Matin Première

Le "sisu" : un état d’esprit propre aux Finlandais bien utile par temps de pandémie

Il est rare qu’un événement militaire soit à l’origine d’une attitude qui soit devenue un symbole national : c’est ce qui s’est passé il y a tout juste 81 ans en Finlande. Cette attitude en question elle se définit comme le sisu, un état d’esprit qui reflète de l’abnégation, du courage et de la ténacité. Retour sur les origines d’un état d’esprit face à l’adversité dont l’histoire remonte à la guerre et qui par temps de pandémie prend tout son sens.

Sans la résistance finlandaise, l’histoire du monde aurait peut-être été bouleversée

Dis comme ça, c’est sans doute un peu mystérieux… Alors partons donc de ce qui s’est passé le 30 novembre il y a 81 ans c’est-à-dire le 30 novembre…

Ce jour-là la Finlande est attaquée non pas par l’Allemagne nazie mais par la Russie soviétique. En fait, Hitler et Staline se sont réparti leurs zones d’influence et la Finlande c’est pour les Russes et ce pour 2 raisons :

  • D’abord, St Petersbourg qui s’appelle alors Leningrad n’est à l’époque qu’à 30 kilomètres de la frontière finlandaise, c’est-à-dire à portée de canon ;
  • Ensuite et bien Staline estime qu’après tout, il reprend son dû puisqu’à l’époque des tsars, la Finlande était russe.

Seulement voilà, ce 30 novembre 1939, l’armée rouge ne sait pas qu’elle va tomber sur un os : pendant tout l’hiver, et celui-là fut glacial, les Finlandais vont tenir tête aux Soviétiques : à 1 contre 4, avec peu d’armes lourdes, il faudra 3 mois aux Russes pour les faire plier.

Une résistance opiniâtre qui aura d’importantes conséquences : Hitler en conclura que l’armée rouge n’est décidément pas à la hauteur, ce qui le poussera à l’attaquer et à s’y casser les dents. Sans la résistance finlandaise, l’histoire du monde aurait peut-être été bouleversée.

En quoi donc cette guerre russo-finlandaise a-t-elle créé un mythe national finlandais ?

Et bien cette attitude incroyable, ça s’appelle en finnois le " sisu ". Un mot compliqué à traduire en français, peut-être parce que nous avons peu l’occasion de pratiquer cela dans nos contrées.

Sylvain Tesson, écrivain a parcouru le monde à pied, à vélo et qui l’an dernier il a reçu le Renaudot pour " la panthère des neiges " le mentionnait dans son ouvrage.

L’éloge de la patience et de l’immobilité, des semaines à se fondre dans le paysage de l’Himalaya pour espérer apercevoir et photographier ce félin particulièrement farouche et discret. Ne pas bouger quand il fait un froid de canard, il faut du courage, de l’obstination, de la résistance mentale… Et bien c’est précisément ce que faisaient les soldats finlandais durant cet hiver 39-40.

Voici ce qu’écrit Sylvain Tesson à leur propos :

Ils avaient appliqué dans la guerre les techniques de chasse en forêt froide. Une poignée d’entre eux s’était fondue dans la taïga, à l’affût du bolchevique, par -30, l’index sur la détente. Ils mâchaient de la neige pour ne pas exhaler de vapeur. "

 

Du courage, du cran, de ténacité, d’opiniâtreté, c’est tout ça le « sisu »

Faire face en toutes circonstances à l’adversité en puisant dans nos ressources mentales, seul, comme un tireur d’élite isolé dans la neige.

Et c’est devenu un marqueur de la culture finnoise :

La Finlande c’est le pays des 3 S : s comme Sibélius, le grand compositeur, s comme sauna bien sûr et s aussi comme sisu.

Et cette résistance mentale, cette capacité à vivre isolé combiné à une volonté de vivre en harmonie avec la nature, c’est peut-être par les temps qui courent une arme très précieuse, pour par exemple résister au confinement imposé par le coronavirus.

Est-ce que grâce au sisu et à la philosophie qui en découle les Finlandais sont mieux protégés du covid ?

Ce qui est certain c’est que les chiffres sont bien meilleurs chez eux que chez nous-même si on observe un pic ces derniers jours qui pour la première fois dépasse les 450 cas quotidiens à comparer à 3600 chez nous. Et en tout 400 décès, il y en a eu plus de 16.000 chez nous.

Alors attention : ils sont 2 fois moins nombreux que nous et la Finlande est 11 fois plus grande que la Belgique.

Autrement dit, entre Belgique et Finlande, comparaison n’est pas raison.

Mais si on compare la Finlande à son voisin suédois dont on a bien plus parlé, les chiffres sont très favorables aux Finlandais qui présentent d’ailleurs le meilleur score de l’Union européenne. Ils font globalement confiance dans leurs autorités, subissent un confinement sans protester et font face à l’adversité : forcément tout cela fait penser au sisu.

Les Finlandais, un peuple heureux ?

Malgré tout, tout n’est pas si rose en Finlande, elle est souvent citée pour son taux de suicide élevé. Les hivers interminables et le manque de lumière, pas très gai tout ça et effectivement tous les Finlandais n’ont sans doute pas toujours la force mentale nécessaire pour y résister.

La Finlande était dans le top 3 des pays où on se suicidait le plus, était : car en 25 ans, ce taux a été divisé par 2 et est aujourd’hui dans la moyenne de l’union européenne.

Au contraire, dans toutes les études internationales, les Finlandais apparaissent comme un des peuples les plus heureux.

Un indice de satisfaction liée à des raisons objectives : l’état providence et le niveau de vie.

Mais également subjectives, qui renvoie sans doute à l’harmonie intérieure et donc encore et toujours à ce fameux sisu. Alors si vous voulez comprendre ce secret finlandais qui s’apparente donc à un philtre magique du bonheur, il y a une autre solution que de rester tapis sans bougé dans la neige à attendre l’ennemi.

Après tout, le sisu c’est aussi ce qui permet aussi aux Finlandais de plonger d’un coup dans l’eau glacée en sortant du sauna… Alors, pensez-y la prochaine fois !

Réécoutez l’œil de Pierre Marlet sur l’actualité internationale dans Matin Première !ù£££££

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