Matin Première

La communication de la campagne de vaccination : un exemple du surréalisme à la belge

On parle beaucoup des vaccins, des seringues et des centres de vaccination qui s’organisent doucement sur notre territoire, mais très peu, voire pas du tout de la stratégie de communication qui entoure toute cette campagne de vaccination. Déjà en route en Flandres, la Wallonie semble, elle, vouloir mettre la pédale douce.

Comme pour le couvre-feu, on a le sentiment d’avoir une Belgique à deux vitesses. Pour rappel, le couvre-feu en Flandre, c’est minuit ; tandis qu’à Bruxelles et en Wallonie, c’est 22 heures Hé bien, pour la communication autour de la campagne de vaccination, c’est la même chose. Chez nous, en Fédération Wallonie-Bruxelles, il n’y a pas encore de spots télé ou radio "grand public" à ce sujet, alors qu’en Flandre, oui.

Pourquoi n’y a-t-il rien en Wallonie ?

C’est tout le charme du surréalisme à la belge. Concrètement, l’impulsion stratégique de la campagne de communication autour de cette vaccination a bel et bien été donnée au niveau fédéral.

Trois agences ont travaillé ensemble pour le compte du Commissariat Corona du gouvernement belge, en concertation avec les entités fédérées, mais il n’en reste pas moins que ces mêmes entités fédérées, c’est-à-dire les régions font in fine ce qu’elles veulent dans l’application de ce plan. Elles ont le pouvoir d’initiative et cela explique donc pourquoi la Flandre a déjà diffusé des spots télé à destination du grand public pour cette campagne de vaccination, alors que la Région wallonne, elle, préfère encore attendre encore quelques semaines.

Quelle est la raison profonde de ce choix wallon d’aller moins vite en termes de communication ‘grand public’ ?

Au ministère wallon de la Santé, on estime que ce n’est pas encore le bon moment parce que, justement, il a été décidé, au niveau fédéral, de communiquer progressivement en fonction des publics cibles prioritaires : d’abord les résidents des maisons de repos avec des brochures et des affiches, ensuite le personnel soignant dans les hôpitaux, puis le personnel des autres institutions de soins, et enfin le reste de la population dans quelques mois.

Donc, pour la Région wallonne, diffuser une campagne grand public dès le 4 janvier à la télévision n’était pas opportun.

On crée inutilement l’attente. Ce n’est pas la bonne stratégie.

Disent-ils.

Bref, vous ne verrez donc pas de spot télé grand public, comme en Flandre, avant début mars, au plus tôt. En revanche, les autorités flamandes estimaient, elles, qu’il était nécessaire de préparer psychologiquement la population au plus vite, et donc de lancer dès janvier cette campagne sur les ondes, même si tout le monde n’aura pas sa dose de vaccin dans les prochaines semaines. Vive la Belgique à deux vitesses !

Aucun ministre ne s’est encore fait vacciner devant les caméras, pourquoi ?

Les autorités fédérales auraient pu donner une dimension exemplative à cette campagne, avec une mise en scène médiatique comme ce fût le cas par exemple en Israël avec le Premier ministre qui s’est fait vacciner devant les caméras. On aurait pu avoir Alexander De Croo, les Diables Rouges ou même, pourquoi pas, le roi Philippe pour ce même rituel médiatique à la date symbolique du 5 janvier, mais renseignements pris auprès de la task force fédérale, l’idée n’a pas été retenue.

Parce que, par rapport au citoyen, il ne faudrait pas donner l’impression qu’il existe une élite privilégiée qui se fait vacciner avant tout le monde. Bref, ce genre d’opération arrivera plus tard, au ‘bon moment’disent les autorités, lorsque les citoyens ‘lambda’se feront vacciner. En attendant, on a tout de même raté une bonne occasion de donner un signal fort à la population.

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