Matin Première

La Plume de Thomas Gunzig : "Sophie Wilmès entre Churchill et Obama"

La Plume de Thomas Gunzig
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 Premier billet dit "du confinement". Ecrit depuis chez moi. Depuis un petit appartement sans jardin dans lequel s’entassent depuis près d’une semaine 3 enfants, une grande blonde, un chat et moi-même. 

Alors, si nous avions trouvé ça amusant durant les premières 24 heures, aujourd’hui l’endroit ressemble à un camp retranché.

Bien entendu, nous ne manquons de rien. Mais la promiscuité exacerbe les conflits latents, et la possibilité très limitée de replis révèle les tensions sous-jacentes, elle met à jour les côtés obscurs des personnalités. En une poignée de jours, l’appartement d’ordinaire si paisible, fut le théâtre de quelques émeutes. Des factions ourdissent nuitamment des opérations commandos, des cliques complotent contre le pouvoir, des coteries trament des putschs.

 Je dû régulièrement faire face à des tentatives de séditions, à des jacqueries, à de l’insubordination ! 

Et voilà comment, mardi soir, alors que la tension domestique était à son comble, et que nous arrivions doucement mais sûrement à un point de rupture. Alors que je sentais m’échapper toute mon autorité et monter l’anarchie. Au moment où, pour éviter que tout bascule, j’allais arriver à la dernière extrémité, celle de l’usage de la force. C’est à ce moment que j’ai entendu la conférence de presse de Sophie Wilmès. C’est à ce moment qu’à la maison nous avons tous entendu la conférence de presse de Sophie Wilmès.

 

Bon sang les amis, la conférence de presse de Sophie Wilmès !

 

Un moment qui fut historique dans la seconde où il fut prononcé. Entre le sang et les larmes de Churchill, le rêve de Martin Luther King, le berliner de Kennedy et le Yes We Can d’Obama.

Tout ça, mais en plus Belge.

 

La conférence de presse de Sophie Wilmès…

Ce mélange de simplicité et de clarté, pas d’effets inutiles, pas d’intonation guerrière. C’était à la foi doux et ferme, fort et tendre, affectueux et professionnel, sensible et compétent.

Nom d’un chien, ça fait des années que la Belgique attend son homme d’Etat et voilà que notre homme d’Etat… C’est une femme !

 

Sophie Wilmes !

Sophie, elle garde le cap.

Sophie, elle voit venir les coups fourrés des uns et des autres.

Sophie, elle ne lâche pas le morceau,

Sophie, elle ne se laisse pas impressionner.

Sophie, elle ne s’énerve pas.

Sophie, elle n’ordonne pas mais on fait ce qu’elle dit.

Sophie, elle ne menace pas mais on l’écoute.

 

Sophie Wilmès serait-elle alors sans reproche ?

Alors non, les amis, évidemment, j’ai malgré tout ce matin un grief à son égard : mais où était-elle avant ? Bon sang, ça fait 50 ans que défilent des collections de klets, d’arrivistes et de médiocres.

Tout a toujours été géré avec les pieds :

- La guerre scolaire des années 50,

- Les réformes de l’Etat,

- L’austérité des années 80,

- La montée des nationalismes et des extrêmes.

 

Notre petit pays était un rafiot sans patrons et sans voiles

Dérivant au gré de courants incertains d’un océan sans rivages…

 

Alors, où étais-tu Sophie durant ce dernier demi-siècle ? Où étais-tu depuis le début de l’histoire ?

- L’occupation Romaine ;

- Les raids vikings ;

- Les Espagnols ;

- Les Pays-Bas ;

- Les rois de France, Napoléon, les Allemands.

Ne pas être née n’est pas une excuse !

Alors, où étais-tu Sophie ?

 

Bon sang, il aura fallu attendre 2020 et un virus pour que quelqu’un qui ne voulait même pas le pouvoir s’avère plus à sa place que tout ce qu’on aura pu connaître jusque-là !

Bon, alors évidemment ce matin, une question, sans doute la question la plus importante : Et cette question c’est "et après" ? Dans trois mois ou six mois ou un an, quand toute cette histoire sera derrière nous. Et après ? Est-ce qu’il faudra la rendre tout de suite, Sophie ? Est-ce qu’on devra recommencer avec les autres, comme si de rien n’était ?

 

Evidemment, j’imagine qu’elle aura d’autres choses à faire, nous ne sommes pas seuls au monde :

Déjà, le Moyen Orient, après des années de violences va avoir besoin d’elle. Mais il y a aussi :

- La reconstruction de la Syrie;

- La question Kurde ;

- Le Cachemire ;

- Le Kivu ;

- Boko Haram et le terrorisme en général ;

- Le Yémen ;

- Le Mali ;

- Le Soudan du Sud ;

- La Somalie ;

- Le Darfour ;

- L’Afghanistan ;

- La question migratoire en général ;

- Et bien entendu la question environnementale et les enjeux climatiques.

 

Je sais que Sophie Wilmès sera appelée sur tous ces terrains-là, c’est normal. Mais j’espère qu’elle aura encore parfois un peu de temps pour nous…   

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