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Le livre de John Bolton peut-il influencer le résultat des élections américaines ?

Le livre de Bolton peut-il influencer le résultat des élections américaines ?
Le livre de Bolton peut-il influencer le résultat des élections américaines ? - © Melissa Sue Gerrits - AFP

Ce sera à n’en pas douter un best-seller : " The room where it happened " la pièce où cela s’est passé sort aujourd’hui aux Etats-Unis. Il a été écrit par John Bolton, ancien conseiller de la Maison blanche. Un livre peut-il influencer le résultat d’une élection présidentielle ? L’œil de Pierre Marlet sur la question.

Ce qui est sûr en tout cas c’est que ce livre énerve Donald Trump au plus haut point. Il a d’ailleurs tenté d’éviter sa parution en déposant une requête devant la justice, estimant que ce livre faisait courir un risque à la sécurité nationale du pays.

En pure perte : le juge a estimé que de toute manière interdire la parution n’aurait aucun intérêt puisque de bonnes feuilles ont déjà largement circulé et qu’il est déjà en quelque sorte sur la place publique.

De fait : le livre est abondamment commenté par la presse américaine, en expliquant pourquoi Donald Trump est tellement furieux par sa parution, il a d’ailleurs twitté que des bombes allaient s’abattre sur Bolton. Dans ce livre, on découvre l’incroyable inculture de Donald Trump mais pas seulement.

Le principal problème de Trump n’est pas son ignorance mais son caractère…

D'après l'ouvrage de John Bolton, Donald Trump, il n’a aucune suite dans les idées, prêt un jour à envahir le Venezuela et s’en désintéressant complètement le lendemain.

Et puis surtout il n’agit que dans un seul but : se faire réélire. Pour lui, l’essentiel dans les négociations commerciales avec la Chine, c’est que celle-ci accepte d’importer du blé et du soja américain pour gagner les faveurs des fermiers du Midwest. A en croire Bolton, il aurait été jusqu’à demandé explicitement au président chinois : "aide-moi à me faire réélire"…

Qui est John Bolton ?

Pas auprès de tous les électeurs mais auprès de certains d’entre eux. Quelle est la différence majeure entre le livre de Woodward et celui de Bolton ? L’auteur, Woodward est un ancien du Washington Post, il est à l’origine de la démission de Nixon autrement dit l’électeur républicain ne le voit pas comme quelqu’un de son camp.

Par contre, Bolton est un républicain pur jus, il est proche des milieux néo-conservateurs, il a fait partie de l’équipe de George Bush et était un des plus farouches partisans de la guerre en Irak. Quand il a retrouvé la Maison blanche avec Donald Trump, il a incarné la ligne dure contre l’Iran, il est opposé au droit international, allant jusqu’à qualifier la cour pénale internationale d’irresponsable et dangereuse.

Bref, Bolton c’est la ligne de Trump. Les critiques radicales qu’il porte contre lui peuvent donc avoir une portée bien plus ravageuse auprès d’une partie de son électorat. Pas tous bien sûr : certains ont la foi, et rien ne pourrait les faire changer d’avis. Mais d’autres pourraient être ébranlés par le fait que quelqu’un de leur camp estime qu’il n’est pas apte et que sa réélection serait une catastrophe pour les Etats-Unis.

A-t-on déjà vu dans le passé, un livre jouer un rôle dans une élection présidentielle ?

Aux Etats-Unis, il n’y a pas d’exemple apparent, mais plus près de nous en France, il y a un bon exemple : à l’automne 2016 paraît le livre " un président ne devrait pas dire ça ".

François Hollande avait imprudemment accepté que deux journalistes viennent le voir chaque mois pour raconter sa présidence de l’intérieur. Et au fil du temps, le président se lâche : ses commentaires sont ravageurs pour son prédécesseur Nicolas Sarkozy mais aussi pour ses proches, disant par exemple de son Premier ministre Jean-Marc Ayrault qu’il est tellement loyal qu’il en est inaudible.

Bref, il dénature la fonction présidentielle et perd le peu de crédibilité et de soutien qui lui reste. François Hollande sera le premier président de la V ème République à ne pas se représenter… Et ce livre y fut sans doute pour quelque chose…

Après tout on le disait déjà à Rome, "verba volant scripta manent" : les paroles volent les écrits restent. C’est toujours vrai au 21ème  siècle, même si les Romains ne pouvaient pas imaginer les tweets de Donald Trump quand ils s’exprimaient ainsi.

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