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"Le virus du sida aurait été créé pour améliorer la société en décimant des populations avec lesquelles on n'est pas toujours très d’accord"

Sida : 4 lettres pour désigner le syndrome d’immunodéficience acquise. C’est au début des années 80 qu’on découvre cette nouvelle maladie et que l’on identifie le virus du HIV. Sa diffusion rapide et ses ravages, l’angoisse qu’elle provoque et les difficultés des scientifiques à en élucider les origines nourrirent alors une prolifération de rumeurs et de contre-discours. Les théories du complot les plus virulentes voudraient que le virus ait été créé par l’homme en laboratoire Certains ont même été jusqu’à soutenir qu’il avait été élaboré à des fins eugénistes et génocidaires pour viser certaines populations

 

La théorie des 4H

Thierry Martin est le directeur de la plateforme prévention Sida, il explique que dès le départ des éléments factuels sont repris par les théories du complot. Selon ces théories, le virus viserait aussi volontairement des populations déjà discriminées :

"Dès le départ on a parlé de la théorie des 4H, les populations les plus touchées dans les années 80, les homosexuels, les héroïnomanes, les Haïtiens, et les hémophiles, parce qu’effectivement le public homosexuel était souvent considéré comme un public hors normes, contre nature, et que derrière cela il y avait une volonté justice divine, pour éradiquer un public avec lequel la société avait du mal à l’époque.

A côté de cela il y avait aussi le VIH raciste, puisque quand on regarde les personnes qui ont été fortement touchées par le VIH il y avait les populations africaines, et là certains scientifiques ont repris cette thèse en disant que ce virus avait créé pour limiter la progression la population subsaharienne et parfois en reprenant des éléments scientifiquement prouvés. Quand Bill Clinton a été élu président il a aussi confié que la syphilis avait été inoculée volontairement à une population afro-descendante, ça a donné de l’eau au moulin à ceux qui croyaient en cette thèse de virus raciste et homophobe"

Le coronavirus réveille des théories déjà connues

Un virus raciste, homophobe. A cela s’ajoutent aussi les thèses négationnistes… Ceux qui ne croient pas en son existence ou encore celle de l’inoculation d’un vaccin contre la polio infecté. Vaccin administré à large échelle depuis les années 50 au Rwanda, au Burundi et au Congo qui aurait été fabriqué à partir de tissus rénaux prélevés sur des primates contaminés. 40 ans plus tard, le virus est mieux connu et un large consensus scientifique s’accorde à dire qu’il existe depuis beaucoup plus longtemps.

Le HIV aurait été transmis à l’homme par les grands singes d’Afrique centrale et chassés pour leur viande.

La colonisation, le développement des échanges en Afrique, puis la mondialisation auraient permis de transformer un virus de brousse en une épidémie mondiale. Ne tombons pas dans les raccourcis faciles, mais les questions qui se sont posées dans la seconde moitié des années 80 sur le sida font écho à la période de confusion que nous vivons liée au coronavirus.

Ce qui ravive certaines rumeurs :

"C’est clair que depuis un an avec l’apparition du covid, on voit une résurgence de ces théories du complot, et notamment avec l’apparition du vaccin. Beaucoup de gens questionnent la rapidité de fabrication pour le coronavirus et le fait qu’on n’ait toujours rien pour prévenir l’apparition du sida, on donne de l’eau au moulin. Ce serait une histoire de complot d’argent, pour améliorer qualitativement la société en décimant des populations avec lesquelles on n'est pas toujours très d’accord, c’est un virus qui touche à la sexualité et que la sexualité est problématique dans certaines civilisations, donc oui, on a vu entre 2000 et 2015 une diminution de ces théories qui désormais réapparaissent sur les réseaux sociaux."

 

La désinformation très contagieuse et très nuisible pour la santé

Aujourd’hui la maladie est maîtrisée, mais on ne guérit toujours pas du sida. On estime que 76 millions de personnes ont contracté ce virus dans le monde, plus de 30 millions en seraient morts.

Alors Thierry Martin le rappelle le plus important c’est de se préoccuper des populations les plus vulnérables et de continuer la prévention.

"Nous, ce qui nous importe, c’est que les taux de contamination du VIH diminuent drastiquement et on sait comment faire comme diminuer ces chiffres, puisqu’on sait qui sont les principaux concernés et donc on vise ces populations, avec des campagnes adaptées, et malgré ça il reste nos publics cibles."

Dans le domaine de la santé, la désinformation nuit gravement à la prévention de la maladie et les théories ou rumeurs sont d’autant plus difficiles à démentir que le savoir scientifique est complexe et en évolution constante, leurs succès tiennent aussi à la manière dont ils entrent en résonance avec des drames historiques ou des traumatismes collectifs.

 

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