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Le stress post-traumatique : " J’avais un film qui restait fixé devant mes yeux en permanence"

On a souvent tendance à dire aux personnes qui souffrent d’une maladie mentale " Secoue-toi, c’est dans ta tête ! ". Or, les maladies mentales, moins visibles sans doute, ont un impact énorme sur la vie de ceux et celles qui en souffrent et sur leur entourage. Marie Vancutsem est allée à la rencontre de personnes touchées par une maladie mentale, et de leur psychologue ou psychiatre. Dans ce dernier épisode de la série, focus sur le stress post-traumatique. C’est probablement la seule "maladie mentale" dont on peut vraiment guérir.


Pour cet épisode, Patricia, 57 ans, maman de 3 enfants et grand-mère comblée, a accepté de livrer son témoignage. Aujourd’hui elle va bien, mais cela n’a pas toujours été le cas. Elle a souffert de stress post-traumatique. Un jour, des images lui sont revenues, principalement des images de son enfance difficile.

" Les toutes premières images qui me sont revenues datent de quand j’avais 3 ans. Il y avait aussi des images de ma vie couple, où j’ai subi de la violence"

Une enfance maltraitée, un couple dans lequel les mêmes mécanismes se sont reproduits… Tout cela, Patricia l’a oublié et occulté pendant des années. Jusqu’à ce qu’elle commence à développer des ennuis de santé, comme des problèmes respiratoires.  Puis, elle a commencé à avoir des flashes. 

"C’est comme si j’avais une image qui se mettait devant mes yeux en permanence. Tout en voyant ce qui se passait autour de moi, j’avais un film qui restait fixé devant les yeux tout le temps. La nuit, je faisais des insomnies ou des cauchemars parce que ces images étaient là constamment."

Qu’est-ce que le stress post-traumatique ?

"Le trauma c’est quelque chose auquel on ne s’attend pas", explique Carine Smit. Elle est psychologue et coordonne l’hôpital de jour de la Clinique de la Forêt de Soignes. Elle a suivi Patricia durant toute sa thérapie. 

"Soit on est en danger, soit on voit quelqu’un qui est en danger, et puis il peut y avoir un black-out. Il y a des gens qui peuvent vivre très bien avec ça, surtout quand ça se passe pendant l'enfance ou le début de la vie adulte. Et puis à un moment dans leur vie, il y a quelque chose qui craque suite à un contact avec ce qu'on appelle des déclencheurs : ça peut être une musique, un son, une odeur, une image. Tout d’un coup des images reviennent et là, la personne est confrontée à des événements qu’elle a vécus mais dont elle ne se souvenait plus. C’est très très pénible, notamment dans des situations d’abus ou autres."

Il y a de multiples façons pour le cerveau de gérer un évènement traumatique. Occulter le souvenir, c’en est une et ça s’appelle l’amnésie traumatique. Ces images qui ressurgissent sont alors particulièrement difficiles à vivre, car comme Carine Smit l'explique, il s’agit d’images "non-digérées" par le cerveau.

" En fait, à partir du moment où le déclencheur a eu lieu, le cerveau est persuadé qu’on est toujours à cette époque-là. En général l’être humain a l’habitude de digérer les événements de sa vie, même des choses difficiles, mais dans les cas de traumas, ces images ne sont pas digérées, "processées". Résultat, quand les images arrivent, le cerveau est persuadé qu’on est toujours à ce moment-là ; au moment du trauma. C’est seulement avec le travail thérapeutique que le cerveau peut digérer ces informations et regarder les images avec le regard d’un adulte et ne plus être "touché"."

La différence entre le trauma simple et le trauma complexe

Pour Carine Smit, il faut distinguer le trauma simple du trauma complexe, l’un étant plus facilement surmontable, l’autre exigeant un travail thérapeutique souvent long et difficile.

" Quand il se passe quelque chose comme un accident de voiture ou une catastrophe naturelle chez quelqu’un qui n’a pas eu de grosses difficultés dans la vie, la personne peut être très très mal mais il peut suffire d’une ou deux séances d’hypnose pour que ce soit terminé, c'est le trauma simple. Ici à l’hôpital, on reçoit des personnes qui ont subi des traumas dans l’enfance, ce sont des traumas longs, répétés, et donc la personne s’est construite autour de ce trauma. C’est ce qu’on appelle le trauma complexe."

Pour Patricia, on parle évidemment de trauma complexe, un trauma qui l’a façonnée jusque dans son identité et son estime d’elle-même.

Comment soigner un stress post-traumatique ?

Sur le plan physique, Patricia a été prise en charge pendant plus d’un an. Ses soucis de santé étaient en fait liés à son état psychologique. La thérapie, elle, a duré des années.

"Les images sont encore là, mais avec le travail les images se sont adoucies et font partie de ma vie. Elles ne sont plus du tout traumatiques et ne m’empêchent pas de vivre. C’est comme si je regardais un épisode télévisé, et puis voilà l’émission est terminée, l’image s’en va et puis c’est tout, ça ne me fait plus d’émotions. Je ne peux pas dire que j'aie mis ces images à distance, c'est simplement qu'elles font partie de ma vie. Elles sont là mais sans m’agresser. C’est le livre de ma vie."

Pour parvenir à cet apaisement, Patricia est passée par l’hospitalisation, les médicaments, l’hôpital de jour et la thérapie. Un travail éprouvant.

"Régulièrement après une séance, je devais rester dans ma voiture, j’étais incapable de conduire. Ce qui était difficile c’était de se dire "demain j’y retourne" en sachant que ça allait d’une part être très très compliqué mais en même temps que ça allait me faire du bien. C’est quasiment un travail à temps plein! Il y a les séances, mais il y a aussi un travail chez soi, car une fois que vous avez réveillé votre cerveau, il fonctionne tout le temps."

Ce travail peut prendre quelques semaines ou des années, cela dépend du type de stress post-traumatique.

Se reconstruire petit à petit

Aujourd’hui Patricia est à la pension, et profite au mieux de ce temps dont elle dispose. Grand-mère très disponible, bénévole pour accompagner les personnes en fin de vie, elle mène une vie qu’elle qualifie de paisible, tournée vers les autres. Grâce au travail qu’elle a mené, elle a pu reprendre confiance en elle.

" J’ai pu me dire que je n’étais pas la personne que les gens malfaisants disaient que j’étais, que j’étais quelqu’un de bien et qu'avec mon vécu, je pouvais aussi construire quelque chose d’agréable."

Patricia est un modèle de résilience. Plus forte, plus complète qu’avant, elle est aujourd’hui heureuse, et debout.

"Ça fait très très peur un travail comme ça parce que vraiment vous vous sentez descendre au fond du trou, mais il y a toujours un moment où on trouve l’échelle pour remonter. Il faut ne pas se juger soi-même et vraiment prendre le temps de se soigner, tant pis pour ce que les autres disent. Et il faut pouvoir accepter l'aide que les soignants nous offrent, car c’est vraiment indispensable."

Réécouter cet épisode de "C’est dans la tête"

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