Matin Première

Le confinement a creusé le fossé des inégalités

La bulle de Josef Schovanec : la santé nous rattrape toujours, qui que l'on soit
La bulle de Josef Schovanec : la santé nous rattrape toujours, qui que l'on soit - © Tous droits réservés

Ca y est, le grand jour est arrivé : la Suède a admis ses erreurs et son expert en chef, Anders Tegnell, a reconnu qu’il aurait dû confiner plutôt que de s’entêter dans son attitude anti-scientifique.

La nouvelle a fait le tour du monde, les grands médias occidentaux en ont parlé avec nombre de superlatifs : catastrophe en Suède, massacre – les mots forts n’ont pas manqué. Certains grands médias ont publié sur les conséquences dramatiques pour la Suède, avec des témoignages d’étrangers fuyant la Suède pour se réfugier par exemple en Italie, ne pouvant supporter l’idée d’un pays non-confiné.

Grand retour à la raison d’un pays qui s’était lourdement trompé. A ceci près que c’est faux. A tel point que le premier intéressé, à savoir Anders Tegnell lui-même, a tenu à démentir les reportages de ces derniers jours et à redire qu’il ne reniait en rien ses positions sur le confinement, ses regrets portant sur la mauvaise gestion des " homes " suédois, un scandale hélas commun à beaucoup de pays dits avancés qui n’ont de cesse de vouloir enfermer les personnes âgées loin des yeux et bien souvent loin du coeur.

Pire encore : son homologue norvégienne, pays auquel on aime à comparer la Suède, Camilla Stoltenberg, a quant à elle affirmé que la Norvège aurait pu atteindre les mêmes résultats sans confinement.

Tout cela n’est pas anecdotique. L’effet le plus durable du Covid pourrait bien être analogue à celui de l’affaire Dreyfus : une scission très profonde dans le corps social, jusque dans les familles, avec deux camps qui ne se parlent pas sinon par insultes interposées, tellement ancrés dans leurs certitudes que leurs convictions façonnent le réel.

Chiffres, faits, arguments deviennent de simples nuisances lorsque l’on parvient à un tel stade de croyance. Aucune instance, aucune institution scientifique n’en sortira intacte, comme le montre la pantalonnade de l’étude du Lancet.

Surtout, le corps social n’en sortira pas intact.

La situation est grave lorsqu’il n’existe aucun moyen de trouver un relatif consensus social autour d’un plus petit commun dénominateur.

Ne nous y trompons pas : le subit déconfinement lors des manifestations actuelles est bien davantage lié aux effets délétères du confinement viral qu’à l’assassinat de George Floyd : les meurtres de ce type ont hélas été nombreux par le passé. Au demeurant, la plupart des manifestants, tant pacifiques que violents, sont venus avec bien d’autres motivations en tête, tantôt pour faire la fête entre amis, tantôt pour tout casser.

C’est bien le contexte post-confinement qui est à l’origine du feu, avec une part croissante de la population qui ne croit plus un mot de la parole publique ou médiatique, dont les problématiques graves du quotidien, déjà peu prises en compte dans le monde d’hier, ont été totalement niées pendant des mois du fait du virus et dont les précaires modalités de survie ont été balayées par le confinement. Ce confinement pensé par et pour une catégorie aisée de la population, virologues et riches professeurs de médecine en tête.

Les manifestations sont un brutal retour du réel. Et ce n’est qu’un début. Le plus angoissant pourrait être que l’on ne parvienne pas à identifier un mécanisme de retour à une meilleure intelligence commune dans le cadre politique actuel. Savoir reconnaître ses torts et ses erreurs serait pourtant un prérequis indispensable. Et d’accepter enfin ce que les personnes handicapées savent depuis toujours : il n’est pas plus excluant et dévastateur pour la vie humaine que le pouvoir scientifique ou médical.

 

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