Matin Première

Le Brexit en toile de fond des émeutes en Irlande du Nord

Le feu couve en Irlande du Nord. Depuis une semaine, lorsque tombe la nuit, des manifestants s’opposent aux forces de l’ordre. Les premiers heurts ont éclaté dans des quartiers protestants de Belfast et de la ville de Derry-Londonderry. Ils se poursuivent maintenant dans des quartiers catholiques. Des violences d’une ampleur inhabituelle qui réveillent de douloureux souvenirs chez les nord-Irlandais, Sandro Calderon.


Des cocktails Molotov, des briques, des pierres jetés sur la police ; des pneus, des poubelles, des véhicules incendiés. L’Irlande du Nord vient de vivre sa septième nuit d’émeutes consécutives. Des violences qui ont visiblement pris tout le monde de court tant à Belfast qu’à Dublin, Londres ou Bruxelles.


Pourquoi cette soudaine flambée de violences ?
 

Pour le comprendre, il faut s’intéresser aux émeutiers. Au départ, les premières nuits, c’étaient exclusivement des membres de la communauté protestante. Des unionistes, attachés à la Couronne britannique. Souvent des jeunes qui seraient influencés par des paramilitaires impliqués dans des activités criminelles. Nuit après nuit, ces groupes s’en sont pris à la police. Il ne s’agit donc pas de violences intracommunautaires, mais ce risque existe. Mercredi soir, à Belfast, on a vu, pour la première fois, des jeunes catholiques lancer des pierres et des bouteilles vers un quartier protestant. La police est intervenue très vite pour éviter un face-à-face. La nuit dernière, c’est encore contre de jeunes catholiques qui les forces de l’ordre ont activé leurs canons à eau.

 

Des tensions qui ravivent des souvenirs

Le malaise monte et l’inquiétude aussi.

Nous ne voulons pas revivre ce que nos parents ont vécu

s’alarmait déjà en milieu de semaine une jeune femme interrogée dans les rues de Belfast par la presse britannique.
Allusion évidemment à la guerre civile qui a ensanglanté l’Irlande du Nord pendant 30 ans.

"Les Troubles", comme on dit pudiquement là-bas. Le conflit entre protestants unionistes et catholiques républicains, qui sont eux partisans d’une réunification de l’Irlande, a fait plus de 3.500 morts. Les accords du Vendredi Saint y ont mis fin en 1998.

 


Est-ce que ce processus de paix est aujourd’hui menacé ?
 

Le feu couve, en Irlande du Nord, le passé n’est jamais loin. Les émeutes dans les quartiers protestants font d’ailleurs suite à une décision récente de ne pas poursuivre une vingtaine de dirigeants catholiques qui ont assisté, malgré les restrictions anti-Covid, aux funérailles d’un ancien leader de l’IRA, l’Armée Républicaine Irlandaise.
De quoi provoquer la colère des responsables unionistes déjà chauffés à blanc… par le Brexit.

 

Le Brexit en toile de fond
 

Le Brexit provoque craintes et frustrations chez les unionistes. On l’a beaucoup dit, lors des négociations sur le Brexit, Européens et Britanniques sont parvenus à éviter le rétablissement d’une frontière entre les deux Irlande. Mais désormais les marchandises sont contrôlées dans les ports nord-irlandais.
Autrement dit, une sorte de frontière est apparue entre l’Irlande du Nord, province britannique, et le reste du Royaume-Uni. Cette solution, les unionistes n’en ont jamais voulu. D’où leur amertume. Ils se sentent trahis par le Premier ministre britannique Boris Johnson, ils craignent d’être politiquement marginalisés, et redoutent qu’à terme, véritable scénario catastrophe pour eux, le Brexit ne conduise à une réunification de l’Irlande.


Comment réagissent le Royaume-Uni et l’Union européenne aux violences de ces derniers jours ?

 


D’abord, par un long silence embarrassé. Il aura fallu attendre 6 nuits d’émeutes avant d’entendre les condamnations venant de Londres et Bruxelles (et de Washington aussi d’ailleurs).

Mais Européens et Britanniques devront s’engager bien plus que cela pour garantir la paix en Irlande. Ils devront assurer le bon fonctionnement de l’accord sur le Brexit et en particulier la partie, techniquement complexe, concernant l’Irlande du Nord. Ils devront également soutenir le fragile équilibre du partage du pouvoir entre catholiques et protestants.


L’Irlande est une île hantée par des fantômes du passé et des frontières invisibles mais aux impacts bien réels. Les dirigeants irlandais, britanniques et européens seraient bien avisés de ne pas les instrumentaliser au risque d’attiser le feu irlandais.
 

Réécoutez l'oeil de Sandro Calderon dans Matin Première

Newsletter La Première

Recevez chaque vendredi matin un condensé d'info, de culture et d'impertinence.

OK