Matin Première

"La Pologne et la Hongrie vont devoir décider si elles veulent rester ou pas dans l’Union européenne"

Le sommet virtuel entre les 27 dirigeants européens hier soir n’a rien réglé. Tant que le versement des financements européens sera lié au respect de l’état de droit, la Hongrie et la Pologne continueront à bloquer le budget et le plan de relance européen.

Une véritable poudrière

Les échanges courtois et très diplomatiques qui ont eu lieu jeudi soir ne doivent pas faire illusion. C’est un vrai dialogue de sourd qui s’est engagé depuis plusieurs semaines. D’un coté vous avez la Hongrie et la Pologne qui crient au chantage. De l’autre, les autres Etats membre qui eux crient au hold up.

Et au milieu vous avez les citoyens, les entreprises, les régions ravagés par la pandémie qui comptent sur l’aide européenne pour se relever. Ce plan de relance, c’est un peu comme leur bouée de sauvetage… sauf que chaque jour qui passe, ils la voient s’éloigner un peu plus. Et qui sait... si le blocage devait durer encore longtemps, les violents mouvements sociaux déjà vus à Naples, Turin ou Barcelone pourraient prendre de l’ampleur. Nous sommes assis sur une poudrière. La Hongrie et la Pologne jouent avec les allumettes

Pas d'exincteur à portée de main

Le dialogue n’est pas rompu et c’est toujours bon signe... mais il faut encore attendre avant de voir les pompiers arriver. Attendre que la pression redescende un peu. Parce qu’elle est montée très haut cette semaine. Budapest et Varsovie se sont livrés à un festival de fake news :

 L’Union européenne est une nouvelle Union soviétique.

Un classique ou encore

L’Union européenne veut faire chanter les pays qui s’opposent à ses politiques migratoires.

Les migrants, c’est un argument qui fait toujours mouche auprès de l’opinion publique. C’est l’écran de fumée idéal pour masquer les atteintes à l’état de droit.

Mais attention, les autres Etats membres ne sont pas tout blanc non plus. Cela fait des années que la Hongrie et la Pologne s’attaquent à l’indépendance de la justice, à la liberté de la presse ou au respect des droits fondamentaux. Et cela fait des années qu’à chaque nouvelle transgression, les autres Européens laissent faire. Par calcul politique ou manque de courage. La Commission et le Parlement européen ont bien tenté de dégainer l’arme atomique en lançant des procédures qui pourraient priver Budapest ou Varsovie de leur droit de vote au Conseil… mais ils n’ont jamais été suivis par les Etats membres.

Conséquence, le bouton nucléaire a fait pschitt et les valeurs européennes continuent de se faire piétiner.

 

La crise du coronavirus pourrait-elle relancer la défense de l’état de droit ?

Absolument. Les Européens ont réussi à mobiliser 1800 milliards d’euro pour surmonter la crise du covid19. Du jamais vu. Mais à ce prix-là, ceux qui contribuent le plus au budget européen ont mis leurs conditions. Sans respect de l’état de droit, pas de versement. C’est d’une efficacité redoutable. D’autant plus redoutable que la Hongrie et la Pologne sont de grands consommateurs de ces fonds européens.

C’est la fin de la récréation pour la Hongrie et la Pologne…

C’est parce qu’ils se sentent acculés que les dirigeants hongrois et polonais prennent en otage tous les Européens. A court terme, c’est plutôt payant. Le Hongrois Orban et le Polonais Kaszynski sont devenus les figures de proue de l’opposition à cette Europe qui décide de tout. Ils font même école. Le PM slovène s’est rallié à leurs idées. Mais à moyen terme par contre, ce n’est pas tenable. Aucun dirigeant ne l’a évoqué ouvertement lors du sommet, mais si le blocage devait durer, plusieurs Etats planchent déjà pour faire à 25 ce qui ne peut être mené à 27.

Au final, Budapest et Varsovie vont devoir décider s’ils veulent rester et peser dans l’Union ou quitter le club. Parce qu’à la différence de l’Union soviétique, la porte de l’Union européenne est grande ouverte. On y entre librement et les britanniques ont démontré que l’on pouvait aussi en sortir si les règles du jeu ne nous plaisaient pas.

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