62 millions 984 mille voix à Donald Trump. Autrement dit, Clinton avait 2 millions 869.000 voix de plus que Trump. Autrement dit si le scrutin présidentiel américain fonctionnait comme le scrutin présidentiel français, c’est Hillary Clinton qui l’aurait été emporté.

 

Les grands électeurs

 

L’existence de ces grands électeurs est assez perturbante dans une démocratie moderne car en fait, contrairement à la présidentielle française, la présidentielle américaine est une élection à suffrage indirect.

Ce mardi, les Américains ne votent pas pour Trump ou Biden, ils votent pour quelqu’un qui s’est engagé à soutenir l’un ou l’autre. Ce qui signifie que c’est une question de loyauté : si jamais une fois élu ces grands électeurs changeaient d’avis, ils seraient déloyaux.

En théorie c’est possible et c’est d’ailleurs déjà arrivé mais pour cela il faut remonter au 19e siècle. Aujourd’hui c’est impensable. N’empêche : l’existence de ces grands électeurs rend les choses plus complexes, mais personne n’a jamais ou voulu modifier ce mode de scrutin qui remonte à la naissance des Etats-Unis, au moment où différents Etats ont choisi de s’associer tout en conservant leur spécificité.

 

Ce ne sont donc pas les grands électeurs qui expliquent comment on peut perdre une élection en ayant le plus grand nombre de voix.

 

The winner takes all

 

Le gagnant prend tout et le perdant n’a que ses larmes pour pleurer : dans la présidentielle américaine celui qui gagne dans un Etat, même si c’est à 50,1% contre 49,9 remporte tous les sièges de l’Etat en question.

C’est le principe du scrutin majoritaire qui existe aussi par exemple dans les législatives au Royaume-Uni. Et donc tous ceux qui ont voté pour le perdant ne désignent aucun grand électeur.

 

Tous les Etats ne se valent pas

 

Tous les Etats ne pèsent pas de la même façon.

Exemple : d’un côté la Californie, 55 grands électeurs, de l’autre le Wyoming, 3 grands électeurs.

Vous vous dites au départ, pauvre Wyoming il ne pèse pas lourd face aux Californiens. Et bien en réalité c’est l’inverse.

Démonstration : la Californie c’est plus de 39 millions d’habitants et avec 55 grands électeurs cela fait un grand électeur pour 718.000 Californiens.

Le Wyoming est peuplé de seulement 570 000 personnes. Avec 3 grands électeurs, cela fait donc un grand électeur pour 190 000 habitants.

Pour le dire autrement, un électeur américain du Wyoming pèse donc à la présidentielle américaine 3,77 fois plus qu’un électeur californien et cela parce que la répartition des grands électeurs se fait en faveur des Etats les moins peuplés.

La combinaison de ces 2 principes, " the winner takes it all " et une représentation différente par Etat expliquent pourquoi on peut avoir plus de voix sur l’ensemble des Etats-Unis et perdre l’élection.

 

Les swing states

 

Les swing states ce sont ces Etats qui balancent d’une élection à l’autre au gré des élections présidentielles, comme la Floride, c’est là s’est jouée la présidentielle de 2000. Le scrutin est hyper serré et ce sont les 29 grands électeurs de Floride qui vont faire pencher la balance. Or, George W. Bush remporte la Floride contre Al Gore pour 1784 voix, soit moins de 0,5% des votants.

Après un recomptage, l’écart se réduit à 327 voix. On frôla la crise constitutionnelle mais le candidat démocrate Al Gore choisit de ne pas en rajouter et reconnaît sa défaite. Il n’est pas sûr qu’aujourd’hui dans une telle situation Donald Trump en fasse autant…

Rappelons qu’il y a 4 ans Donald Trump a remporté la présidentielle parce qu’il a gagné non seulement en Floride qui oscille fréquemment d’un camp dans l’autre mais aussi dans des Etats qui votaient démocrates depuis 25 ans comme le Michigan, le Wisconsin ou la Pennsylvanie.

Autant dire que ces Etats-là seront très surveillés ainsi que d’autres Etats traditionnellement républicains comme le Texas ou la Géorgie que Joe Biden rêve d’emporter…

 

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