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La coupe du monde de football porte-t-elle mal son nom ?

Le tirage au sort pour constituer les groupes en vue de la qualification pour la coupe du monde de foot a eu lieu hier au Qatar, mais finalement quelle place occupent les pays d'Afrique et d'Asie dans cette compétition mondiale ? La coupe du monde est-elle vraiment assez ouverte aux pays hors d'Europe et d'Amérique ? Coup d'oeil à l'aspect géopolitique d'un des événements sportifs les plus médiatisés au monde. 

Le dernier carré de la coupe du monde c’était France Croatie Belgique et Angleterre. Tout un symbole qui traduit une réalité : les Européens ont mis la main au palmarès de cette coupe du monde durant ce 21e siècle : 2018 la France, 2014 l’Allemagne, 2010 l’Espagne, 2006 l’Italie, il faut remonter à 2002 pour voir un non-européen l’emporter, en l’occurrence l’inévitable Brésil.

En 21 éditions, les Européens ont remporté la coupe 12 fois contre 9 pour les pays sud-américains.

La coupe du monde de football porte-elle mal son nom ?

Par le passé sans aucun doute. Jusqu’aux années 70, la présence d’autres pays que latino-américains ou européens était sporadique et anecdotique.

En 1978, sur 16 pays en phase finale en Argentine, un seul vient d’Asie, l’Iran, un seul d’Afrique, la Tunisie, et tous les autres sont latino-américains et surtout européens.

Dans les années 80, la coupe du monde se mondialise, on augmente le nombre de finalistes à 24 un peu mais les Européens restent les participants majoritaires et ce jusqu’en 1998 en France où pour la première fois la phase finale comprend 32 pays avec 15 places attribuées aux Européens : pour la première fois, le reste du monde pèse plus que l’Europe, même si on l’a dit, au palmarès, les équipes européennes sont globalement les plus fortes.

Les origines de ce déséquilibre

Comme souvent, il faut remonter dans le passé et même aux origines du football.

Inventé comme chacun le sait en Grande-Bretagne, en même temps d’ailleurs que le rugby, un cousin dont il s’est éloigné lorsqu’on a décidé que, comme son nom l’indique, le foot se jouait uniquement avec les pieds.

Au départ donc, le football est associé à l’image du gentleman britannique qui au 19e siècle est un modèle dominant et séduisant.

Ce n’est pas pour rien que Jules Verne en fait volontiers le héros flegmatique fair-play et aventureux comme Phileas Fogg dans le tour du monde en 80 jours.

Contraste total avec le vélo qui est une affaire de Français et de Belges, le foot c’est british et le premier affrontement international n’en est pas vraiment un puisqu’il oppose l’Angleterre à l’Ecosse. Avec le Pays de Galles et l’Irlande du Nord, ces fédérations formées très tôt ont le privilège de participer encore aujourd’hui aux compétitions internationales, privilège de l’ancienneté en somme. Et à la fin du 19e siècle, le foot va s’implanter en Europe avec une intensité et une rapidité proportionnelle à la proximité et à l’importance des échanges avec la Grande-Bretagne.

Comment le football va-t-il s’implanter aussi fort en Amérique du Sud ?

Parce que les hommes d’affaires, les ingénieurs et les ouvriers anglais étaient très implantés du côté de Buenos Aires et ils ont importé avec eux leur pratique sportive.

Ce n’est pas un hasard si l’Argentine est très présente en rugby comme au foot. Le foot qui s’implantera aussi dans l’Uruguay voisin qui accueillera en 1930 la première coupe du monde et l’emportera en battant l’Argentine en finale. Et puis sur la planète foot, un troisième pays sud-américain va faire de l’ombre aux deux premiers…

Le Brésil, recordman absolu de victoires en coupe du monde, 5 victoires entre 1958 – c’était Pelé et 2002 – c’était Ronaldo ou comment un pays réussit à construire le ballon rond comme l’expression authentique d’une identité nationale. Ce qui explique l’intensité du drame vécu au Brésil lors de son humiliation 1-7 face à l’Allemagne en 2014.

Un pays africain ou asiatique viendra-t-il briser cette hégémonie européenne et sud-américaine ?

Un jour, certainement. D’ailleurs n’oublions pas qu’il y a 2 ans les Japonais ont bien failli nous jouer un vilain tour en huitième de finale. Et souvenons aussi que les Coréens du Sud, surnommés également les Diables rouges, ont atteint les demi-finales en 2002.

Côté africain, les progrès sont également spectaculaires : pour rappel,  le premier pays d’Afrique noire à participer à une phase finale fut le Zaïre en 1974 . Au grand dam de Mobutu, le bilan fut désastreux : 3 défaites, 14 buts encaissés, aucun but marqué. Aujourd’hui l’Afrique a droit à 5 représentants qui passent fréquemment le premier tour.

Reste que, dans le monde,  les performances en foot ne reflètent pas vraiment la puissance politique et économique : dans le monde du football, donc, l’Europe domine de la tête et des épaules et les 2 premières puissances mondiales les Etats-unis et encore plus la Chine font figure de nains.

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