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La Poste : un enjeu crucial et inattendu des élections américaines

La Poste : un enjeu crucial et inattendu des élections américaines
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La Poste : un enjeu crucial et inattendu des élections américaines - © Justin Sullivan - Getty Images

La qualité des services postaux américains a récemment suscité beaucoup d’interrogations et de commentaires aux États-Unis. Et mine de rien, c’est peut-être là que se trouve une des clés du scrutin présidentiel de novembre prochain. L’œil de Pierre Marlet s’est posé sur la poste américaine à l’heure des élections dans Matin Première.

 

 

Ce scrutin risque bien de ne pas se dérouler comme une lettre à la poste et c’est limpide comme une démonstration de mathématique.

 

Hypothèse :

Beaucoup d’Américains opposés à Donald Trump sont inquiets vis-à-vis du coronavirus. Ceux-là préfèrent donc voter par correspondance au contraire des plus fervents supporters de Trump prêts eux à se rendre dans les isoloirs puisqu’ils croient à peine à la réalité du covid.

Thèse :

Donald Trump, prêt à tout pour gagner l’élection, doit faire en sorte que ces électeurs qui lui sont défavorables ne puissent pas voter ou que leur vote soit sujet à caution.

Démonstration :

Le président répète partout que le vote par correspondance n’est pas sûr. Pour prouver qu’il a raison, il impose un plan drastique d’économie à US Postal. Privé de ressources, de machines à trier, de boîte aux lettres et de personnel, la poste sera incapable de livrer les résultats dans les délais. Le 3 novembre Donald Trump pourra dire CQFD : ce qu’il fallait démontrer : le vote par correspondance n’est pas fiable.

 

Le vote par correspondance très répandu aux États-Unis

Ici on ne s’imagine pas l’importance de la poste américaine dans le processus électoral.

Les Etats-Unis c’est un pays immense, pas loin de 10 millions de km2, c’est 320 fois la Belgique, 18 fois la France et dans les régions rurales par exemple du Midwest, se déplacer pour aller voter, de surcroît un jour de semaine, c’est un gros investissement en temps.

Donc le vote par correspondance est pratiqué depuis longtemps.

Un électeur américain sur 4 a eu recours au vote par correspondance en 2016 lors de la précédente présidentielle.

L’United States Postal service est chargée d’acheminer les bulletins de vote au domicile des électeurs qui le demandent et puis de les convoyer aux bureaux de dépouillement. Un rôle crucial donc pour cette vénérable institution qu’est la poste américaine puisque ses origines remontent au 18e siècle, lors de la création des Etats-Unis.

 

La poste : fiable et sécurisée

On pourrait se demander pourquoi, au pays d’Apple et de Microsoft, on ne prévoit pas le vote en ligne. Tout simplement pour des raisons de sécurité. Lors des primaires au printemps dernier, trois Etats, le Delaware, la Virginie occidentale et le New Jersey l’ont tenté mais y ont renoncé lorsque des experts ont conclu à la vulnérabilité du système.

Ils ont estimé que ce système de vote en ligne comportait :

Un risque sévère pour la sécurité de l’élection et pourrait permettre à des pirates d’altérer les résultats de l’élection sans être détectés.

La voie postale semble donc la plus sûre pour les nombreux électeurs américains qui ne veulent pas se déplacer en raison du covid.

 

 

Les économies de la poste en danger et un timing parfait pour Donald Trump

 

 

 

Si la poste est un moyen a priori sécurisé il existe et un risque et pas des moindres : que la poste soit incapable de remplir sa mission et d’acheminer à temps et à heure les bulletins de vote. Et on est en droit de se demander si ce n’est pas l’objectif assigné par Donald Trump au nouveau patron de la poste qu’il vient de faire nommer.

Il s’appelle Louis Dejoy, c’est un généreux donateur du parti républicain et il n’y va pas par 4 chemins : au prétexte de faire des économies dans une entreprise il est vrai largement déficitaire, il interdit aux facteurs de faire des heures supplémentaires, il retire des boîtes aux lettres, il démantèle des machines à trier le courrier et il vire les cadres qui lui résistent. Le souci c’est le timing : on est à deux mois et demi du scrutin : si en raison de ces économies, les bulletins ne parviennent pas à temps et à heure aux bureaux de dépouillement, le cachet de la poste faisant foi, les bulletins seront-ils dépouillés ? Et s’il faut attendre plusieurs jours pour connaître le vainqueur, la légitimité du scrutin ne sera-t-elle pas en cause ?

 

Une menace jugée très sérieuse par le camp démocrate

Les démocrates veulent débloquer plusieurs milliards de dollars en urgence pour pouvoir aider la poste mais Donald Trump a déjà annoncé qu’il bloquerait ce qu’il appelle une folle dépense. Alors, la pression s’accroît sur le patron de la poste Louis Dejoy qui a été appelé à témoigner aujourd’hui même devant la chambre des représentants à majorité démocrate. Gageons comme il l’a déjà fait au sénat ce vendredi qu’il s’engagera au bon déroulement du processus électoral.

Alors s’agit-il d’une tempête dans un verre d’eau comme tente de le faire croire les Républicains ou le danger est-il réel comme l’affirment les Démocrates ?

C’est la question que doivent se poser beaucoup d’électeurs américains, sans doute déboussolés par cette étonnante polémique et mon petit doigt me dit qu’il y en aura d’autres. Car dans cette dernière ligne droite de la campagne, Donald Trump va faire feu de tout bois pour empêcher Joe Biden de lui succéder à la Maison blanche.

Réécouter l’œil de Pierre Marlet dans Matin Première !

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