Matin Première

La saison des amours redémarre entre l’Europe et les États-Unis

Un sommet européen à 28 qui s’est tenu récemment, les 27 chefs d’Etat et de gouvernement européens étaient bien sûr réunis, mais surtout un invité spécial, une guest star : Joe Biden le président des Etats Unis. Qui se lance dans une opération de reconquête du cœur des Européens


C’est de saison. C’est le printemps. La saison des amours, des roucoulades. Et pour le coup, les Européens ont eu droit ce jeudi a une véritable opération de séduction de la part du président américain qui s’est invité quelques minutes dans la mosaïque d’écrans que sont devenus les sommets européens. Et c’est promis, ce ne sera pas juste le coup d’un soir, il reviendra dans les prochains mois déclarer sa flamme en chair et en os. Sans doute en juin.


La relation transatlantique est relancée ?


Elle revient de loin. Donald Trump avait brutalisé les Européens en expliquant que l’Union européenne était pire que la Chine mais en plus petit… En déchirant les accords sur le climat, en menaçant de retirer les troupes américaines hors d’Europe ou de déclencher une guerre commerciale à tout bout de champ.

Tout ça a profondément traumatisé les 27 dirigeants européens. Alors forcément quand quelques mois plus tard le nouveau président américain vient leur expliquer que nous sommes des alliés de premier plan, que nous allons travailler ensemble sur le Covid, sur le dérèglement climatique ou que nous avons des intérêts communs face à la montée en puissance de la Chine, cela résonne comme une douce musique aux oreilles des Européens.


Les Européens sont sous le charme ?


C’est flatteur d’être à nouveau considéré comme un partenaire et plus comme un ennemi, surtout quand c’est le président des Etats Unis en personne qui vous le chuchote à l’oreille. D’autant que Joe Biden est sincère quand il explique que l’Europe est redevenue un allié de premier plan.

Mais il est tout aussi sincère lorsqu’il annonce le retour du leadership américain. Le slogan America First, l’Amérique d’abord, est toujours bien installé à la Maison Blanche. L’illustration parfaite ce sont ces millions de doses du vaccin AstraZeneca qui dorment dans les usines américaines, faute d’avoir reçu le feu vert pour son utilisation là-bas. Mais pas question de s’en séparer. C’est une réserve stratégique que Joe Biden, comme Donald Trump avant lui, n’a pas l’intention d’exporter même à ses alliés européens. L’intérêt américain passera toujours en premier.

Et ça les dirigeants européens ne doivent pas l’oublier. Les 4 ans de présidence Trump les avaient ressoudés pour défendre leur autonomie stratégique. C’est-à-dire prendre en main leur destin sur le plan militaire, géopolitique, industriel. Mais les mots doux que Joe Biden leur a soufflés ce jeudi soir pourraient couper net cet élan d’émancipation. On s’affirme toujours mieux dans l’adversité que dans les moments heureux.


Ce serait une erreur ce nouveau départ avec les Etats Unis ?


Ce serait le remake d’une romance du 20e siècle. Un autre monde où les Etats Unis jouaient le rôle de leader du monde libre face au bloc soviétique. Sauf qu’aujourd’hui il y a la Chine et d’autres qui veulent avoir leur nom en haut de l’affiche. L’Union européenne aussi peut prétendre jouer les premiers rôles. Pour cela cette proximité retrouvée avec les Etats Unis est une excellente nouvelle mais elle ne doit pas être exclusive. Elle ne doit pas fermer les portes à d’autres relations avec d’autres prétendants qui partagent nos valeurs, nos intérêts et qui eux aussi, pourquoi pas, pourraient un jour venir roucouler devant les 27 lors d’un sommet européen.


 

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