Matin Première

La lenteur de la vaccination, la faute à l’Europe ?

Pourquoi la vaccination contre le covid 19 est si lente ? Cette question tous les Belges se la posent. Mais face à l’accélération de la pandémie, d’autres pays où la vaccination est pourtant bien plus avancée se la posent aussi. Comme l’Allemagne. Et pour le leader de la CSU, une formation alliée à la CDU d’Angela Merkel, la réponse est à chercher en Europe.
 

C’est un vieux réflexe politique en Europe. En cas de gros temps, quand ça patine dans la semoule, pas question d’assumer ses erreurs ou ses manquements, mieux vaut se défausser sur un autre.

Et généralement, le coupable tout trouvé, c’est l’Europe : les migrants qui arrivent en nombre sur nos côtes c’est la faute à l’Europe, les prix qui augmentent, c’est la faute à l’Europe, voilà pour les classiques auxquels vient désormais s’ajouter un nouveau venu dans la série.

La lenteur dans la vaccination. Là aussi, c’est la faute à l’Europe.
 

La diversification des vaccins à l’origine de ce démarrage en douceur

C’est vrai que le Royaume Uni, Israël ou les Etas Unis ont démarré leur campagne de vaccination avant les Européens.

A quelques jours, voire une ou deux semaines près, oui. Mais c’est un retard qui restera sans doute marginal lorsqu’il s’agira d’écrire l’histoire de cette pandémie.

D’autant qu’il s’explique par la volonté européenne de ne pas mettre tous ces œufs dans le même panier et de diversifier ses commandes auprès de 6 fournisseurs de vaccins.

Au final, ce sont 2 milliards de doses de vaccin qui ont été commandées par la Commission… Pour 450 millions de citoyens européens. Tout le monde sera servi, mais ça va prendre du temps.

D’abord, parce que malgré l’accélération de la procédure, l’agence européenne du médicament n’a pour l’instant autorisé que deux vaccins sur le marché européen. Ensuite, parce que la capacité de production des fabricants est encore trop limitée face aux besoins. Mais rien de tout cela n’est surprenant, tous les dirigeants le savaient, y compris Markus Söder le ministre président de la Bavière qui a sonné la charge contre l’Europe cette semaine.

Comment expliquer ce coup de colère allemand ?

Un drôle de mélange.

Il y a un fond de nationalisme. Une partie des Allemands n’apprécient pas que le vaccin maison développé par BioNTech et Pfizer soit distribué plus vite ailleurs dans le monde. Et l’idée que la Commission passe commande pour que tous les Etats membres de l’Union soient placés sur un même pied d’égalité est une perte de souveraineté qui reste aussi en travers de la gorge de certains politiques.

Mais il y a surtout du vilain calcul politicien. Cette année, l’Allemagne se choisit un nouveau chef et la popularité croissante de Jens Spahn le ministre de la santé fait des jaloux. En critiquant la lenteur de l’Europe, c’est aussi lui qui est visé. Bref, ce coup de colère de Markus Söder, possible prétendant au trône d’Angela Merkel, est un dommage collatéral de la guerre de succession qui s’est engagée à la chancellerie allemande.

L’Europe a-t-elle vraiment tout bien fait dans les clous ?

Pas du tout.

On peut lui reprocher son manque de transparence dans les contrats passés avec les compagnies pharmaceutiques. Leur prix a été négocié dans le plus grand secret par la Commission européenne. Cette opacité n’aide pas à créer la confiance nécessaire auprès de l’opinion pour que le vaccin soit reconnu comme un bien d’utilité publique.

Mais on ne peut pas lui reprocher de faire traîner la vaccination contre le covid19. Dire le contraire c’est de l’opportunisme électoral. Ou du populisme si vous préférez. Une autre sorte d’épidémie contre laquelle il n’y a malheureusement pas encore de vaccin.
 

Newsletter La Première

Recevez chaque vendredi matin un condensé d'info, de culture et d'impertinence.

OK